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Sonia Mezzour, une présidente de l’ASMEX au carrefour de la finance, de l’énergie et de l’export


Rédigé par La rédaction le Mercredi 24 Juin 2026



Élue au terme d’un scrutin très serré, la première femme à diriger la Confédération marocaine des exportateurs hérite d’une organisation stratégique, traversée par de fortes attentes.

L’ASMEX tourne une page importante de son histoire. Au terme d’une élection particulièrement disputée, Sonia Mezzour a été élue présidente de la Confédération marocaine des exportateurs pour un mandat de cinq ans. Elle devient ainsi la première femme à prendre la tête de l’organisation depuis sa création, en 1982.

La victoire s’est jouée à très peu de choses. Sur 293 voix exprimées, Sonia Mezzour a recueilli 102 suffrages, devant Aziz Mantrach, crédité de 99 voix, et Adil Zaidi, qui en a obtenu 92. Un bulletin nul et un bulletin blanc ont également été enregistrés. Trois voix ont donc suffi à faire basculer un scrutin révélateur des équilibres internes, mais aussi des débats qui traversent aujourd’hui le monde marocain de l’export.

À l’annonce des résultats, la nouvelle présidente n’a pas caché sa surprise. « Je ne m’y attendais pas, donc je n’ai rien préparé », a-t-elle déclaré. Une réaction spontanée à l’issue d’une séquence électorale tendue, qui aura placé l’ASMEX sous les projecteurs et rappelé le poids politique, économique et symbolique de cette organisation dans l’écosystème national.

Sonia Mezzour succède à Hassan Sentissi El Idrissi, qui dirigeait l’ASMEX depuis 2013. Son arrivée ne représente pas seulement un changement de personne. Elle marque aussi le choix d’un profil différent : celui d’une banquière d’affaires, rompue aux mécanismes de financement, aux montages complexes, aux partenariats internationaux et aux dossiers où se croisent entreprises, institutions et investisseurs.

Son parcours s’est construit à l’interface de la finance, de l’investissement, de l’énergie et de la stratégie publique. Avec près de trente ans d’expérience au Maroc et à l’international, Sonia Mezzour a évolué dans des environnements où l’accès aux capitaux, la structuration des projets et la compréhension des marchés étrangers sont souvent déterminants.

Elle dirige aujourd’hui OVERSEE, une banque d’affaires agréée par l’Autorité marocaine du marché des capitaux. L’établissement intervient dans la structuration financière, les opérations d’investissement et l’accompagnement de projets menés entre le Maroc, l’Afrique subsaharienne et l’Europe. Selon les éléments rendus publics, Sonia Mezzour a piloté des opérations cumulées dépassant 300 millions de dollars, ainsi que des levées de fonds supérieures à 50 millions de dollars.

Avant cette étape, elle a notamment travaillé au sein d’UBS à Zurich, dans la banque d’investissement. Elle a également exercé des responsabilités dans le secteur public marocain, comme conseillère au ministère de l’Énergie, puis comme secrétaire générale de l’ADEREE, devenue depuis l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique. Ce passage par les politiques énergétiques prend aujourd’hui une dimension particulière : pour les exportateurs marocains, la décarbonation n’est plus une question périphérique, mais un facteur de compétitivité, d’accès aux marchés et de conformité aux nouvelles exigences internationales.

Au sein même de l’ASMEX, Sonia Mezzour n’arrive pas en terrain inconnu. Elle était déjà vice-présidente de la Confédération et présidait la Commission Financement, Assurance et Veille. Elle s’est ainsi positionnée sur l’un des nœuds les plus sensibles pour les entreprises exportatrices : l’accès au financement, les garanties, l’assurance-crédit, la couverture des risques et le trade finance.

C’est probablement là que se situe la cohérence de sa candidature. Dans une économie mondiale devenue plus instable, exporter ne consiste plus simplement à trouver un client à l’étranger. Il faut sécuriser les paiements, maîtriser les normes, comprendre les risques pays, absorber les chocs logistiques, investir dans la décarbonation et disposer de moyens financiers adaptés à des cycles commerciaux parfois longs.

La nouvelle présidente a d’ailleurs insisté, ces derniers jours, sur la nécessité de faire évoluer l’ASMEX vers une organisation « plus forte dans sa gouvernance », davantage tournée vers l’exécution, les résultats et l’accompagnement concret des entreprises. Elle met en avant la mobilisation de solutions financières et d’informations stratégiques mieux adaptées aux besoins des opérateurs marocains.

Sa victoire est historique par sa dimension féminine, mais elle ne devra pas être réduite à ce seul symbole. L’enjeu est désormais de savoir si cette présidence réussira à transformer une expertise financière et institutionnelle en résultats tangibles pour les exportateurs, notamment les PME qui restent souvent éloignées des dispositifs complexes de financement international.

Le défi est considérable. Le Maroc veut diversifier ses marchés, consolider son ancrage africain, monter davantage en gamme, renforcer sa présence dans les chaînes de valeur industrielles et répondre aux contraintes environnementales imposées par les grands partenaires commerciaux. Dans cette équation, l’ASMEX devra être à la fois une force de proposition, une plateforme de services et un lieu de convergence entre les réalités du terrain et les ambitions publiques.

Le scrutin très serré rappelle cependant une autre réalité : Sonia Mezzour ne dispose pas d’un blanc-seing. Trois voix seulement ont départagé les candidats. Cette proximité impose une présidence rassembleuse, attentive aux sensibilités internes et capable de faire de la diversité des profils de l’ASMEX une force plutôt qu’une source de tensions.

Sa première mission sera donc institutionnelle : restaurer la confiance après une campagne marquée par des controverses sur la gouvernance et l’éligibilité des candidatures. La seconde sera économique : rendre l’organisation plus utile aux entreprises, particulièrement celles qui exportent déjà mais peinent à franchir un nouveau cap, ou celles qui disposent d’un produit compétitif sans parvenir à accéder aux marchés extérieurs.

Sonia Mezzour arrive à la tête de l’ASMEX avec un profil rare dans le paysage patronal : financier, international, énergéticien et institutionnel à la fois. À elle désormais de démontrer que cette pluralité d’expériences peut devenir une méthode d’action au service de l’export marocain.

Car au-delà de l’élection, le véritable vote commencera maintenant : celui des entreprises, des marchés, des contrats gagnés, des financements débloqués et des obstacles levés.





Mercredi 24 Juin 2026

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