Pour le Maroc, le sujet est loin d’être théorique.
Le Royaume entretient une relation stratégique ancienne avec les États-Unis, notamment dans les domaines sécuritaire, militaire et diplomatique. Mais parallèlement, les relations économiques avec la Chine se sont fortement densifiées, particulièrement dans l’industrie, les batteries, les équipements technologiques et les infrastructures.
Jusqu’ici, Rabat pouvait pratiquer une diplomatie économique relativement ouverte : travailler avec Washington sans fermer la porte à Pékin.
L’intelligence artificielle pourrait rendre cet équilibre plus compliqué.
Car derrière les modèles d’IA se cache désormais toute une chaîne de souveraineté : puces, cloud, data centers, logiciels, cybersécurité, minerais stratégiques et normes techniques. Celui qui contrôle cette infrastructure ne fournit plus simplement une technologie. Il construit un écosystème.
La Chine a parallèlement lancé sa propre organisation internationale de coopération en matière d’IA et promeut fortement ses modèles ouverts. Washington considère désormais cette compétition comme un enjeu stratégique et de sécurité nationale, et non comme une simple concurrence commerciale.
Le Maroc pourrait donc devoir définir une doctrine technologique beaucoup plus explicite.
Peut-on conserver des infrastructures américaines dans certains secteurs et chinoises dans d’autres ? Où placer les lignes rouges concernant les données publiques, la défense, les télécommunications ou les infrastructures critiques ?
La réponse ne peut plus être seulement commerciale.
Dans le monde qui vient, choisir un fournisseur de cloud, un fabricant de puces ou une architecture d’IA pourrait progressivement ressembler à ce que signifiait autrefois choisir une alliance stratégique.
Le Maroc a longtemps cherché à diversifier ses partenariats sans s’enfermer dans un camp. La guerre mondiale de l’intelligence artificielle pourrait mettre cette doctrine à l’épreuve.
Le véritable enjeu ne sera peut-être donc pas de choisir entre l’Amérique et la Chine, mais de savoir jusqu’où le Royaume pourra encore préserver sa liberté de choisir.












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