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Rayane, un enfant et mille enseignements


Nous avions besoin que tu vives Rayane ! Nous avions besoin de croire que les miracles existent encore dans ce bas monde devenu froid et étrange. Nous avions besoin de revoir ton sourire et de réinventer l’humain que tu as pu réveiller en chacun de nous. Nous t’avions aimé sans te voir. Nous nous sommes accrochés à toi sans te connaître. Nous avions attendu, prié, pleuré … tout comme ta maman qui t’a porté en elle et ton papa qui a placé en toi tous ses rêves.



Par Souad Mekkaoui

rayane__1_.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (4.43 Mo)

Nous avions besoin que tu vives Rayane ! Nous avions besoin de croire que les miracles existent encore dans ce bas monde devenu froid et étrange. Nous avions besoin de revoir ton sourire et de réinventer l’humain que tu as pu réveiller en chacun de nous. Nous t’avions aimé sans te voir. Nous nous sommes accrochés à toi sans te connaître. Nous avions attendu, prié, pleuré … tout comme ta maman qui t’a porté en elle et ton papa qui a placé en toi tous ses rêves.

Tu as surgi de nulle part et tu as pris possession de tous les cœurs. Pendant cinq jours, nous avions eu du mal à vivre normalement. Nous avions tout mis de côté pour ne centrer notre intérêt et nos pensées que sur toi. C’est comme si le temps, très éprouvant par ailleurs, s’était arrêté et que nous étions tous dans ce trou à suffoquer.

Cinq jours que tu as été enterré vivant dans ce puits maudit qui devait, en principe, donner la vie et non la prendre. Tu t’es accroché à la vie et nous à l’espoir de te voir vivant mais le bon Dieu a voulu que ce soit ainsi et nous n’y pouvons rien contre la volonté divine.

Cinq jours que tu te battais contre l’étroitesse du gouffre mais des hommes ont curé la terre pour toi, ils ont cassé les rochers pour toi. Cinq jours où tu as dû certainement crier parce que tu ne réalisais pas ce qui se passait, où tu as dû te demander pourquoi ta maman n’accourait pas à ton secours, où tu as dû pleurer de peur et gémir de douleur.

Mais détrompe-toi mon petit, tes parents ne t’ont pas ignoré et ton pays s’est mobilisé pour toi, ses hommes ont déplacé les montagnes pour toi. Forces de l’ordre, secouristes, médecins, ingénieurs topographes, géologues, autorités, tous étaient là pour toi. Une ambulance médicalisée et même un hélicoptère étaient dehors attendant ta sortie pour te transporter d’urgence à Rabat. Toute la logistique et tous les équipements nécessaires ont été mis en œuvre pour un seul but : te sortir de là, petit Rayane. Des dizaines de personnes ont sué pour toi dans un travail énorme, exceptionnel et des efforts colossaux dans une course contre la montre pour t’arracher des griffes de la mort.

Tu imagines la frustration et l’amertume de ces sauveteurs qui ne dormaient pas et creusaient avec les engins et des fois même avec leurs mains de peur qu’ils n’arrivent trop tard ? Hélas, la mort a déjoué leurs plans, eux, qui se sont surpassés et ont passé des nuits blanches à se battre contre des blocs de pierre.

Tout un pays priait pour toi, des centaines de personnes, dans une image de pèlerins, psalmodiaient des versets coraniques et invoquaient Dieu pour qu’il exhausse nos prières. Des centaines de personnes ne dormaient plus attendant ta délivrance. Le souffle de tout un pays était suspendu à ta respiration.

Tu as rassemblé autour de toi tout un peuple et tu as pu être le centre d’intérêt du monde entier. Tu as pu rapprocher encore plus le nord et le sud du Maroc à travers 3mmi Ali, ce héros venu d’Erfoud pour creuser dans les rochers afin de sortir l’enfant de Chefchaoun, baptisé fils de tous les Marocains. Tu nous as révélé ce spécialiste des « Khattarates », connu dans sa ville pour sa discrétion, sa gentillesse et son dévouement qui n’a d’égal que son amour pour l’Autre.

Tu nous as montré que des gens démunis de tout, qui ont besoin de tout pour vivre, sont prêts à accourir dès qu’on a besoin d’eux quelle que soit la distance parce que le Maroc est Un. Tu nous as montré, encore une fois, que ceux qui sont vraiment au cœur de l’action et sont la colonne vertébrale de ce pays ne sont pas forcément ceux qui portent les grandes marques. Et surtout qu’ils le font non pour être sous les projecteurs des caméras ou pour une contrepartie quelconque mais parce qu’ils sont dans le don de soi sans calculs et sans réserves, tout simplement, et parce qu’instinctivement, le devoir prend son vrai sens chez eux.

Ce sont ces gens des régions éloignées des grandes villes qui nous rappellent à l’ordre, à l’essentiel, à notre nature et à nos valeurs humaines. Ce sont ces gens-là qui nous ramènent à ce que fut la réalité des Marocains avant que l’individualisme n’étende ses tentacules à savoir l’empathie, la solidarité, le partage et l’entraide. Ce sont ces gens-là qui malgré la précarité où ils vivent étant souvent exclus des programmes gouvernementaux sont les premiers à partager le peu qu’ils ont. N’est-ce pas là des gens qui méritent de vivre dignement ?

Es-tu conscient de ce que tu as fait du haut de tes cinq ans, petit ange ? Tu as maintenu en suspens le monde entier, pendant cinq jours, et tu as réussi ce que la politique et la diplomatie n’ont pas pu faire. Les chaînes nationales étaient sur place et les chaînes internationales passaient en boucle les opérations de sauvetage. A l’instar des héros légendaires, ton petit visage souriant s’affichait sur toutes les chaînes nationales et internationales.

Tous les pays ont partagé notre attente, nos craintes, nos prières et notre douleur, au point que pour une fois, nos frères Algériens se sont associés à nos souffrances pour toi petit ange. Tous les conflits politiques, diplomatiques, économique et même footballistique se sont fondus dans un sentiment de compassion et de soutien. Le monde arabe est redevenu UN. Que dis-je ? L’humanité tout entière s’est retrouvée en toi n’était-ce que pendant ces cinq jours où le temps s’était immobilisé pour toi. Tu as aimanté la bienveillance du monde entier. Tu te rends compte ? Des chefs d’État ont partagé la peine de tes parents et celle de tout le Maroc, des animateurs de des présentateurs de télévisions internationales t’ont pleuré, toi le petit enfant des montagnes dont personne ne connaissait l’existence avant.

Nous étions redevenus, le temps de ton malheur, citoyens du monde.

D’un seul coup, tu es devenu le fils de tous. Pourquoi donc tout cet engouement pour toi ? Pour ton âge ? Bien sûr que non ! Dans le monde entier, des enfants meurent tous les jours. Parce que tu es tombé dans un puits ? Mais là encore plusieurs enfants dans les quatre coins du monde ont vécu le même calvaire que toi. Alors c’est quoi ton secret, petit ange, pour que ta douleur transperce les frontières ?

De toute façon, tu peux être fier mon petit, tu sais que Sa Majesté le Roi, en personne, a suivi de près ton histoire douloureuse et donné ses Hautes instructions pour déployer tous les efforts nécessaires pour te sauver ? Tu sais que le Roi a appelé tes pauvres parents éplorés pour les consoler, leur présenter ses condoléances et leur assurer Sa haute sollicitude ? Je te le dis bien petit ange, tu es devenu notre héros à tous, notre symbole, toi qui vivais dans la précarité totale, toi qui étais né dans une famille et dans un village où on a besoin de tout pour vivre à commencer par l’eau.

Encore une fois et grâce à toi, cette fois-ci, le Maroc a encore donné de son amour et de son empathie pour ses enfants, leur garantissant son engagement et sa solidarité.

Tu venais pour une mission, le timing qui t’était imparti était malheureusement trop court. Mais tu as marqué nos cœurs au fer rouge, mon cher Rayane. C’est clair qu’à partir de demain, chacun de nous vaquera à ses activités. Mais je peux te garantir que nous avons retenu bien des leçons de vie et d’humanisme. Ton passage en coup de vent sur cette terre ne sera pas vain. Que de signaux et que de révélations tu auras laissés !

A l’annonce de ta tragique mort, l’espoir que nous avions nourri et caressé a vite éclaté en myriade mais la symbolique en est restée significative. Nous étions alors des corps meurtris et des âmes atterrées, ramenés au capital. Nos cœurs ont saigné pour toi. Tu étais devenu notre fils à tous. Ta mort a ressuscité les sentiments nobles enfouis et les valeurs humaines qui n’ont ni couleur, ni religion, ni nationalité, ni frontières.

Enfant de l’humanité, ta mort était un choc planétaire, ton départ nous a tous affectés et nous a unis dans la peine et la douleur. Nous avions voulu garder espoir jusqu’à la fin. Nous ne voulions pas imaginer ce dénouement tragique même s’il se faisait sentir. Toutes nos voix se sont élevées pour prier pour toi. Tous nos cœurs t’ont pleuré à l’unisson parce que tu étais important pour nous, tu nous as révélés à nous-mêmes, tu nous as rappelé que le monde repose sur l’humain.

Maintenant, tu es en paix après ce calvaire et ces enseignements dont tu étais le messager. Tu as rejoint les étoiles, après cinq jours de solitude ; et du gouffre où tu étais coincé, tu t’es envolé vers le vaste paradis.

Aujourd’hui, le cœur de l’humanité te pleure mais il doit se rattraper parce que des Rayane, il y en a des milliers de par le monde dont la détresse et la misère ne sont pas médiatisées. Des puits ouverts avalent souvent des enfants et on n’en parle pas. Des enfants meurent de froid ou tout simplement de la cruauté des hommes, et on n’en parle pas. Des enfants dorment à la belle étoile, été comme hiver, exposés aux pires vices d’une société déshumanisée et on n’en parle pas. Que de malheureux enfants dans ce monde et on n’en parle pas.

De là où tu es, petit ange, veille sur nous et prie pour que les gouvernants daignent jeter un coup d’œil sur ces zones oubliées du Maroc puisqu’on a pu déplacer la montagne pour toi. Inonde ce monde de ta lumière parce que des Rayane prendront certainement le flambeau. D’autres Rayane apporteront leur lumière dans ce monde qui en manque.

Hier, Rayane est décédé au Maroc. Un autre Rayane est né à Ramallah et certainement d’autres un peu partout dans le monde.

LODJ avec Maroc Diplomatique 

 



Vendredi 11 Février 2022

Chroniqueurs invités | Coup de cœur



Magazine créé avec Madmagz.






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