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Quand nos institutions font leur travail…


La confiance des populations et leur perception de la politique sont singulièrement augmentées quand les institutions accomplissent leurs missions respectives, en dehors des intérêts, des clans ou encore des rapports de force, visibles ou occultes.



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Par Aziz Boucetta

La dernière décision de l’institution du Médiateur (image) se rapportant à l’examen à l’accès des avocats en apporte une preuve éclatante. Et rassurante.

Tout le monde se souvient de cette brutale et virulente poussée de fièvre qui s’était produite à l’annonce des résultats de cet examen. Des candidats s’étaient violemment élevés contre les conditions qui avaient entouré l’organisation de l’épreuve et surtout l’annonce des résultats.

Il y avait trop de noms de « fils et filles de » et de proches et d’amis et de connaissances, et de, et de… ; de sérieux soupçons de connivence avaient également été avancés, et jamais valablement niés ni solidement réfutés. Les sorties calamiteuses du ministre de la justice Abdellatif Ouahbi (auquel il faut souhaiter une prompte et totale rémission) avaient achevé de semer le doute dans les esprits et de jeter l’opprobre sur l’ensemble de l’examen.

Quant au chef du gouvernement, lui, fidèlement à son habitude, il ne disait rien, ou rien d’audible et de crédible.

Puis, plus rien… les heureux admis poursuivaient leur chemin vers la profession, et les malheureux recalés en étaient réduits à se chercher un autre métier. Le feu couvait, mais la famille judiciaire regardait ailleurs.

Et c’est là que, alors que rien ne le laissait plus attendre, le Médiateur publie son communiqué, fait de recommandations au gouvernement : réorganiser l’épreuve, rapidement, en faciliter les conditions matérielles, efficacement, et offrir aux candidats les moyens de s’assurer de la pertinence des notes, valablement.

Moins de vingt-quatre heures et quelques consultations plus tard, le gouvernement décide d’ « interagir positivement avec les recommandations et propositions formulées par le Médiateur du Royaume ». Il a dû se produire quelque chose quelque part pour diligenter l’acceptation de toutes les propositions et recommandations par le gouvernement…

Il est vrai que dans le dahir portant création du Médiateur, l’un des motifs exposés est le rappel de la mission constitutionnelle du roi, à savoir « faire prévaloir les droits et redresser les injustices ».

Ce n’est pas la première fois que des institutions font leur job. Ainsi, par exemple, du parlement de la législature précédente qui, en 2017, avait mis en place et laissé faire – malgré quelques menues pressions – la commission d’enquête sur les hydrocarbures, qui avait passionné les populations et produit un rapport lequel, s’il ne disait pas grand-chose, disait quand même assez de choses…

Puis, pour le même sujet de l’entente supposée des pétroliers, le Conseil de la concurrence s’était mis de la partie, concluant, lui, en 2020, à l’entente illégale. Confusion, fébrilité, nervosité, puis amorce de grands changements juridiques portant sur la nature du Conseil.

Mais cela n’a fait... que « suspendre » la procédure pour deux ans car la semaine dernière le nouveau président du nouveau Conseil a décidé de rouvrir le dossier. Dans l’intervalle, fin août 2022, il avait produit un avis, quoique l’on en dise, accablant pour le secteur de la distribution de produits pétroliers.

 

Récemment, c’est au tour de Bank al-Maghrib de montrer que malgré les pressions du gouvernement et sa mauvaise humeur, en dépit des tirs amis et du lobbying intense, le wali Abdellatif Jouahri a fait ce qu’il croyait bien de faire, en l’occurrence relever pour la troisième fois consécutive le taux directeur.

Bonne ou mauvaise décision, c’était la sienne et elle avait été prise en toute indépendance. Oui certes, la colère du gouvernement était visible, la nervosité à la présidence du gouvernement était perceptible, Bank al-Maghrib a publié puis supprimé puis republié son communiqué et M. Jouahri n’a jamais tenu sa conférence de presse, mais le taux directeur a été relevé.

Envers et contre tout, contre tous, dans l’idée que se fait la banque centrale de son métier et dans la voie qu’elle pensait être la meilleure.

La Cour des comptes, elle, établit son rapport annuel et le publie à intervalles réguliers. Un moment craint par tant de monde, attendu par les autres, tous les autres.

Aucune institution publique n’échappe au regard fureteur et aux contrôles pointilleux des magistrats, sauf deux ou trois organismes ultra-stratégiques qui font l’objet de rapports non publics, ce qui reste compréhensible. La suite donnée à ces rapports est de nature inégale, mais cela ne relève pas de la Cour des comptes, mais des autres cours, tout court.

Et il y a le Conseil national des droits de l’Homme qui avait établi un rapport sur les troubles du Rif en 2017, le Conseil économique et social qui publie des avis sortant du lot et dressant souvent des constats brûlots, le HCP qui s’est fait une spécialité de la publication de chiffres et de statistiques déplaisant au pouvoir exécutif.

On attend les autres, comme l’Instance de lutte contre la corruption, au nom aussi interminable que sont rares ses rapports, ou comme le parlement actuel, qui prospère à bas bruit dans un silence recueilli…

Ces organismes qui accomplissent leurs missions sont les véritables gardiens de la démocratie naissante du royaume. Il n’y en a certes pas beaucoup, mais il y en a de plus en plus.

On attend une plus grande implication des « derniers de la classe » qui se reconnaîtront, une plus grande audace de ceux qui osent et, surtout et avant tout, par-dessus tout, une adhésion pure et parfaite des deux pouvoirs législatif et judiciaire. Mais ça…

De tels rapports publiés, de telles vérités assénées, restaurent la confiance perdue dans les institutions, remobilisent les populations désabusées qui guettent et encouragent les investisseurs étrangers qui scrutent.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 



Mardi 6 Juin 2023


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