Le Club des Avocats reproche au président de la FSF et à ses conseils d’avoir quitté le registre technique pour entrer dans celui de l’emphase politique et de l’accusation institutionnelle.
Le bras de fer entre le Maroc et le Sénégal autour de la finale de la CAN 2025 a franchi un nouveau seuil, cette fois sur le terrain du droit et de la communication publique. Dans un communiqué au ton particulièrement ferme publié le 26 mars 2026, le Club des Avocats au Maroc estime que la décision du Jury d’appel de la CAF ne constitue pas une simple correction administrative, mais une véritable avancée jurisprudentielle dans la régulation des comportements sur les terrains africains. L’organisation accuse en parallèle la Fédération sénégalaise de football, la FSF, de chercher à brouiller cette lecture juridique par une offensive médiatique jugée outrancière.
Au cœur de la polémique, un épisode devenu central dans la mémoire de cette CAN. Lors de la finale disputée le 18 janvier 2026, les joueurs sénégalais avaient quitté la pelouse pendant environ seize minutes pour protester contre un penalty accordé au Maroc dans les derniers instants du temps réglementaire. Le match avait ensuite repris, avant que le Sénégal ne l’emporte sur le terrain. Mais le 17 mars 2026, la CAF a finalement renversé l’issue sportive en déclarant le Sénégal perdant par forfait, sur la base de l’article 84 du règlement de la compétition, homologuant la rencontre sur le score de 3-0 en faveur du Maroc.
C’est précisément cette décision que le Club des Avocats au Maroc érige aujourd’hui en tournant juridique. Dans son raisonnement, le retrait momentané d’une équipe du terrain ne peut plus être banalisé, relativisé ou absorbé par la seule émotion du match. Selon le Club, le Jury d’appel de la CAF a comblé une lacune textuelle en fixant un principe clair : un abandon de terrain, même temporaire, peut produire des effets disciplinaires lourds. L’organisation parle d’une jurisprudence “salvatrice”, destinée à mettre fin à ce qu’elle appelle la “voyoucratie sportive” ou la “Baltaja” sur les pelouses africaines. Autrement dit, le temps où la pression, le rapport de force et le chantage au retrait pouvaient tordre l’éthique sportive serait désormais révolu.
Mais au-delà du droit du sport, le communiqué vise aussi la stratégie de défense déployée par la partie sénégalaise. Le Club des Avocats reproche au président de la FSF et à ses conseils d’avoir quitté le registre technique pour entrer dans celui de l’emphase politique et de l’accusation institutionnelle. Les expressions employées lors de la conférence de presse de Paris, notamment autour d’un supposé “braquage administratif” ou d’une “croisade morale et juridique”, sont décrites comme excessives, approximatives et juridiquement faibles. Pour les avocats marocains, ce langage n’éclaire pas le dossier : il cherche au contraire à déplacer le débat, en remplaçant l’argumentation par la dramatisation.
L’autre point de crispation concerne les accusations de “chantage politique” formulées par la partie sénégalaise au sujet de l’arrestation de supporters sénégalais au Maroc. Sur ce point, le Club des Avocats au Maroc oppose une ligne de fermeté institutionnelle : les faits reprochés relèvent, selon lui, du droit commun et de la justice ordinaire, non d’une instrumentalisation politique. Le communiqué insiste sur la souveraineté judiciaire du Royaume et affirme que des preuves vidéo existent. Là encore, l’enjeu dépasse le football : il s’agit pour les signataires de défendre l’idée qu’aucune instance sportive étrangère ne peut décréter seule le discrédit d’un système judiciaire national sans éléments probants.
Reste que le dossier est loin d’être clos. Le Sénégal a officiellement saisi le Tribunal arbitral du sport, le TAS, pour contester la décision de la CAF. Reuters et l’Associated Press rapportent que la fédération sénégalaise considère toujours ce renversement comme un “vol administratif” et espère obtenir une décision rapide, avec un enjeu qui dépasse ce seul match : la portée du contrôle juridique sur les incidents de jeu et les conséquences disciplinaires d’un retrait collectif du terrain.
En réalité, cette affaire révèle une mutation plus profonde du football africain. Longtemps, certaines zones grises ont été tolérées au nom de la passion, du contexte ou de la pression compétitive. Or la CAF semble désormais vouloir rappeler que l’autorité réglementaire ne s’arrête pas au coup de sifflet final. C’est cette lecture que le Club des Avocats au Maroc cherche à démontrer : le droit sportif africain ne peut gagner en crédibilité que s’il sanctionne clairement les ruptures d’ordre sur le terrain, sans céder à la surenchère politique ni au vacarme médiatique. La FSF, elle, joue désormais sa partition devant le TAS. Le dernier mot ne sera donc pas seulement sportif. Il sera jurisprudentiel.












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