Un silence européen très calculé
Le coup de force américain au Venezuela a pris de court les capitales européennes. Pourtant, aucune réaction forte n’a suivi. L’Union européenne s’est contentée d’un message minimaliste, appelant au calme et à la retenue. Dimanche, Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, s’est exprimée au nom de vingt-six États membres, évitant soigneusement toute critique directe des États-Unis. Ligne officielle : éviter l’escalade et favoriser une solution pacifique. En coulisses, le mot d’ordre est plus clair encore. Maduro ne vaut pas une crise avec Washington, glisse un diplomate européen sous anonymat.
Maduro, un cas sans défense politique
L’UE n’a jamais reconnu la légitimité de Nicolás Maduro. Sa capture est même perçue par certains comme une opportunité de transition démocratique. Plusieurs dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, ont parlé d’une « bonne nouvelle », tout en prenant soin de préciser que la méthode américaine ne faisait pas consensus.
En Allemagne, Friedrich Merz a reconnu une opération « juridiquement complexe ». L’Espagne s’est montrée plus ferme, rejetant toute tentative de contrôle du Venezuela par une puissance étrangère. Mais là encore, pas de rupture avec Washington.
L’ombre de Trump plane sur l’Europe
Derrière cette prudence se cache une équation simple : sans les États-Unis, pas de garanties de sécurité pour l’Ukraine. Une réunion des alliés de Kiev est d’ailleurs prévue ce mardi pour discuter d’un éventuel cadre de sécurité post-conflit. Et sur ce dossier, Washington reste indispensable.
Dans ce contexte, Donald Trump avance ses pions. Le Venezuela, mais aussi le Groenland, territoire danois qu’il juge stratégique. L’Union européenne a rappelé le principe de souveraineté territoriale, sans jamais condamner explicitement les menaces américaines. Même Mette Frederiksen, pourtant directement concernée, sait que la marge de manœuvre reste étroite.
Ne pas « offenser l’ogre »
Un diplomate européen résume l’état d’esprit ambiant : « Il ne faut pas offusquer l’ogre ». La stratégie serait donc d’amadouer Trump, faute de pouvoir lui résister. Une posture assumée, mais risquée.
Des experts préviennent : laisser faire aujourd’hui, c’est légitimer demain. Taiwan, l’Ukraine ou la Moldavie pourraient un jour subir la même logique de rapport de force. Sur le Venezuela, l’Europe a choisi le silence stratégique. Par réalisme plus que par conviction. Reste une question lourde : jusqu’où l’Union européenne est-elle prête à fermer les yeux pour préserver le parapluie américain ? Les prochains dossiers diront si cette prudence est tactique… ou révélatrice d’une dépendance durable.












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