Le mythe du contrôle : une illusion bien connue des addictions
L’idée selon laquelle on pourrait entrer et sortir d’une addiction comme on entre dans un jeu est l’un des récits les plus trompeurs qui circulent sur les réseaux. L’addiction, qu’elle soit liée à l’alcool, aux drogues ou aux comportements, ne relève pas de la simple volonté. Elle repose sur des mécanismes neurobiologiques précis : modification des circuits de récompense, tolérance progressive, dépendance psychique et parfois physique.
Présenter l’alcoolisme comme un rôle temporaire à endosser pour les besoins d’un challenge revient à nier des décennies de recherches médicales et à banaliser une pathologie lourde, souvent longue à traiter, parfois mortelle. Le plus grave n’est pas seulement ce que vit le créateur lui-même, mais ce que des milliers de spectateurs, souvent jeunes, en retiennent : l’idée que “ce n’est pas si grave” ou que “ça se contrôle”.
Présenter l’alcoolisme comme un rôle temporaire à endosser pour les besoins d’un challenge revient à nier des décennies de recherches médicales et à banaliser une pathologie lourde, souvent longue à traiter, parfois mortelle. Le plus grave n’est pas seulement ce que vit le créateur lui-même, mais ce que des milliers de spectateurs, souvent jeunes, en retiennent : l’idée que “ce n’est pas si grave” ou que “ça se contrôle”.
Une mécanique bien huilée : visibilité, algorithme et irresponsabilité
Pourquoi ces défis prospèrent-ils ? Parce qu’ils cochent toutes les cases de l’économie de l’attention. Ils sont simples à comprendre, choquants juste ce qu’il faut, émotionnellement chargés et facilement imitables. L’algorithme de TikTok, fondé sur la rétention et l’engagement, favorise mécaniquement ce type de contenu, surtout lorsqu’il génère commentaires, débats et réactions indignées.
Le créateur de ce challenge alcoolique ne s’inscrit pas dans un vide. Il évolue dans un écosystème où la prise de risque devient une stratégie de croissance. Plus le geste est extrême, plus la visibilité est forte. La frontière entre performance, provocation et mise en danger devient floue, voire inexistante.
Le créateur de ce challenge alcoolique ne s’inscrit pas dans un vide. Il évolue dans un écosystème où la prise de risque devient une stratégie de croissance. Plus le geste est extrême, plus la visibilité est forte. La frontière entre performance, provocation et mise en danger devient floue, voire inexistante.
Le piège se referme : quand le défi dépasse son auteur
Dans plusieurs cas documentés ces dernières années, des créateurs ayant lancé des défis dangereux ont eux-mêmes perdu le contrôle de la situation. Ce qui devait être une “expérience limitée” se transforme en spirale : consommation qui augmente, dépendance qui s’installe, pression de l’audience pour aller toujours plus loin, incapacité à faire marche arrière sans perdre sa crédibilité numérique.
Le public, lui, assiste à cette dérive en temps réel, parfois avec fascination, parfois avec inquiétude, mais rarement avec les clés de compréhension nécessaires. Les plateformes suppriment parfois les vidéos, souvent tardivement, lorsque le mal est déjà fait et que les copies circulent ailleurs.
Le public, lui, assiste à cette dérive en temps réel, parfois avec fascination, parfois avec inquiétude, mais rarement avec les clés de compréhension nécessaires. Les plateformes suppriment parfois les vidéos, souvent tardivement, lorsque le mal est déjà fait et que les copies circulent ailleurs.
Les jeunes, premières victimes collatérales
Ce phénomène touche particulièrement les adolescents et les jeunes adultes, population majoritaire sur TikTok. À un âge où les repères se construisent encore, voir un influenceur affirmer qu’on peut “jouer” avec l’alcoolisme sans conséquences est un message toxique. Il contredit frontalement les discours de prévention, déjà fragilisés par une défiance générale envers les institutions.
Au Maroc comme ailleurs, les professionnels de la santé et de l’éducation tirent la sonnette d’alarme : ces contenus brouillent la frontière entre information, divertissement et désinformation. Ils créent une norme implicite où la transgression devient valorisée, et la prudence ridiculisée.
Au Maroc comme ailleurs, les professionnels de la santé et de l’éducation tirent la sonnette d’alarme : ces contenus brouillent la frontière entre information, divertissement et désinformation. Ils créent une norme implicite où la transgression devient valorisée, et la prudence ridiculisée.
Plateformes, responsabilité et angles morts
TikTok affirme régulièrement renforcer ses politiques de modération. Dans les faits, la réaction est souvent réactive, non préventive. Tant qu’un contenu n’est pas massivement signalé ou médiatisé, il peut prospérer pendant des jours, voire des semaines.
La question centrale demeure : qui est responsable ? Le créateur, bien sûr, mais aussi la plateforme qui rémunère indirectement la prise de risque par la visibilité, et enfin un cadre réglementaire encore largement en retard sur la vitesse des usages numériques.
Ce que révèle ce phénomène, au-delà du scandale
Ces challenges dangereux ne sont pas des accidents isolés. Ils sont le symptôme d’une société où l’attention est devenue une monnaie, où l’intime se transforme en spectacle, et où la frontière entre expérience personnelle et incitation collective est constamment franchie.
Le défi de “devenir alcoolique pour prouver qu’on peut arrêter” n’est pas seulement stupide ou choquant. Il est révélateur d’un imaginaire contemporain qui confond liberté et imprudence, courage et autodestruction, influence et irresponsabilité.
Face à cela, l’enjeu n’est pas de censurer aveuglément, mais de réintroduire du discernement, de la pédagogie et de la responsabilité — chez les créateurs, les plateformes, et aussi dans le regard critique du public.
Car à force de jouer avec le feu pour quelques millions de vues, certains finissent par se brûler. Et entraînent les autres avec eux.
La question centrale demeure : qui est responsable ? Le créateur, bien sûr, mais aussi la plateforme qui rémunère indirectement la prise de risque par la visibilité, et enfin un cadre réglementaire encore largement en retard sur la vitesse des usages numériques.
Ce que révèle ce phénomène, au-delà du scandale
Ces challenges dangereux ne sont pas des accidents isolés. Ils sont le symptôme d’une société où l’attention est devenue une monnaie, où l’intime se transforme en spectacle, et où la frontière entre expérience personnelle et incitation collective est constamment franchie.
Le défi de “devenir alcoolique pour prouver qu’on peut arrêter” n’est pas seulement stupide ou choquant. Il est révélateur d’un imaginaire contemporain qui confond liberté et imprudence, courage et autodestruction, influence et irresponsabilité.
Face à cela, l’enjeu n’est pas de censurer aveuglément, mais de réintroduire du discernement, de la pédagogie et de la responsabilité — chez les créateurs, les plateformes, et aussi dans le regard critique du public.
Car à force de jouer avec le feu pour quelques millions de vues, certains finissent par se brûler. Et entraînent les autres avec eux.












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