De la vidéo au curriculum
Pendant près de deux décennies, YouTube a été regardée avec condescendance par le monde académique. Trop populaire, trop hétérogène, trop dépendante des algorithmes. Utile pour “expliquer autrement”, certes, mais incapable d’incarner la rigueur d’un cursus universitaire. Cette grille de lecture est désormais obsolète.
Depuis plusieurs mois, la plateforme héberge des cours longs, structurés en modules, accompagnés de supports, d’exercices, parfois même d’évaluations. Ils sont portés non seulement par des créateurs indépendants, mais aussi par des universités reconnues, des laboratoires, des entreprises technologiques de premier plan. L’effet cumulatif est frappant : des millions d’apprenants suivent, gratuitement, des enseignements qui ressemblent de plus en plus à ce que proposent les meilleures institutions du monde.
Quand les géants du MOOC vacillent
Ce déplacement du centre de gravité n’est pas passé inaperçu. Il explique en grande partie la décision, lourde de sens, de Coursera et Udemy de fusionner. Deux acteurs historiques du MOOC, longtemps considérés comme les champions de la démocratisation du savoir, ont compris qu’ils faisaient désormais face à une concurrence d’un nouveau type : diffuse, gratuite, massivement distribuée et soutenue par une puissance algorithmique inégalée.
YouTube ne vend pas des diplômes. Elle ne promet pas un “retour sur investissement” immédiat. Elle fait mieux : elle s’installe dans les usages quotidiens, capte l’attention là où elle se trouve déjà, et transforme progressivement la plateforme de loisir en espace d’apprentissage continu. Pour Coursera et Udemy, l’enjeu n’est plus seulement économique ; il est existentiel.
Depuis plusieurs mois, la plateforme héberge des cours longs, structurés en modules, accompagnés de supports, d’exercices, parfois même d’évaluations. Ils sont portés non seulement par des créateurs indépendants, mais aussi par des universités reconnues, des laboratoires, des entreprises technologiques de premier plan. L’effet cumulatif est frappant : des millions d’apprenants suivent, gratuitement, des enseignements qui ressemblent de plus en plus à ce que proposent les meilleures institutions du monde.
Quand les géants du MOOC vacillent
Ce déplacement du centre de gravité n’est pas passé inaperçu. Il explique en grande partie la décision, lourde de sens, de Coursera et Udemy de fusionner. Deux acteurs historiques du MOOC, longtemps considérés comme les champions de la démocratisation du savoir, ont compris qu’ils faisaient désormais face à une concurrence d’un nouveau type : diffuse, gratuite, massivement distribuée et soutenue par une puissance algorithmique inégalée.
YouTube ne vend pas des diplômes. Elle ne promet pas un “retour sur investissement” immédiat. Elle fait mieux : elle s’installe dans les usages quotidiens, capte l’attention là où elle se trouve déjà, et transforme progressivement la plateforme de loisir en espace d’apprentissage continu. Pour Coursera et Udemy, l’enjeu n’est plus seulement économique ; il est existentiel.
L’IA comme accélérateur invisible et le coup de tonnerre Stanford
Ce basculement serait impensable sans l’intelligence artificielle. C’est elle qui permet à YouTube de recommander non plus seulement des vidéos, mais des parcours. De suggérer une progression logique. De proposer automatiquement des traductions, des sous-titres, des résumés, parfois même des reformulations adaptées au niveau de l’apprenant.
Là où l’université classique repose sur des promotions, des calendriers et des programmes figés, YouTube expérimente une forme d’apprentissage fluide, individualisé, quasi organique. L’étudiant n’est plus assigné à un cursus : il construit son propre chemin, guidé par des algorithmes capables de détecter ses lacunes, ses intérêts, sa vitesse d’assimilation.
Ce brouillage des frontières entre apprentissage formel et informel est au cœur du “tremblement académique” actuel. Il remet en cause non seulement les modèles économiques, mais aussi les catégories mentales avec lesquelles nous pensions l’éducation.
Le coup de tonnerre Stanford University !
Le véritable point de rupture est survenu lorsqu’un accord inédit a été annoncé avec Stanford University. Une université symbole de l’excellence mondiale, du prestige académique, de la sélection drastique. Stanford a décidé de mettre gratuitement à disposition, via YouTube, l’ensemble de ses cours phares en intelligence artificielle et en machine learning.
Même contenu académique. Les mêmes professeurs de renom. Zéro frais d’inscription.
La liste donne le vertige : Artificial Intelligence: Principles & Techniques, Natural Language Understanding, NLP with Deep Learning, Machine Learning, Machine Learning Theory, ML from Human Preferences, Deep Learning, Reinforcement Learning, Deep Multi-Task & Meta Learning. Des cours qui, hier encore, constituaient le cœur de formations parmi les plus sélectives au monde, sont désormais accessibles depuis un simple smartphone.
Parmi eux, ceux dispensés par Andrew Ng, figure tutélaire de l’IA contemporaine, achèvent de symboliser cette bascule. Le savoir ne change pas. Le canal, lui, est radicalement différent.
Là où l’université classique repose sur des promotions, des calendriers et des programmes figés, YouTube expérimente une forme d’apprentissage fluide, individualisé, quasi organique. L’étudiant n’est plus assigné à un cursus : il construit son propre chemin, guidé par des algorithmes capables de détecter ses lacunes, ses intérêts, sa vitesse d’assimilation.
Ce brouillage des frontières entre apprentissage formel et informel est au cœur du “tremblement académique” actuel. Il remet en cause non seulement les modèles économiques, mais aussi les catégories mentales avec lesquelles nous pensions l’éducation.
Le coup de tonnerre Stanford University !
Le véritable point de rupture est survenu lorsqu’un accord inédit a été annoncé avec Stanford University. Une université symbole de l’excellence mondiale, du prestige académique, de la sélection drastique. Stanford a décidé de mettre gratuitement à disposition, via YouTube, l’ensemble de ses cours phares en intelligence artificielle et en machine learning.
Même contenu académique. Les mêmes professeurs de renom. Zéro frais d’inscription.
La liste donne le vertige : Artificial Intelligence: Principles & Techniques, Natural Language Understanding, NLP with Deep Learning, Machine Learning, Machine Learning Theory, ML from Human Preferences, Deep Learning, Reinforcement Learning, Deep Multi-Task & Meta Learning. Des cours qui, hier encore, constituaient le cœur de formations parmi les plus sélectives au monde, sont désormais accessibles depuis un simple smartphone.
Parmi eux, ceux dispensés par Andrew Ng, figure tutélaire de l’IA contemporaine, achèvent de symboliser cette bascule. Le savoir ne change pas. Le canal, lui, est radicalement différent.
La fin de la rareté organisée
Pourquoi est-ce un tournant ? Parce que l’enseignement supérieur reposait, depuis des siècles, sur une logique de rareté : rareté de l’accès, rareté des professeurs, rareté des ressources. Cette rareté justifiait les coûts, la sélection, les hiérarchies.
Avec YouTube, cette architecture se fissure. Les compétences en intelligence artificielle ne sont plus réservées à ceux qui peuvent se payer Stanford, ni à ceux qui peuvent attendre que leurs universités nationales intègrent – lentement – ces savoirs dans leurs programmes. Le contenu est là. Disponible. Gratuit. La seule barrière réelle devient la volonté d’apprendre, la discipline personnelle, la capacité à structurer son temps.
C’est une révolution silencieuse, mais profondément politique.
Et les universités dans tout ça ?
Il serait naïf d’annoncer la mort des universités. Elles conservent des atouts décisifs : la recherche, la certification, la socialisation intellectuelle, le cadre. Mais leur monopole sur la transmission du savoir est brisé. Définitivement.
Les universités qui survivront – et prospéreront – seront celles qui comprendront que leur valeur n’est plus dans l’exclusivité du contenu, mais dans l’accompagnement, la mise en perspective, l’éthique, l’esprit critique. Celles qui continueront à enseigner des programmes obsolètes, en espérant que le prestige du diplôme suffira, risquent de devenir périphériques.
Avec YouTube, cette architecture se fissure. Les compétences en intelligence artificielle ne sont plus réservées à ceux qui peuvent se payer Stanford, ni à ceux qui peuvent attendre que leurs universités nationales intègrent – lentement – ces savoirs dans leurs programmes. Le contenu est là. Disponible. Gratuit. La seule barrière réelle devient la volonté d’apprendre, la discipline personnelle, la capacité à structurer son temps.
C’est une révolution silencieuse, mais profondément politique.
Et les universités dans tout ça ?
Il serait naïf d’annoncer la mort des universités. Elles conservent des atouts décisifs : la recherche, la certification, la socialisation intellectuelle, le cadre. Mais leur monopole sur la transmission du savoir est brisé. Définitivement.
Les universités qui survivront – et prospéreront – seront celles qui comprendront que leur valeur n’est plus dans l’exclusivité du contenu, mais dans l’accompagnement, la mise en perspective, l’éthique, l’esprit critique. Celles qui continueront à enseigner des programmes obsolètes, en espérant que le prestige du diplôme suffira, risquent de devenir périphériques.
Un défi pour le Sud global : accéder aux meilleurs savoirs mondiaux sans barrières financières
Pour les pays du Sud comme le Maroc, le choc est double. D’un côté, une opportunité historique : accéder aux meilleurs savoirs mondiaux sans barrières financières. De l’autre, un risque : celui de voir leurs systèmes éducatifs nationaux encore plus déconnectés, incapables de rivaliser en attractivité, en agilité, en actualisation.
Le défi n’est donc pas de “copier YouTube”, mais de repenser l’articulation entre institutions locales et savoirs globaux. D’accepter que l’étudiant de 2026 apprend partout, tout le temps, et rarement là où on l’attend.
2026, année zéro d’une nouvelle université
Ce qui commence aujourd’hui ressemble à une université sans murs, sans frontières, sans frais d’inscription. Une université imparfaite, chaotique, parfois inégale, mais terriblement puissante. YouTube n’a pas “remplacé” l’université. Elle a déplacé son centre de gravité.
Et c’est sans doute cela, le vrai tremblement académique : le savoir n’est plus là où l’on croyait qu’il devait être. Il circule. Il s’émancipe. Il s’offre à ceux qui le cherchent.
En 2026, l’histoire de l’éducation ne s’écrit plus seulement dans les amphithéâtres. Elle se joue aussi, et peut-être surtout, dans une barre de recherche et un bouton “lecture”.
Le défi n’est donc pas de “copier YouTube”, mais de repenser l’articulation entre institutions locales et savoirs globaux. D’accepter que l’étudiant de 2026 apprend partout, tout le temps, et rarement là où on l’attend.
2026, année zéro d’une nouvelle université
Ce qui commence aujourd’hui ressemble à une université sans murs, sans frontières, sans frais d’inscription. Une université imparfaite, chaotique, parfois inégale, mais terriblement puissante. YouTube n’a pas “remplacé” l’université. Elle a déplacé son centre de gravité.
Et c’est sans doute cela, le vrai tremblement académique : le savoir n’est plus là où l’on croyait qu’il devait être. Il circule. Il s’émancipe. Il s’offre à ceux qui le cherchent.
En 2026, l’histoire de l’éducation ne s’écrit plus seulement dans les amphithéâtres. Elle se joue aussi, et peut-être surtout, dans une barre de recherche et un bouton “lecture”.
Avec YouTube pour nous les Marocains : Le savoir est là. La question n’est plus qui l’autorise, mais qui s’en saisit et qui continue à l'ignorer ?
On disait jadis, avec une gravité presque solennelle, que nul n’est censé ignorer la loi. Cette formule, héritée d’un État fort, vertical, organisateur du savoir et des normes, reposait sur une promesse implicite : celle de l’accessibilité. L’État édicte, diffuse, enseigne. Le citoyen reçoit, apprend, se conforme. Or, en ce début de 2026, une transposition silencieuse mais décisive s’impose : nul professeur, nul étudiant, nul diplômé – y compris chômeur – n’est désormais censé ignorer les possibilités de formation et de requalification qui s’offrent à lui. Non plus parce qu’une institution les lui aura signalées, mais parce qu’elles sont là, visibles, accessibles, immédiates.
C’est un renversement profond de responsabilité. Pendant longtemps, l’attente a été collective et verticale : que l’État réforme, que le ministère anticipe, que l’université s’adapte, que l’entreprise forme. Cette attente n’était pas illégitime. Elle structurait le contrat social. Mais ce contrat a changé de nature. Le savoir, aujourd’hui, ne circule plus à la vitesse des réformes publiques ni au rythme des maquettes pédagogiques. Il circule à la vitesse d’une connexion, d’un clic, d’une décision personnelle.
Cela ne signifie pas que l’État, les universités ou les entreprises deviennent inutiles. Cela signifie qu’ils ne sont plus des préalables. L’erreur serait de continuer à penser la formation comme une faveur accordée par le système, alors qu’elle est devenue une ressource disponible, mais exigeante. Exigeante en autonomie. Exigeante en discipline. Exigeante en lucidité. Car si le savoir est libre, l’effort, lui, ne l’est pas. Il reste entier, souvent solitaire, parfois décourageant.
Le Maroc n’échappe pas à cette mutation. Il la vit, parfois sans la nommer. Dans un pays où le diplôme a longtemps été un aboutissement social plus qu’un outil évolutif, la requalification autonome bouscule les représentations. Elle dérange aussi certaines rentes symboliques : celles de l’expertise rare, du titre figé, de la compétence certifiée une fois pour toutes. Désormais, ne pas se former n’est plus toujours un manque d’opportunité ; cela devient, progressivement, un choix — ou une résignation.
La vraie fracture de 2026 ne sera donc pas seulement numérique ou technologique. Elle sera mentale. Entre ceux qui continuent d’attendre que le système les prenne en charge, et ceux qui, sans renier le rôle des institutions, ont compris que le temps long de l’administration n’est plus compatible avec le temps court des mutations économiques. Le savoir est là. La question n’est plus qui l’autorise, mais qui s’en saisit.
C’est un renversement profond de responsabilité. Pendant longtemps, l’attente a été collective et verticale : que l’État réforme, que le ministère anticipe, que l’université s’adapte, que l’entreprise forme. Cette attente n’était pas illégitime. Elle structurait le contrat social. Mais ce contrat a changé de nature. Le savoir, aujourd’hui, ne circule plus à la vitesse des réformes publiques ni au rythme des maquettes pédagogiques. Il circule à la vitesse d’une connexion, d’un clic, d’une décision personnelle.
Cela ne signifie pas que l’État, les universités ou les entreprises deviennent inutiles. Cela signifie qu’ils ne sont plus des préalables. L’erreur serait de continuer à penser la formation comme une faveur accordée par le système, alors qu’elle est devenue une ressource disponible, mais exigeante. Exigeante en autonomie. Exigeante en discipline. Exigeante en lucidité. Car si le savoir est libre, l’effort, lui, ne l’est pas. Il reste entier, souvent solitaire, parfois décourageant.
Le Maroc n’échappe pas à cette mutation. Il la vit, parfois sans la nommer. Dans un pays où le diplôme a longtemps été un aboutissement social plus qu’un outil évolutif, la requalification autonome bouscule les représentations. Elle dérange aussi certaines rentes symboliques : celles de l’expertise rare, du titre figé, de la compétence certifiée une fois pour toutes. Désormais, ne pas se former n’est plus toujours un manque d’opportunité ; cela devient, progressivement, un choix — ou une résignation.
La vraie fracture de 2026 ne sera donc pas seulement numérique ou technologique. Elle sera mentale. Entre ceux qui continuent d’attendre que le système les prenne en charge, et ceux qui, sans renier le rôle des institutions, ont compris que le temps long de l’administration n’est plus compatible avec le temps court des mutations économiques. Le savoir est là. La question n’est plus qui l’autorise, mais qui s’en saisit.












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