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Quand les ronds points devient les ennemis des aveugles et des malvoyants


Par Dr Anwar CHERKAOUI, avec la contribution de M. AbdelFattah DOUK, musicien et enseignant non-voyant.

Un appel aux futurs élus à l’approche des élections de 2026 :

Chaque jour, la personne aveugle mène une bataille silencieuse contre la rue.

Une bataille invisible pour ceux qui voient, mais redoutablement réelle pour ceux qui doivent s’y aventurer sans la lumière du regard.

La voie publique, qui devrait être un espace partagé par tous, se transforme dans les villes marocaines en un véritable champ de dangers pour les personnes aveugles et malvoyantes : trottoirs impraticables, passages piétons mal signalés, feux de circulation dépourvus de signal sonore, ronds-points confus où les directions s’entremêlent et où les véhicules surgissent sans repère perceptible.

Cette question, trop souvent absente du débat public, a été récemment soulevée par M. AbdelFattah Douk, enseignant de musique ayant poursuivi sa formation en Arizona, aux États-Unis.

Après avoir lu un article consacré au regard social porté sur les personnes aveugles, il a tenu à attirer l’attention sur une dimension rarement évoquée : l’urbanisme lui-même peut devenir un obstacle majeur à la mobilité des personnes aveugles.



​Quand la géométrie des routes devient un danger

Selon M. DOuUK, de nombreux carrefours au Maroc – en particulier les ronds-points – constituent un véritable casse-tête pour les personnes aveugles.

Le rond-point ne possède pas d’angles nets permettant à une personne non-voyante de s’orienter à l’aide de sa canne ou grâce à la perception des sons environnants.

Les véhicules arrivent de toutes parts, les motos surgissent sans prévenir, et la traversée de la chaussée se transforme en pari quotidien avec le danger.

Dans de nombreuses villes américaines et européennes, les carrefours sont souvent conçus de manière différente : carrés ou rectangulaires, avec des angles clairement identifiables.

Cette configuration offre aux personnes aveugles des repères spatiaux compréhensibles, facilitant l’orientation et la traversée en sécurité.

À cela s’ajoute tout un dispositif d’assistance devenu banal dans ces pays : feux de circulation émettant un signal sonore lorsque la traversée est autorisée et bandes de guidage au sol à relief tactile permettant à la canne de suivre un itinéraire précis.

Au Maroc, le problème ne tient pas seulement à l’absence d’équipements adaptés.

Il révèle surtout une absence de conscience urbanistique : la ville est conçue comme si tous ses habitants voyaient parfaitement, comme si chacun pouvait évaluer la vitesse d’une voiture ou deviner la direction d’une moto.

La réalité est pourtant tout autre. 
Des milliers de Marocains aveugles ou malvoyants affrontent chaque jour des obstacles considérables pour se déplacer.

La question s’impose alors avec une brutalité évidente : Un citoyen doit-il risquer sa vie simplement pour traverser une rue ?

​Un message aux élus de demain

À l’approche des échéances électorales de 2026, M. AbdelFattah DOUK adresse un message clair aux futurs élus.

Parler de routes, d’éclairage ou d’embellissement urbain ne suffit plus.

Il faut aussi parler du droit des personnes aveugles à la ville.

Cela suppose des mesures concrètes :

Repenser certains carrefours particulièrement dangereux, équiper les feux de circulation de dispositifs sonores accessibles aux non-voyants installer des bandes de guidage tactile sur les trottoirs et aux passages piétons et associer les associations de personnes aveugles aux projets d’aménagement urbain.

​Une ville se juge à son humanité

Les villes modernes ne se mesurent pas uniquement à la beauté de leurs avenues ou à la hauteur de leurs immeubles.

Elles se mesurent à la manière dont elles protègent les plus vulnérables de leurs citoyens.

Une ville où une personne aveugle peut traverser la rue en sécurité est une ville qui respecte l’être humain.

Une ville qui la laisse affronter seule le tumulte des voitures et des motos est une ville qui a encore beaucoup à apprendre sur le sens de la justice urbaine.

La question reste désormais posée aux décideurs et aux élus de demain :

Construirons-nous des villes faites uniquement pour ceux qui voient, ou des villes pensées pour être vécues par tous… y compris par ceux qui ne voient pas ?

Car une cité véritablement civilisée n’est pas seulement celle que l’on admire avec les yeux : c’est celle que chacun peut parcourir avec dignité et sans peur.

Jeudi 19 Mars 2026



Rédigé par La rédaction le Jeudi 19 Mars 2026

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