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Selon le gouvernement : une croissance à 5,3 % en 2026

Mais le vrai défi commence après le rebond agricole pour le prochain gouvernement


Rédigé par La rédaction le Jeudi 23 Juillet 2026

Le gouvernement révise à la hausse ses prévisions de croissance pour 2026 et affiche une trajectoire de réduction du déficit et de la dette jusqu’en 2029. Derrière ces indicateurs favorables, l’exposé présenté le 22 juillet révèle toutefois une économie encore exposée aux tensions énergétiques, au déficit commercial, au chômage et à la dépendance aux aléas climatiques.



L’économie marocaine devrait enregistrer une croissance de 5,3 % en 2026, soit 0,7 point de plus que l’hypothèse retenue dans la loi de finances. Cette révision constitue le principal message de l’exposé en conseil de gouvernement consacré à l’exécution du budget 2026, à la préparation du projet de loi de finances 2027 et à la programmation budgétaire 2027-2029.

Présenté dans un contexte international décrit comme particulièrement instable, le document gouvernemental développe un récit de résilience : malgré les guerres, les perturbations logistiques, la hausse des cours énergétiques et l’incertitude commerciale, le Maroc serait parvenu à préserver sa dynamique économique, à contenir l’inflation et à améliorer progressivement ses équilibres budgétaires. 

Les résultats avancés sont significatifs. Ils appellent néanmoins une lecture nuancée. Car la bonne performance attendue en 2026 dépend fortement du redressement agricole, tandis que les fragilités structurelles — emploi, commerce extérieur, dépendance énergétique et efficacité de la dépense publique — restent loin d’être résolues.

Le retour de l’agriculture change la donne

La croissance prévue à 5,3 % repose d’abord sur une forte reprise de l’activité agricole. La valeur ajoutée du secteur devrait progresser de 15,1 %, après plusieurs années marquées par la sécheresse. Les activités non agricoles conserveraient, pour leur part, une croissance solide de 4,2 %. 

Ce rebond agricole produit plusieurs effets simultanés. Il augmente les revenus dans le monde rural, stimule la consommation, soutient le commerce et réduit certaines tensions sur les prix alimentaires. Il permet aussi à l’économie nationale de retrouver un rythme supérieur à celui enregistré en 2025, année durant laquelle la croissance avait atteint 4,9 %.

Mais cette embellie confirme également une vulnérabilité persistante : les performances globales du Maroc restent encore fortement tributaires de la pluviométrie. Le gouvernement lui-même ne prévoit plus qu’une croissance de 4,1 % en 2027, puis de 4,2 % en 2028 et 2029. La valeur ajoutée agricole ralentirait brutalement à 1,2 % en 2027, avant de retrouver une progression supérieure à 4 % les deux années suivantes. 

Autrement dit, 2026 apparaît davantage comme une année de rattrapage que comme l’installation définitive de l’économie marocaine sur un nouveau palier de croissance. Le véritable test commencera en 2027 : le Maroc devra maintenir une progression supérieure à 4 % sans pouvoir compter sur un effet agricole aussi puissant.

L’investissement et l’industrie soutiennent l’activité

La croissance ne repose toutefois pas exclusivement sur l’agriculture. L’investissement reste l’un des principaux moteurs de l’économie. Les grands chantiers d’infrastructures, les équipements hydrauliques, les préparatifs des compétitions sportives internationales, les réseaux de transport et les projets industriels continuent d’alimenter la demande intérieure.

Le secteur du bâtiment a retrouvé une dynamique positive après un début d’année perturbé par les fortes précipitations et certains arrêts temporaires de chantiers. Le programme d’aide directe au logement comptait déjà plus de 111 000 bénéficiaires au 3 juillet 2026, selon l’exposé.

Les industries automobile et aéronautique demeurent également des moteurs importants. Les exportations automobiles ont retrouvé leur élan, tandis que l’extension du site de Stellantis à Kénitra doit porter sa capacité de production automobile de 200 000 à 400 000 unités par an. En intégrant les activités de micromobilité, la capacité totale annoncée atteindrait 535 000 unités.

Cette montée en puissance s’accompagne du développement d’un écosystème lié aux véhicules électriques, aux batteries, aux composants et aux matériaux de cathode et d’anode. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage de véhicules, mais d’augmenter le contenu local, la valeur ajoutée nationale et la maîtrise technologique.

Le tourisme confirme lui aussi sa vitalité. À fin mai 2026, le Maroc avait accueilli plus de 7,7 millions de visiteurs. Le nombre de nuitées progressait de 9 %, tandis que Royal Air Maroc prévoyait une capacité record de 8,2 millions de sièges pour la saison estivale.

Ces performances montrent que l’économie marocaine se diversifie. Mais elles ne suffisent pas encore à corriger le déséquilibre des échanges extérieurs.

Le déficit commercial, principal signal d’alerte

À fin mai 2026, les exportations avaient augmenté de 5,8 %, pour atteindre 211,4 milliards de dirhams. Les importations avaient cependant progressé deux fois plus rapidement, de 11,8 %, à 370,5 milliards de dirhams.

Le déficit commercial s’est ainsi creusé de 27,4 milliards de dirhams pour atteindre 159,1 milliards, soit une hausse de 20,8 %. Le taux de couverture des importations par les exportations est retombé de 60,3 % à 57,1 %. 

Cette dégradation s’explique en partie par l’effort d’investissement : les importations de biens d’équipement ont progressé de 18,7 %. Il s’agit donc, pour une part, d’importations destinées à renforcer les capacités futures de production.

Mais la facture énergétique reste une faiblesse majeure. Les importations d’énergie ont augmenté de 20,7 %, sous l’effet de la hausse des prix internationaux. Le cours moyen du Brent a atteint 86,6 dollars le baril au premier semestre, en progression de 20,8 %. Le butane a également augmenté de 13,8 %.

Cette exposition rappelle l’urgence de la transition énergétique. Le développement des énergies renouvelables, du stockage, de l’interconnexion, du gaz naturel et de l’hydrogène vert ne constitue plus seulement un objectif environnemental. Il devient une nécessité macroéconomique et budgétaire.

Une inflation contenue, mais sous surveillance

Sur le front des prix, le bilan est favorable. Après avoir atteint 6,6 % en 2022 et 6,1 % en 2023, l’inflation est retombée à 0,9 % en 2024 puis à 0,8 % en 2025. Elle n’aurait été que de 0,5 % en moyenne au cours des cinq premiers mois de 2026.

Le gouvernement prévoit toutefois une inflation annuelle de 1,5 % en 2026 et de 2 % en 2027. 

Cette maîtrise des prix a permis à Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur à 2,25 %, après une baisse cumulée de 75 points de base depuis juin 2024. Les conditions de financement se sont améliorées : le taux moyen des crédits a reculé à 4,66 % au premier trimestre 2026.

Le crédit bancaire au secteur non financier a connu son flux le plus élevé depuis 2011, avec une augmentation de 31 milliards de dirhams au cours des cinq premiers mois. Les crédits d’équipement ont progressé de 7,5 %, signe d’une demande soutenue des entreprises.

Cependant, le risque inflationniste n’a pas disparu. Il s’est simplement déplacé. Il vient désormais principalement de l’extérieur : énergie, fret, engrais, céréales et perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Des recettes fiscales dynamiques et un déficit maîtrisé

L’exécution budgétaire à fin juin est l’un des points les plus solides de l’exposé. Les recettes courantes ont progressé de 15,4 %, tandis que les recettes fiscales augmentaient de 11,8 %.

L’impôt sur les sociétés a enregistré une hausse spectaculaire de 26,2 %, portée par les résultats des entreprises et par une meilleure efficacité du recouvrement. Les recettes non fiscales ont progressé de 55,3 %, notamment grâce aux versements des entreprises publiques et à 10 milliards de dirhams issus de financements innovants. 

Les dépenses courantes ont parallèlement augmenté de 14,7 %, sous l’effet des revalorisations salariales, des transferts aux secteurs sociaux, des intérêts de la dette et des mesures de soutien au transport.

En tenant compte de l’excédent des comptes spéciaux du Trésor, le déficit budgétaire s’est établi à environ 24 milliards de dirhams, en amélioration de 6,7 milliards par rapport au premier semestre 2025. Le gouvernement estime pouvoir limiter le déficit annuel à 3 % du PIB. 

Cette discipline doit être saluée, mais elle doit aussi être examinée qualitativement. L’enjeu n’est plus seulement de dépenser davantage ou de réduire le déficit. Il est de mesurer l’efficacité réelle des investissements, des aides et des transferts publics.

La dette baisse, mais les besoins restent immenses

La dette du Trésor est passée de 72,2 % du PIB en 2020 à 66,6 % en 2025. Elle devrait se situer autour de 65,9 % en 2026. Le gouvernement vise ensuite une réduction progressive jusqu’à 63 % du PIB en 2029, avec un déficit maintenu à 3 % durant toute la période. 

La structure de la dette reste relativement sécurisée : 72 % de l’encours est détenu sur le marché intérieur et 90 % correspond à des maturités moyennes ou longues. La durée moyenne restante avoisine huit ans. 

Cette trajectoire rassure les investisseurs. Elle doit toutefois composer avec des besoins considérables : protection sociale, santé, éducation, eau, infrastructures, transition énergétique, emploi et réduction des inégalités territoriales.

La programmation 2027-2029 entend concilier ces exigences autour de trois axes : poursuite des grands projets, consolidation de l’État social et amélioration de l’intégration économique et territoriale. Les priorités annoncées couvrent l’eau, les transports, le numérique, la souveraineté industrielle, les énergies propres, la santé, l’éducation, l’emploi et les petites entreprises. 

La croissance ne suffira pas sans emplois

Le point le plus délicat reste le marché du travail. En 2025, l’économie a créé 193 000 emplois nets, meilleure performance depuis 2006 hors rattrapage post-Covid. Le chômage est néanmoins resté à 13 %, avec des niveaux particulièrement élevés chez les jeunes, les femmes et les diplômés.

Le monde rural continue de porter les séquelles des sécheresses successives : le secteur agricole a perdu environ 905 000 emplois depuis 2019. 

C’est ici que se situe la principale limite du modèle actuel. Une croissance tirée par les infrastructures, le capital et quelques grandes industries ne se traduit pas automatiquement par une création massive d’emplois. Le défi des prochaines années sera de connecter davantage l’investissement aux PME, aux territoires, à la formation et à l’emploi qualifié.

L’exposé gouvernemental décrit donc une économie résistante, mieux financée et plus diversifiée. Mais il ne faut pas confondre résilience et transformation achevée. Le Maroc dispose d’une fenêtre favorable en 2026. Il devra l’utiliser pour réduire sa dépendance climatique et énergétique, améliorer l’efficacité de la dépense publique et surtout convertir la croissance en emplois durables.

La performance annoncée à 5,3 % est une bonne nouvelle. La réussite se mesurera cependant moins au chiffre de 2026 qu’à la capacité du pays à maintenir une croissance inclusive lorsque l’effet du rebond agricole se sera dissipé.





Jeudi 23 Juillet 2026

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