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Presse écrite indépendante, faut-il en faire le deuil ?


Aujourd’hui, elle est plus que jamais soumise à une mutation de grande envergure. En effet, dans une véritable révolution à part entière, Internet a bouleversé les rapports que les gens entretenaient avec l’information et ses canaux.



Par Souad Mekkaoui

Il est bien derrière nous le temps où la presse écrite était incontournable. Aujourd’hui, elle est plus que jamais soumise à une mutation de grande envergure. En effet, dans une véritable révolution à part entière, Internet a bouleversé les rapports que les gens entretenaient avec l’information et ses canaux.

La presse écrite s’écroule irréversiblement sous le poids de difficultés économiques et morales mais pas seulement. Si les journaux ont tenu pendant longtemps le haut du pavé de l’information, aujourd’hui, ceux qui s’agrippent toujours ont du mal à se définir et à trouver leur place dans la nouvelle société dont tous les paradigmes ont changé. Ils combattent et luttent pour survivre encore pour quelque temps, tout simplement.

Xénomorphe meurtrier pour les uns, sauveur digital pour les autres, le Web et les réseaux sociaux ont déjà pris la relève pour nous informer. Nouvelle époque oblige, tout est dématérialisé. On a changé de monde et de siècle et le print est supplanté par le web. On lit sur son téléphone, sur son ordinateur et sur les tablettes. C’est dire qu’Internet relègue chaque jour un peu plus la presse imprimée au musée, les patrons cherchant tous la martingale numérique qui assurerait leur survie et le lecteur n’ayant plus le temps de se focaliser sur l’analyse approfondie aidant.

Et comme si cela ne suffisait pas, les annonceurs assènent le coup de massue à la presse écrite qui se meurt déjà de la crise économique, un coup qui l’achèvera imminemment tel un cheval blessé dont on n’espère plus le rétablissement.

Un secteur cliniquement mort
Amorcé depuis longtemps, le déclin de la presse papier a connu un coup d’accélérateur à travers le monde, depuis la crise du covid-19. Ce phénomène révélateur de tous les maux a frappé de plein fouet une industrie déjà fragilisée par la chute des ventes et des revenus publicitaires constituant les principales sources de revenus.

On ne le sait que trop bien, le numérique enfle tel un python étouffant la presse écrite qui vit de publicité à l’ère du digital. Le point culminant de la fragilité du secteur a été atteint lors de la crise sanitaire qui a dévoilé un modèle criant sa défaillance et ses limites. Ainsi, le bateau a pris l’eau non sans provoquer des dégâts. Le coup de sauvetage bien que provisoire était donné par les aides de l’État. D’ailleurs, faut-il rappeler que nombreux sont les médias qui sont arrivés tant bien que mal à sauver quelques meubles grâce aux subventions étatiques ? Mais il faut le dire, le secteur, très vulnérable financièrement, était depuis bien longtemps en faillite et tenu à vie par un respirateur artificiel.

Certes, nous vivons ou plutôt nous survivons grâce à la publicité et il faut rendre grâce au ciel à défaut de rendre les gants. Mais continuer s’avère un combat de tous les jours et une épreuve qui relève d’un choix cornélien et d’un exploit sur le champ d’honneur. Plus la presse écrite s’effondre sous le poids de sa grandissante inutilité physique, et plus il est des hommes d’affaires ou des groupes qui rachètent des titres pour en faire un moyen d’influence quand ce n’est pas pour des règlements de compte ou de pression, soumis tout comme les « salariés » aux aléas du marché.

Toutefois, les annonceurs, eux, n’ont besoin ni de critères ni de règles pour choisir les médias qui vont porter leurs campagnes publicitaires. Chaque annonceur constitue sa communauté de médias tels des soldats de guerre qui sont prêts à assaillir au premier signe.

Pour solde de tout compte, le réseautage, le copinage et le clientélisme ont bien leur mot à dire. Les commandes se font au degré de complaisance, de connaissance et d’intérêt des annonceurs mais aussi de quelques grandes agences de publicités qui se partagent l’essentiel des campagnes publicitaires des grandes entreprises publiques et privées en plus des fondations. Les grands titres qui ont su assurer leurs arrières, depuis des années, ont leur part du marché et réinventent même leurs produits en offrant des services de rédaction et de communication pour des institutions et des entreprises « conquises et acquises». D’ailleurs, ne faudrait-il pas parler plutôt de marques médias ?

En tout état de cause, se revendiquer « indépendant » dans de telles conditions serait juste utopique quand des « journalistes d’influence» sont inondés d’une manne intarissables juste pour défendre des hommes politiques ou tout simplement « les oublier » et ne pas parler d’eux ! Pourtant dans une première vie, on a connu un journalisme indépendant qui bousculait son lectorat et le poussait à réfléchir, à choisir, à agir et réagir.

Préparons l’oraison funèbre
Aujourd’hui donc, les audiences numériques des journaux explosent, les contenus étant de plus en plus agrémentés de fichiers audios et vidéos plus attrayants. Certains supports médiatiques l’ont bien compris et se sont même offerts une place au soleil en convertissant même leurs titres en média électronique.

Ainsi, la donne a changé avec les nouvelles générations qui préfèrent la quantité à la qualité et privilégient la vitesse à la concentration et à l’analyse. Les GAFAM et les réseaux sociaux qui ciblent les lecteurs grâce aux algorithmes s’accaparent les publicités et les revenus n’étant pas prêts à partager le gâteau. D’où la question : Quel avenir pour un format qui semble obsolète et qui en plus demeure payant ?

Pour compléter le tableau, la pénurie et le coût du papier ont poussé certains patrons de journaux et de magazines, soumis au rouleau compresseur des charges du personnel, sociales et fiscales, d’arrêter l’impression dont les factures deviennent de plus en plus insurmontables. Il faut bien le dire, si l’impression, qui coûte de plus en plus cher, était un mal pour un bien, aujourd’hui, Facebook et Google siphonnent les trois quarts des revenus numériques propulsant la presse écrite à la précarité totale.

Un autre problème et pas des moindres des temps modernes : le nouveau métier des influenceuses qui ratissent large et se partagent la manne publicitaire sans qu’elles ne soient tenues par aucun contrôle.

Voilà donc où nous en sommes ! Et dire que l’avenir du secteur est intimement lié à l’existence d’organes de presse sérieux et respectables, du vrai journalisme, loin de la simple reprise des dépêches et de la rédaction web. Or quand bien même les articles qu’on publierait seraient intéressants et consistants, cela n’intéressera qu’une poignée de lecteurs.

Aujourd’hui donc, face à la chute inquiétante des recettes publicitaires, les entreprises de presse sont confrontées à un dilemme : mettre au fond du tiroir la qualité de production et suivre l’air du temps tout en usant de tous les moyens pour séduire annonceurs et agences de publicité ou tout simplement baisser le rideau à défaut de vendre ses rêves.

En attendant, les grands titres financés ou soutenus continuent de faire bonne figure et s’en sortiront, assurément, en investissant le terrain qui sera libéré progressivement par ceux qui disparaissent au fur et à mesure.

Dans cette cacophonie, le vrai journalisme est sacrifié au nom d’une presse industrielle de buzz qui fait qu’un grand nombre e lecteurs préfèrent la presse internationale. Et l’on se retrouve face à un mécanisme qui tire notre presse vers le bas.

Un défi énorme se dresse devant nous tel un mur infranchissable, c’est de garantir la continuité mais surtout l’indépendance de la presse. Faut-il rappeler que c’est vital pour la construction démocratique de notre pays ? On le sait, aujourd’hui, le phénomène est mondial et la gratuité est en train de devenir aux yeux de consommateurs d’information une sorte de fait de la vie contemporaine.

Aussi est-il urgent que l’État pense à des mécanismes et leviers pour aider le secteur de façon équitable et transparente. Il est crucial de réagir pour trouver, en concertation avec les acteurs du secteur, un nouveau modèle économique rentable qui puisse réussir et surtout qui permette d’attirer des investisseurs. Il serait temps enfin de réguler le processus de la publicité qui constitue la principale ressource pour le secteur tout en se penchant sur une refonte des critères de la subvention allouée annuellement. Pour ce faire, il faut instaurer des règles du marché : un modèle économique sain permettant de financer l’activité et de rémunérer le capital humain pour avoir une presse de qualité, pérenne.

In fine, la presse écrite, en passe d’être balayée par les réseaux sociaux et les plateformes numériques, se réduit, de ce fait, à une peau de chagrin. Emportée et engloutie par la vague du numérique, elle a fait son deuil de ses années de gloire. Nul besoin donc de chercher très loin des statistiques pour le confirmer, la presse papier a déjà signé, comme on ne cesse de le dire, sa propre mort. La diminution cruelle de ses ventes porte un coup d’arrêt aux journaux, quelles que soient leur nature et couleur.

Les faits sont là. L’on se rappellera, certainement, avec nostalgie, de l’ère des quotidiens et du temps où les éditoriaux faisaient le monde et secouaient les consciences.

Et pour finir, disons-le même contre nous-mêmes : l’indépendance de la presse passe obligatoirement par son indépendance financière. Mais à l’heure actuelle, nous avançons à tâtons … dans le noir. Et n’oublions pas que chaque fois qu’un titre meurt, c’est toujours une parcelle de liberté qui s’en va.

Rédigé par Souad Mekkaoui sur Maroc Diplomatique 



Dimanche 20 Mars 2022


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