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Vers Safi…




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Par Rachid Boufous

Quand on écrit un livre, l’activité la plus harassante, mais aussi la plus réjouissante est la présentation de l’ouvrage et la signature des dédicaces.

Harassante, car il faut raconter l’histoire du livre des dizaines de fois, sans omettre des idées ou des faits intéressants à narrer, tout en essayant d’innover à chaque fois pour les mots des dédicaces.

Réjouissante, quand on capte l’attention des lecteurs et des lectrices, qui finissent par entrer dans le livre, avant de l’avoir lu et qu’on décèle cette lueur de satisfaction chez chaque auditeur et auditrice.

Le contact avec le public fait aussi partie de la vie du livre et de son écrivain(e). Cela demeure un beau moment d’échange et de partage.

Avec mon nouveau livre, je souhaite aller vers de nouveaux lecteurs, dans d’autres villes que Casablanca, Rabat ou Tanger.

Quand Karima Mkika, amie d’enfance, me propose de présenter mon livre au sein de son association Karam pour la protection de l’enfance abandonnée à Safi, je n’hésite pas une seconde. 

Cela me fait d’autant plus plaisir que Safi est l’une de ces grandes villes historiques du Maroc qui a connu ses heures de gloire avant de sombrer dans un inexplicable oubli.

D’ailleurs, je ne connais pas de marocain(e), y compris moi-même, qui veuille passer ses vacances à Safi…!

Pourtant la région recèle beaucoup de potentialités touristiques, hélas méconnues. Pourtant aussi, une belle autoroute y mène en toute sécurité en deux heures de temps, à partir de Casablanca.

Sur la route on trouve Oualidia, Sidi Bouzid ou cap Bedouza, autant de stations touristiques et de lieux magnifiques, connus par beaucoup de marocains qui y séjournent en été, mais pour aller jusqu’à Safi, on hésite, puis on change d’avis…

En ce jeudi 15 février, je prends la route vers Safi. Comme je l’ai dit précédemment, l’autoroute est belle est les paysages sont verdoyants après les dernières pluies. 

Je traverse le pays Doukkala, avec ses cultures à perte de vue. Je dépasse Jorf Lasfar et Moulay Abdellah Amghar, le grand Saint d’El Jadida, dont je raconte l’histoire dans mon livre à Tit N’Fitr et son magnifique Moussem annuel où les plus beaux chevaux du Maroc s’élancent dans des fantasias magnifiques guidés par des cavaliers émérites. C’est aussi l’occasion de fêter la fin des récoltes dans des bacchanales mêlant danses, chants de Aita, alcool à flots et chasses aux faucons…

J’arrive dans le territoire des Abda avec ses paysages rocailleux, ses murs en pierre sèche qui délimitent les propriétés et les Tazotas, ces petites demeures en pierre qui sont là depuis des millénaires. Cela renseigne sur le caractère rocailleux et dur des populations qui se sont adaptées à une terre ingrate, en y faisant pousser des cultures maraîchères, malgré tout.

Je prends la sortie vers Safi, car l’autoroute s’arrête à 5km de là. Essaouira est à 1h56mn mais l’autoroute n’y mène pas et on doit continuer sur la nationale. Encore un esprit lumineux des travaux publics qui a dû estimer que faire arriver l’autoroute jusqu’à Safi c’était amplement suffisant.

Pourtant, cela aurait pu encourager les gens à venir dans la région si on l’avait terminée vers Essaouira et Safi aurait pu en profiter. On aurait gagné sans doute 1 heure de trajet en autoroute, l’actuelle route de Marrakech à Essaouira reste éprouvante malgré son dédoublement, car limitée à 80km à l’heure. 

Une autre aberration va être commise prochainement avec le TGV qui va passer par Marrakech et Essaouira et oubliera de passer par Safi et El Jadida…

Bref, je quitte l’autoroute au nord de Safi.

Malheureusement la route devient nationale et moins confortable. On gagnerait à la dédoubler. 

 

Safi n’a pas d’entrée à proprement parler. On arrive au centre-ville par accident. Heureusement que Waze est là pour m’orienter. 

Je décide d’aller directement en médina et précisément au marché des potiers repéré sur Google maps. De très belles choses y sont exposées et les gens du coin on un réel savoir séculaire en matière de céramique.

Safi est réputée pour sa faïence aux couleurs bleutées héritée des potiers fassis venus s'y installer au 19ème siècle. En effet, dès 1875 la poterie citadine de Safi, servie par une argile locale d'une qualité exceptionnelle, prend un nouveau visage lorsqu'un potier de Fès, Mohammed Langassi, y installe un premier atelier de faïence.

Le secteur de la poterie représente l'activité artisanale la plus importante et constitue un patrimoine culturel et touristique de la ville de Safi. Elle emploie près de 2.000 personnes de façon permanente et un grand nombre de saisonniers. Les principaux sites de production de poterie sont : la Colline des potiers, la vallée Chaâba, la village de Sidi Abderrahmane, la commune Saâdla, et la route Marrakech. A Safi, la poterie se localise principalement dans deux quartiers de la cité (la Colline des potiers et la vallée Chaâba) et un dans un village proche de la ville de Safi (le village de Sidi Abderrahmane).

La colline des potiers, elle est liée historiquement avec l'art de la céramique c'est l'un des plus anciens quartiers de la ville. Plus de 700 artisans travaillent dans 42 ateliers équipés de 72 fours traditionnels et de 27 fours à gaz. L'un des potiers les plus réputé actuellement à l'échelle nationale et internationale est Moulay Ahmed Serghini.

A Safi, la poterie se localise principalement dans deux quartiers de la cité (la Colline des potiers et la vallée Chaâba) et un dans un village proche de la ville de Safi (le village de Sidi Abderrahmane).

L'argile de Safi est très calcaire et riche en oxyde de fer. Cette texture particulière donne des reflets métalliques aux pièces et a conduit les potiers de la région à utiliser la polychromie. Cela permet de fabrique les tuiles vertes qui font la beauté des mosquées, des anciennes demeures et des palais à travers le royaume.

Je suis subjugué par le savoir-faire des gens de Safi pour les poteries, les plats émaillés à la peinture délicate et finement décorés à la main. J’ai envie de tout acheter tellement ce que je vois est beau et magnifiquement ouvragé.

Je vais au siège de l’association Karam. Mon amie Karima, présidente de l’association, a fait les choses en grand. Elle a invité l’élite de Safi pour venir m’écouter. J’ai visité le centre et rencontré les enfants qui y sont hébergés de l’âge de 6 ans jusqu’à 18 ans révolus. 36 enfants dont une dizaine de filles, orphelins ou abandonnés. Ce centre dont un second existe à Marrakech, a reçu la visite de Sa Majesté Le Roi en 2002. 

Une ancienne bâtisse appartenant au Pacha de la ville a été cédée à l’association Karam qui y a installé son centre d’accueil. 
Je visite l’atelier des enfants avec plein de tableaux, poteries et dessins magnifiques qui témoignent que l’espoir existe encore sur cette terre, malgré les malheurs de la vie…

Je suis reçu par Si Rachid Ouadnouni l’organisateur de l’événement et par Si Said El Waradi grand intellectuel qui assure la modération de la rencontre. Mon amie et spécialiste du patrimoine Amel Mellakh a fait le déplacement de Marrakech malgré ses multiples engagement en tant qu’élue de la ville ocre. Cela me touche vraiment. 

Et c’est parti pour deux heures très riches en conte et en échanges autour de mon livre. Je promets à l’assistance de ramener des ami(e)s écrivain(e)s à Safi et au centre Karam pour y présenter leurs livres, tant l’ambiance y est magnifique et les gens vraiment intéressés par la culture. Il faut dire que Safi paraît si loin de tout et pourtant elle n’est qu’à deux heures de Casablanca…

Je n’ai pas envie de rentrer tant les Safiots sont chaleureux et les échanges fructueux, mais je dois m’astreindre à quitter cette belle ville sur l’Atlantique, jadis premier port du Maroc durant des siècles, premier port sardinier au monde des années 30 jusqu’à la fin des années 70, qui comptait plus de 1700 usines de conserves de poissons. 

C’était l’époque d’André Guelfi, alias « Dédé La Sardine », enfant de Safi qui le premier inventa les bateaux équipés de congélateurs de poisson dans les soutes des navires dans les années 60. Il fera fortune dans la sardine avant de devoir fuir le Maroc, à bord de son avion privé, un funeste jour de Août 1972…

Safi connut ses heures de gloire à cette époque, avant de sombrer dans un long déclin, les bans de poisson ayant quitté le large marocain vers l’extrême sud et la Mauritanie, ainsi que le développement de grands ports de pêche à Agadir, TanTan, Laayoune et Dakhla et surtout l’installation des usines de transformation des phosphates, dont les rejets en mer rebutaient les estivaliers, même s’ils sont réputés inoffensifs selon les assurances apportées par l’OCP…

Bref, Safi se meurt malgré son passé fabuleux, même son statut de Wilaya de région lui a été ôté, devenant une vulgaire province de la grande Marrakech dont elle dépend, malgré elle…

J’ai promis de revenir à Safi rapidement et je tiendrais parole. Ce Maroc « oublié » a besoin de nous tous et toutes. J’irais sans doute ailleurs dans d’autres régions, toutes aussi oubliées du Maroc, pour y présenter mon livre et y raconter la fabuleuse histoire de cette dame dénommée Kharboucha, native de Safi et qui tint tête à un terrible Caïd, Aïssa Ben Omar El Abdi, ou narrer la magnifique épopée des Regraguas, ces chérifs des Abda de Safi, qui inventèrent un pèlerinage de 40 jours et autant de stations pour saluer les Saints du coin, qu’on appelle ici le « Daour », qui existe toujours et dont Moulay Ismail prit ombrage au début du 18eme siècle et alla jusqu’à inventer son propre pèlerinage dit des « 7 Saints » de Marrakech, en réaction à la forte influence des Regraguas, mais ceci est une autre histoire…

Rédigé par Rachid Boufous



Lundi 19 Février 2024


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