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​Inscription électorale au Maroc : quand le numérique tente de réparer une démocratie à distance


Rédigé par La rédaction le Jeudi 22 Janvier 2026

Face à la stagnation du corps électoral et à la défiance persistante des jeunes envers la politique, des initiatives citoyennes comme SAWTI, portée par Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI), tentent d’ouvrir de nouvelles voies d’engagement par le numérique. Une ambition lucide, exposée dans un entretien accordé au quotidien L’Opinion, mais qui se heurte aux limites structurelles du paysage politique marocain, entre défi institutionnel, fracture territoriale et crise de confiance durable.



​Inscription électorale au Maroc : quand le numérique tente de réparer une démocratie à distance
À mesure que les échéances électorales se rapprochent, une donnée revient avec insistance dans le débat public marocain : la stagnation du nombre d’inscrits sur les listes électorales. Environ 16,5 millions d’électeurs dans un pays qui dépasse largement les 36 millions d’habitants. Un chiffre qui ne relève plus de l’anecdote statistique, mais d’un symptôme politique profond. C’est à partir de ce constat qu’Abdessamad Alhyan, président de Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI), tire la sonnette d’alarme dans un entretien accordé à nos confrères du quotidien L’Opinion, affirmant que « le système actuel de gestion des inscriptions sur les listes électorales a atteint ses limites ».

Cette déclaration, loin d’être polémique, s’inscrit dans une lecture pragmatique du fonctionnement démocratique marocain. Elle pose une question centrale : la faiblesse de la participation électorale est-elle réellement le signe d’un désintérêt citoyen, ou le produit d’un système qui peine à inclure, expliquer et mobiliser ? Pour TIZI, la réponse est claire. Le problème n’est pas l’absence de conscience politique, notamment chez les jeunes, mais l’empilement d’obstacles administratifs, informationnels et symboliques qui transforment l’acte civique en parcours dissuasif.

C’est dans ce contexte qu’a été lancée SAWTI, plateforme numérique présentée comme un outil d’éducation civique, de vulgarisation politique et d’accompagnement vers l’engagement.

Dans l’entretien publié par L’Opinion, Abdessamad Alhyan insiste sur un point essentiel : le numérique n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’adaptation à une génération hyperconnectée, habituée à des formats rapides, interactifs et accessibles. L’ambition affichée est de créer un pont entre des institutions perçues comme lointaines et une jeunesse qui consomme l’information autrement.

Le discours tranche avec les approches classiques de la mobilisation électorale. Il ne s’agit pas de « séduire » la jeunesse par des slogans, mais de restaurer une intelligibilité du politique : expliquer les rôles, les compétences, les mécanismes, et surtout l’impact concret du vote. SAWTI se positionne ainsi comme un guichet citoyen numérique, centralisant l’information et simplifiant l’accès aux démarches liées à l’inscription électorale.

Cependant, cette stratégie soulève plusieurs réserves qu’il serait naïf d’ignorer. D’abord, le numérique ne crée pas mécaniquement la confiance. Dans un paysage politique marqué par une défiance persistante envers les partis, une perception d’inefficacité de l’action publique et une faible lisibilité des projets politiques, l’information seule ne suffit pas à déclencher l’engagement. La pédagogie civique peut éclairer, mais elle ne remplace ni l’offre politique crédible ni la capacité des institutions à se réformer.

Ensuite, la fracture territoriale reste un défi majeur. Si le numérique permet théoriquement de réduire les inégalités d’accès à l’information, il ne supprime ni les disparités de connectivité, ni les écarts de capital éducatif et civique. Dans son entretien à L’Opinion, Alhyan évoque la nécessité d’une hybridation entre technologie et action de terrain. Une reconnaissance implicite d’un risque réel : celui de voir ces outils bénéficier en priorité à une élite urbaine déjà politisée, laissant de côté les périphéries et les zones rurales.

La question de la neutralité politique constitue un autre point de tension. TIZI revendique une posture citoyenne, non partisane, orientée vers la sensibilisation et la formation. Dans le contexte marocain, cette ligne est particulièrement sensible. Toute initiative visant la politisation des jeunes est rapidement observée, parfois soupçonnée d’arrière-pensées. La crédibilité de SAWTI dépendra donc de sa capacité à rester un espace de transmission du savoir civique, sans glisser vers une logique de pré-captation électorale.

Enfin, l’idée avancée par TIZI d’une inscription automatique sur les listes électorales, liée à l’obtention de la CNIE, ouvre un débat de fond. Sur le plan démocratique, l’argument est robuste : lever les barrières administratives, garantir un droit fondamental et élargir la base électorale. Mais dans la pratique, cette réforme poserait des questions sensibles de gouvernance électorale, de fiabilité des bases de données et, surtout, de transformation de l’inscription en participation réelle. Être inscrit ne signifie pas voter, encore moins adhérer à un projet politique.

Au-delà de SAWTI, l’entretien publié dans L’Opinion révèle une tension plus large : celle d’un pays où la jeunesse est à la fois massivement connectée, informée et critique, mais encore largement absente des espaces de décision. Les initiatives citoyennes numériques peuvent contribuer à réduire ce fossé, à condition de ne pas céder au solutionnisme technologique.

Car la crise de la participation électorale au Maroc n’est pas d’abord une crise d’outils. C’est une crise de sens, de confiance et de représentation. Le numérique peut accompagner une refondation du lien civique, mais il ne peut s’y substituer. À ce titre, SAWTI apparaît moins comme une solution clé en main que comme un révélateur : celui d’une société civile qui tente de combler les angles morts du système politique.

La question demeure entière : le paysage politique marocain est-il prêt à entendre cette interpellation citoyenne, et surtout à y répondre par des réformes structurelles plutôt que par des discours d’intention ?





Jeudi 22 Janvier 2026

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