Quand la vision disparaît sans que la rétine soit endommagée
C’est typiquement le cas dans l’hypotonie oculaire, une affection rare où la pression interne de l’œil chute anormalement. Sans cette tension interne, la structure sphérique normale du globe se déforme, ce qui empêche la lumière d’être focalisée correctement sur la rétine même si les cellules rétiniennes restent potentiellement intactes.
L’œil, dans ce contexte, « s’affaisse » littéralement, perdant la forme qui permet à la lumière d’être projetée avec précision. Cela conduit à une vision floue ou même à une perte fonctionnelle de la vue.
Jusqu’à présent, les solutions existantes, comme l’injection de stéroïdes ou d’huiles de silicone, permettaient seulement de restaurer temporairement le volume interne sans véritablement résoudre le problème structurel.
De plus, ces méthodes présentaient des effets secondaires importants et ne restituaient pas une clarté visuelle durable.
Un gel transparent qui « redonne forme » à l’œil
Face à ces limites, une équipe de cliniciens de l’hôpital Moorfields à Londres, un centre de référence en ophtalmologie, a exploré une approche différente : restaurer physiquement l’architecture interne de l’œil plutôt que tenter de compenser les symptômes.
Leur idée est simple en apparence : si l’œil ne voit plus parce qu’il a perdu sa forme, la solution pourrait être de la lui redonner.
Pour cela, ils ont utilisé un gel clair à base d’hydroxypropyl méthylcellulose, une substance déjà connue et utilisée dans certaines interventions oculaires pour protéger les tissus. Cette fois-ci, plutôt que de l’employer ponctuellement, les médecins l’ont injecté en plusieurs fois dans la cavité principale du globe oculaire.
Le but ? rétablir progressivement la pression interne naturelle, tout en laissant passer la lumière sans obstructions.
Ce gel agit comme un substitut transparent au fluide naturel de l’œil, restaurant lentement sa forme sphérique, qui est essentielle pour que la lumière soit correctement focalisée sur la rétine.
À la différence des huiles de silicone ou autres matériaux opaques, il est suffisamment clair pour ne pas gêner l’entrée de la lumière, rendant possible une amélioration réelle de la respiration visuelle.
Des résultats cliniques encourageants
Les premiers résultats de cette approche sont encourageants. Dans une étude pilote publiée dans le British Journal of Ophthalmology, sept des huit patients traités ont constaté une amélioration significative de leur vision après plusieurs mois d’injections contrôlées.
Chez certains d’entre eux, la capacité à lire des lettres sur un tableau d’acuité visuelle s’est rétablie partiellement, une performance qui n’aurait pas été envisageable avec les méthodes antérieures.
Bien que ces résultats soient encore préliminaires, ils ouvrent une perspective nouvelle : celle de corriger la cause mécanique du déficit visuel plutôt que d’en atténuer les symptômes.
Pour de nombreux patients, cela représente une alternative thérapeutique plus douce et moins invasive que la chirurgie lourde, tout en promettant une amélioration durable de la vision.
Pas un remède universel
Cependant, cette technique ne convient pas à tous les types de déficits visuels. Son efficacité dépend d’un élément clé : les cellules rétiniennes doivent être encore viables.
Lorsque la rétine ou le nerf optique sont trop endommagés, conditions fréquentes dans certaines formes avancées de cécité ou de maladies neurodégénératives; restaurer la forme de l’œil ne suffira pas à restaurer la vision.
Autrement dit, cette méthode est particulièrement adaptée aux cas où la perte de vision est essentiellement mécanique plutôt que neurologique. Les médecins insistent donc sur la nécessité d’un diagnostic précis et d’une sélection rigoureuse des patients pour maximiser les chances de succès.
Vers un avenir plus clair
À l’heure actuelle, environ une trentaine de patients ont bénéficié de ce traitement à Moorfields, grâce à des financements caritatifs. Les injections ont été administrées à intervalles réguliers, généralement toutes les trois à quatre semaines, sur une période d’environ dix mois.
Les spécialistes espèrent que ces premiers résultats pourront être confirmés dans des études plus vastes et qu’ils permettront un jour d’élargir l’accès à cette technique au-delà d’un cercle restreint.
Si ces essais se confirment, ce gel transparent pourrait devenir un outil majeur dans le traitement de certaines formes de perte visuelle, offrant une alternative innovante à la chirurgie lourde et redonnant espoir à des patients pour qui la réadaptation visuelle semblait jusqu’ici impossible.












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