Une hausse qui interpelle, une vigilance renforcée
Sur cinq ans, le nombre d’affaires est passé de 4.828 en 2019 à 9.618 en 2024. Presque un doublement. Pour les autorités judiciaires, il ne s’agit pas seulement d’une explosion de la violence, mais aussi d’une meilleure détection, d’un signalement plus fréquent et d’une tolérance zéro désormais assumée par les parquets.
En 2024, 10.169 personnes ont été mises en cause, majoritairement des hommes. Les agressions sexuelles arrivent en tête avec 40 % des dossiers, suivies par les violences physiques à 37 %. Des chiffres lourds, qui traduisent une souffrance silencieuse longtemps restée dans l’ombre.
Crimes sexuels et violences familiales au cœur des dossiers
Les infractions à caractère sexuel restent les plus préoccupantes. 3.854 affaires ont été recensées en 2024. Les atteintes à la pudeur avec violence progressent, tout comme les viols de mineurs, en hausse de plus de 27 % en un an. Autre signal alarmant : la corruption de mineurs et l’exploitation sexuelle, bien que numériquement moins fréquentes, augmentent fortement.
Les violences physiques ne sont pas en reste. 3.556 dossiers ont été ouverts, souvent liés à des contextes familiaux ou scolaires. Coups, blessures, négligence grave, mise en danger… Dans de nombreux cas, l’agresseur appartient au cercle proche de l’enfant, ce qui complique le signalement et renforce la nécessité d’un accompagnement judiciaire spécialisé.
Cybercriminalité et mendicité forcée : de nouveaux fronts
Le rapport met aussi en lumière des formes plus contemporaines de violence. Grâce à une coopération avec des plateformes américaines et britanniques, 84 cas d’exploitation sexuelle en ligne ont été détectés en 2024. Des enquêtes sont en cours, plusieurs poursuites ont déjà été engagées. Autre fléau en forte progression : la mendicité forcée des enfants, avec une hausse de plus de 100 % en un an. Une réalité souvent liée à des réseaux organisés, désormais davantage ciblés par les parquets.
Une riposte institutionnelle qui se structure
Face à cette situation, l’État muscle son dispositif. Un protocole territorial de prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité a été lancé en mai 2024, avec l’appui de l’Unicef. Objectif : mieux coordonner justice, protection sociale et acteurs locaux. En parallèle, un projet d’Agence nationale de protection de l’enfance est en préparation. Une structure pensée pour centraliser les efforts, harmoniser les pratiques et placer l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur des décisions.
Les chiffres sont durs. Mais le message est clair : la justice marocaine ne regarde plus ailleurs. Détection renforcée, poursuites accrues, outils numériques, coopération internationale… La lutte contre les violences faites aux enfants entre dans une phase décisive. Reste un défi majeur : prévenir en amont, briser le silence et faire de la protection de l’enfance une responsabilité collective, pas seulement judiciaire.












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