L’école est traditionnellement pensée comme un espace d’émancipation. On y entre pour apprendre, comprendre, grandir, se projeter. Pourtant, pour une part croissante d’élèves, de parents et d’enseignants au Maroc, l’expérience scolaire est d’abord vécue comme une source de fatigue. Une fatigue diffuse, cumulative, qui s’installe sans bruit et finit par peser lourdement sur les parcours éducatifs.
Cette fatigue n’est pas seulement physique. Elle est mentale, émotionnelle, parfois morale. Elle résulte d’une accumulation de contraintes : programmes denses, évaluations répétées, pression des résultats, injonctions contradictoires. L’élève est constamment sollicité, rarement accompagné dans le temps long de l’apprentissage. Il apprend à tenir, plus qu’à comprendre.
La journée scolaire s’étire, les devoirs prolongent l’école à la maison, les cours de soutien comblent les lacunes supposées. Le temps de repos, de jeu, de réflexion personnelle se réduit. Cette intensification du rythme est souvent justifiée par la nécessité de “rester compétitif”. Mais à force d’accélérer, l’école risque de perdre ce qui fait sa spécificité : la capacité à donner du temps au savoir.
Les signes de cette fatigue sont multiples. Baisse de motivation, désengagement progressif, stress chronique, perte de confiance. Certains élèves continuent à réussir, mais au prix d’un effort constant qui laisse peu de place à l’enthousiasme ou à la curiosité. D’autres décrochent, non par incapacité, mais par épuisement. L’école cesse alors d’être un levier d’émancipation pour devenir une épreuve à traverser.
Les enseignants ne sont pas épargnés par cette dynamique. Eux aussi subissent l’intensification du système. À la charge pédagogique s’ajoutent des exigences administratives croissantes, des réformes successives, une pression accrue sur les résultats. Beaucoup expriment un sentiment de saturation, parfois de perte de sens. Lorsqu’un enseignant est fatigué, l’énergie de la classe s’en ressent. La fatigue devient collective.
Les parents, enfin, portent une part de cette usure. Entre le suivi scolaire, les attentes sociales et les contraintes économiques, ils vivent la scolarité comme un projet anxiogène. L’école structure les rythmes familiaux, génère des tensions, impose une vigilance constante. Là encore, l’émancipation promise se transforme en charge permanente.
Ce basculement interroge la finalité même du système éducatif. Une école qui fatigue plus qu’elle n’émancipe remplit-elle encore pleinement sa mission ? L’émancipation suppose de gagner en autonomie, en confiance, en capacité à penser par soi-même. Or, la fatigue chronique réduit ces capacités. Elle pousse à l’obéissance, à la reproduction de schémas, à la recherche du minimum effort pour survivre dans le système.
La fatigue scolaire est aussi le produit d’une vision étroite de la réussite. Lorsque la performance devient l’unique horizon, tout ce qui ne contribue pas directement aux résultats mesurables est perçu comme secondaire. Les temps de discussion, de créativité, de réflexion critique sont sacrifiés. L’école se recentre sur l’essentiel… mais cet essentiel se confond avec l’évaluable.
Pourtant, l’émancipation ne se décrète pas. Elle se construit progressivement, dans un environnement qui autorise l’erreur, la lenteur, l’exploration. Elle suppose une relation apaisée au savoir, fondée sur le désir d’apprendre plutôt que sur la peur d’échouer. Une école épuisante, même efficace à court terme, compromet cette dynamique à long terme.
Repenser la fatigue scolaire ne signifie pas baisser les exigences. Il s’agit de repenser l’intensité, le rythme, la hiérarchie des priorités. Accepter que tout ne se joue pas dans l’accumulation, mais dans la qualité des apprentissages. Redonner de la place au sens, à la compréhension, à l’appropriation.
Si l’école marocaine veut redevenir un espace d’émancipation, elle devra interroger ce qu’elle demande à ceux qui la vivent au quotidien. Car une école qui épuise ses acteurs affaiblit sa promesse fondamentale. Et sans cette promesse, l’éducation risque de n’être qu’un passage obligé — fatigant, mais peu libérateur.
Cette fatigue n’est pas seulement physique. Elle est mentale, émotionnelle, parfois morale. Elle résulte d’une accumulation de contraintes : programmes denses, évaluations répétées, pression des résultats, injonctions contradictoires. L’élève est constamment sollicité, rarement accompagné dans le temps long de l’apprentissage. Il apprend à tenir, plus qu’à comprendre.
La journée scolaire s’étire, les devoirs prolongent l’école à la maison, les cours de soutien comblent les lacunes supposées. Le temps de repos, de jeu, de réflexion personnelle se réduit. Cette intensification du rythme est souvent justifiée par la nécessité de “rester compétitif”. Mais à force d’accélérer, l’école risque de perdre ce qui fait sa spécificité : la capacité à donner du temps au savoir.
Les signes de cette fatigue sont multiples. Baisse de motivation, désengagement progressif, stress chronique, perte de confiance. Certains élèves continuent à réussir, mais au prix d’un effort constant qui laisse peu de place à l’enthousiasme ou à la curiosité. D’autres décrochent, non par incapacité, mais par épuisement. L’école cesse alors d’être un levier d’émancipation pour devenir une épreuve à traverser.
Les enseignants ne sont pas épargnés par cette dynamique. Eux aussi subissent l’intensification du système. À la charge pédagogique s’ajoutent des exigences administratives croissantes, des réformes successives, une pression accrue sur les résultats. Beaucoup expriment un sentiment de saturation, parfois de perte de sens. Lorsqu’un enseignant est fatigué, l’énergie de la classe s’en ressent. La fatigue devient collective.
Les parents, enfin, portent une part de cette usure. Entre le suivi scolaire, les attentes sociales et les contraintes économiques, ils vivent la scolarité comme un projet anxiogène. L’école structure les rythmes familiaux, génère des tensions, impose une vigilance constante. Là encore, l’émancipation promise se transforme en charge permanente.
Ce basculement interroge la finalité même du système éducatif. Une école qui fatigue plus qu’elle n’émancipe remplit-elle encore pleinement sa mission ? L’émancipation suppose de gagner en autonomie, en confiance, en capacité à penser par soi-même. Or, la fatigue chronique réduit ces capacités. Elle pousse à l’obéissance, à la reproduction de schémas, à la recherche du minimum effort pour survivre dans le système.
La fatigue scolaire est aussi le produit d’une vision étroite de la réussite. Lorsque la performance devient l’unique horizon, tout ce qui ne contribue pas directement aux résultats mesurables est perçu comme secondaire. Les temps de discussion, de créativité, de réflexion critique sont sacrifiés. L’école se recentre sur l’essentiel… mais cet essentiel se confond avec l’évaluable.
Pourtant, l’émancipation ne se décrète pas. Elle se construit progressivement, dans un environnement qui autorise l’erreur, la lenteur, l’exploration. Elle suppose une relation apaisée au savoir, fondée sur le désir d’apprendre plutôt que sur la peur d’échouer. Une école épuisante, même efficace à court terme, compromet cette dynamique à long terme.
Repenser la fatigue scolaire ne signifie pas baisser les exigences. Il s’agit de repenser l’intensité, le rythme, la hiérarchie des priorités. Accepter que tout ne se joue pas dans l’accumulation, mais dans la qualité des apprentissages. Redonner de la place au sens, à la compréhension, à l’appropriation.
Si l’école marocaine veut redevenir un espace d’émancipation, elle devra interroger ce qu’elle demande à ceux qui la vivent au quotidien. Car une école qui épuise ses acteurs affaiblit sa promesse fondamentale. Et sans cette promesse, l’éducation risque de n’être qu’un passage obligé — fatigant, mais peu libérateur.












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