J’y distingue l’assistance par intelligence artificielle, le plagiat et la responsabilité éditoriale.
Je ne prétends pas trancher le cas de Thélyson Orélien. Les accusations doivent être examinées à partir d’éléments vérifiables. Mon interrogation concerne la méthode par laquelle le monde littéraire entend établir les faits.
Vous reconnaissez les limites des détecteurs, puis envisagez leur utilisation chez les éditeurs en les rapprochant des dispositifs de vérification des billets de banque. Vous présentez également la poésie comme un domaine qui résisterait à l’IA. Ces deux propositions appellent, me semble-t-il, des réserves.
Un billet dispose de caractéristiques de sécurité définies par son émetteur.
Où se trouve l’équivalent dans un roman ? Quel signe permettrait d’attester, avec la même logique, qu’une phrase vient exclusivement d’une personne ? Avant de confier cette fonction à un logiciel, il faudrait préciser ce qu’il reconnaît, dans quelles conditions et avec quelles erreurs.
Un précédent invite à la prudence : OpenAI a retiré son propre classificateur de textes en juillet 2023 pour insuffisance de précision.
Ce précédent ne permet pas de conclure aux performances de Pangram aujourd’hui. Il rappelle cependant pourquoi chaque outil doit être évalué sur ses propres résultats, dans le contexte où il est utilisé.
Ces limites sont exposées dans la présentation d’OpenAI « New AI classifier for indicating AI-written text », publiée le 31 janvier 2023 et mise à jour le 20 juillet 2023.
Comme informaticien, entre autres, je demande que cette exigence porte aussi sur la fabrication de l’instrument. Quelles définitions ses concepteurs ont-ils retenues ? Comment distinguent-ils correction, reformulation et génération ? Quelle validation permet de passer d’un résultat technique à une décision éditoriale ?
La question de l’éventuelle assistance par IA dans le développement du détecteur mérite également d’être posée. Une telle assistance ne le disqualifierait pas.
Sa valeur devrait être appréciée selon sa conception, sa validation et les responsabilités assumées. Cette même rigueur devrait guider l’examen du travail d’un auteur.
Quant à la poésie, sa puissance tient à ce qu’elle fait surgir chez celles et ceux qui l’écrivent et la lisent.
Mais sa valeur ne constitue pas un certificat technique d’origine. Un texte émouvant ne nous renseigne pas automatiquement sur les moyens employés pour le produire. Il faut pouvoir discuter séparément de sa qualité, de sa genèse et de la sincérité de celui qui le signe.
Cette réflexion dépasse la détection.
L’IA peut ainsi transformer l’accès à un livre, sous réserve d’un contrôle exigeant de la fidélité au texte.
Pour le Maroc, ce débat engage nos auteurs, nos éditeurs, nos bibliothèques et nos universités. Nous devons élaborer des règles explicites : déclarer les interventions significatives de l’IA selon les engagements convenus, vérifier les emprunts, documenter les décisions et permettre à l’auteur de répondre aux éléments retenus contre lui.
Cher Tahar Ben Jelloun, défendre la littérature exige de préserver la confiance du lecteur autant que la possibilité d’un examen équitable de l’écrivain.
L’éditeur doit enquêter, comparer, questionner et décider en assumant son jugement.
Un détecteur peut contribuer à cet examen. Il ne devrait pas en tenir lieu.
La responsabilité humaine doit rester entière, chez celui qui signe un livre comme chez celui qui prétend en établir l’origine.












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Recherche en IA au Maroc : six ans après, où en est la souveraineté ?









