Combien d’armes nucléaires possède réellement la Corée du Nord ? Cinquante ? Quatre-vingts ? Cent vingt ?
Personne ne peut aujourd’hui apporter une réponse incontestable. Mais la déclaration faite ce jeudi 20 août par le ministre sud-coréen de la Défense remet brutalement la question au centre du jeu stratégique asiatique : Pyongyang pourrait disposer d’un arsenal beaucoup plus important que généralement imaginé.
Devant des parlementaires, Ahn Gyu-back a évoqué une fourchette comprise entre 80 et 120 ogives nucléaires. Une estimation à manier avec précaution puisqu’il a lui-même précisé qu’elle provenait d’organismes privés et que l’armée sud-coréenne n’était pas en mesure de confirmer précisément le nombre.
L’incertitude est donc réelle. Mais le problème stratégique demeure.
Car même le bas de cette fourchette ferait de la Corée du Nord autre chose qu’un État disposant de quelques armes nucléaires expérimentales. Nous parlerions d’un pays capable de constituer progressivement un véritable arsenal.
De la bombe à la dissuasion
Pendant des décennies, la politique internationale à l’égard de Pyongyang reposait sur un objectif : empêcher la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire. Cet objectif a échoué.
La question devient désormais beaucoup plus inconfortable : comment vivre durablement avec une Corée du Nord nucléaire ?
Posséder une bombe n’est pas la même chose qu’en posséder plusieurs dizaines. À mesure que l’arsenal augmente, un État peut théoriquement diversifier ses moyens : armes tactiques, missiles de différentes portées, capacités de seconde frappe et réserves destinées à survivre à une attaque initiale.
La dissuasion devient alors plus crédible. Et la possibilité de supprimer préventivement l’ensemble de l’arsenal adverse devient beaucoup plus hypothétique.
Un problème pour Séoul, Tokyo et Washington
Cette évolution bouleverse nécessairement les calculs militaires sud-coréens, japonais et américains.
Séoul doit pouvoir répondre à une menace située à quelques dizaines de kilomètres. Tokyo doit intégrer dans sa doctrine de défense un voisin disposant de missiles capables d’atteindre son territoire. Washington doit continuer à convaincre ses alliés asiatiques que son parapluie nucléaire demeure crédible.
Une question redoutable apparaît alors : jusqu’où les États-Unis seraient-ils prêts à risquer une attaque nucléaire contre leur propre territoire pour défendre un allié asiatique ?
C’est précisément ce type de doute qui peut alimenter ailleurs des réflexions sur l’acquisition d’une capacité nucléaire nationale.
Le précédent qui inquiète
La Corée du Nord constitue enfin un précédent observé bien au-delà de l’Asie.
Le régime a subi sanctions, isolement et pressions internationales. Pourtant, plusieurs décennies plus tard, il possède des armes nucléaires, développe ses missiles et négocie désormais avec les grandes puissances depuis une position très différente.
Voilà pourquoi chaque crise nucléaire future sera regardée à travers le précédent nord-coréen.
La communauté internationale continuera officiellement à parler de dénucléarisation. Mais plus l’arsenal de Pyongyang grandit, plus cet objectif paraît difficile à atteindre.
C’est peut-être là le véritable basculement stratégique.
Pendant trente ans, le monde a essayé d’empêcher la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire.
Il doit désormais envisager quelque chose de beaucoup moins confortable : apprendre à gérer durablement une puissance nucléaire nord-coréenne.
La non-prolifération cherchait à empêcher l’apparition de la bombe. L’échec de la non-prolifération oblige maintenant à empêcher qu’elle soit utilisée.
Devant des parlementaires, Ahn Gyu-back a évoqué une fourchette comprise entre 80 et 120 ogives nucléaires. Une estimation à manier avec précaution puisqu’il a lui-même précisé qu’elle provenait d’organismes privés et que l’armée sud-coréenne n’était pas en mesure de confirmer précisément le nombre.
L’incertitude est donc réelle. Mais le problème stratégique demeure.
Car même le bas de cette fourchette ferait de la Corée du Nord autre chose qu’un État disposant de quelques armes nucléaires expérimentales. Nous parlerions d’un pays capable de constituer progressivement un véritable arsenal.
De la bombe à la dissuasion
Pendant des décennies, la politique internationale à l’égard de Pyongyang reposait sur un objectif : empêcher la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire. Cet objectif a échoué.
La question devient désormais beaucoup plus inconfortable : comment vivre durablement avec une Corée du Nord nucléaire ?
Posséder une bombe n’est pas la même chose qu’en posséder plusieurs dizaines. À mesure que l’arsenal augmente, un État peut théoriquement diversifier ses moyens : armes tactiques, missiles de différentes portées, capacités de seconde frappe et réserves destinées à survivre à une attaque initiale.
La dissuasion devient alors plus crédible. Et la possibilité de supprimer préventivement l’ensemble de l’arsenal adverse devient beaucoup plus hypothétique.
Un problème pour Séoul, Tokyo et Washington
Cette évolution bouleverse nécessairement les calculs militaires sud-coréens, japonais et américains.
Séoul doit pouvoir répondre à une menace située à quelques dizaines de kilomètres. Tokyo doit intégrer dans sa doctrine de défense un voisin disposant de missiles capables d’atteindre son territoire. Washington doit continuer à convaincre ses alliés asiatiques que son parapluie nucléaire demeure crédible.
Une question redoutable apparaît alors : jusqu’où les États-Unis seraient-ils prêts à risquer une attaque nucléaire contre leur propre territoire pour défendre un allié asiatique ?
C’est précisément ce type de doute qui peut alimenter ailleurs des réflexions sur l’acquisition d’une capacité nucléaire nationale.
Le précédent qui inquiète
La Corée du Nord constitue enfin un précédent observé bien au-delà de l’Asie.
Le régime a subi sanctions, isolement et pressions internationales. Pourtant, plusieurs décennies plus tard, il possède des armes nucléaires, développe ses missiles et négocie désormais avec les grandes puissances depuis une position très différente.
Voilà pourquoi chaque crise nucléaire future sera regardée à travers le précédent nord-coréen.
La communauté internationale continuera officiellement à parler de dénucléarisation. Mais plus l’arsenal de Pyongyang grandit, plus cet objectif paraît difficile à atteindre.
C’est peut-être là le véritable basculement stratégique.
Pendant trente ans, le monde a essayé d’empêcher la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire.
Il doit désormais envisager quelque chose de beaucoup moins confortable : apprendre à gérer durablement une puissance nucléaire nord-coréenne.
La non-prolifération cherchait à empêcher l’apparition de la bombe. L’échec de la non-prolifération oblige maintenant à empêcher qu’elle soit utilisée.












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