Avant la publication de la National Defense Strategy (NDS) 2026, dont tout le monde parle aujourd'hui, les États-Unis avaient déjà largement balisé le terrain stratégique. Plusieurs documents majeurs, publics et accessibles, ont successivement posé le cadre intellectuel, politique et prospectif dans lequel s’inscrivent les décisions de Washington.
La National Security Strategy 2025, publiée par la Maison-Blanche, a fixé les grandes orientations politiques de la sécurité nationale, en mettant l’accent sur la souveraineté, la concurrence entre puissances et la redéfinition des priorités géographiques américaines. En parallèle, la communauté du renseignement a livré son Annual Threat Assessment 2025, une cartographie détaillée des menaces à court et moyen terme, destinée à éclairer les arbitrages des décideurs.
Enfin, en toile de fond, le rapport de prospective Global Trends 2040 du National Intelligence Council, coordonné par la CIA, demeure la référence de long terme pour anticiper un monde plus fragmenté et plus conflictuel. Autrement dit, bien avant la NDS 2026, tout était déjà écrit : les diagnostics, les priorités et les hypothèses stratégiques étaient posés, noir sur blanc.
La National Security Strategy 2025, publiée par la Maison-Blanche, a fixé les grandes orientations politiques de la sécurité nationale, en mettant l’accent sur la souveraineté, la concurrence entre puissances et la redéfinition des priorités géographiques américaines. En parallèle, la communauté du renseignement a livré son Annual Threat Assessment 2025, une cartographie détaillée des menaces à court et moyen terme, destinée à éclairer les arbitrages des décideurs.
Enfin, en toile de fond, le rapport de prospective Global Trends 2040 du National Intelligence Council, coordonné par la CIA, demeure la référence de long terme pour anticiper un monde plus fragmenté et plus conflictuel. Autrement dit, bien avant la NDS 2026, tout était déjà écrit : les diagnostics, les priorités et les hypothèses stratégiques étaient posés, noir sur blanc.
Il existe une étrange paresse intellectuelle face aux décisions de Donald Trump.
Tout est pourtant là, noir sur blanc. Discours, documents stratégiques, interviews, tweets, doctrines officielles, notes prospectives des agences américaines : rarement un président aura autant parlé, autant écrit, autant laissé de traces. Et pourtant, observateurs, diplomates et journalistes continuent de traiter ses choix comme des fulgurances imprévisibles, des colères personnelles ou des ruptures irrationnelles. Comme si le trumpisme était un bruit, pas un système. Comme si chercher le sens était devenu optionnel.
Cette cécité n’est pas un manque d’information. C’est un défaut de lecture.
Depuis son retour au pouvoir, Trump n’improvise pas davantage qu’il ne l’avait fait lors de son premier mandat. Il applique une vision cohérente, brutale, souvent choquante, mais remarquablement constante : recentrer l’État américain sur la puissance, réduire les coûts de l’empire, transformer les alliances en contrats, et substituer la logique morale par une logique transactionnelle. Le problème n’est pas qu’on ne sache pas cela. Le problème est qu’on refuse d’en tirer les conséquences analytiques.
Car les signaux sont partout. Dans les documents de référence publiés par la Maison-Blanche. Dans les orientations de la National Security Strategy. Dans les évaluations prospectives de la communauté du renseignement. Dans les discours sur l’OTAN, la Chine, le commerce, l’immigration, la monnaie, l’énergie. Rien n’est vraiment caché. Trump dit ce qu’il fait, et fait ce qu’il dit. C’est précisément ce qui dérange.
Prenons un exemple central : la remise en cause des alliances traditionnelles. Beaucoup continuent d’y voir une lubie isolationniste, une provocation destinée à flatter l’électorat intérieur. Or, si l’on lit attentivement les textes stratégiques américains récents, le raisonnement est limpide : les alliances sont utiles tant qu’elles servent l’intérêt national mesurable. Lorsqu’elles deviennent des coûts nets — financiers, militaires, politiques — elles doivent être renégociées, voire abandonnées. Ce n’est pas du caprice. C’est une doctrine de rentabilité stratégique.
Même logique sur le commerce international. Trump n’est pas « contre la mondialisation » par instinct. Il est contre une mondialisation asymétrique, où les États-Unis ouvrent leurs marchés pendant que d’autres protègent les leurs. Les droits de douane, les menaces commerciales, les ruptures d’accords ne sont pas des accidents : ce sont des leviers assumés pour rééquilibrer des rapports de force. Là encore, tout est écrit. Mais on préfère commenter le style plutôt que le fond.
La diplomatie trumpienne obéit à une grammaire simple : puissance, levier, résultat. Pas de récit universel, pas de mission morale globale. La démocratie n’est plus un horizon exportable, c’est un argument parmi d’autres, utilisé quand il sert. Cette rupture avec le discours libéral classique choque l’Europe, irrite les organisations internationales, désoriente les diplomaties habituées aux formules feutrées. Mais elle n’est ni incohérente ni improvisée. Elle est explicitement assumée.
Pourquoi, alors, cette difficulté persistante à « lire Trump » ?
D’abord parce que beaucoup d’analystes continuent de projeter sur lui des catégories anciennes. Ils cherchent un président classique, un stratège à la Kissinger, un idéologue néoconservateur ou un libéral réaliste. Trump n’est rien de tout cela. Il raisonne comme un négociateur de rapport de force, obsédé par le coût, la visibilité, le gain immédiat et la perception intérieure. Tant qu’on refusera cette clé de lecture, ses décisions paraîtront erratiques.
Ensuite parce que reconnaître la cohérence du trumpisme oblige à admettre une vérité dérangeante : l’ordre international libéral était déjà fragilisé bien avant Trump. Il n’en est pas la cause première, mais l’accélérateur brutal. En ce sens, Trump ne détruit pas un système stable ; il révèle un système épuisé. Cette idée est difficile à accepter pour ceux qui ont bâti leur carrière intellectuelle ou diplomatique sur la défense de cet ordre.
Il y a aussi une forme de confort médiatique. L’indignation permanente est plus rentable que l’analyse froide. Chaque sortie de Trump devient un scandale, chaque décision une rupture dramatique. Chercher le sens, c’est risquer de banaliser. Or Trump se nourrit du chaos narratif : plus on le décrit comme imprévisible, plus il renforce son image de force disruptive. Le paradoxe est cruel : en refusant de le lire sérieusement, ses critiques renforcent sa stratégie.
Les diplomaties étrangères, elles aussi, portent leur part de responsabilité. Beaucoup continuent de négocier avec Washington comme si les codes anciens allaient revenir. Elles parient sur le temps, sur une alternance, sur une fatigue du système. Or Trump raisonne dans un temps court mais structurant : il veut inscrire des précédents irréversibles, déplacer les lignes, créer des faits accomplis. Attendre, c’est souvent déjà perdre.
La question n’est donc pas d’aimer ou de détester Trump. Elle est de comprendre ce qu’il fait réellement au système international. Et ce qu’il fait, très clairement, c’est transformer la puissance américaine en outil de pression directe, sans filtre idéologique. L’allié devient un partenaire conditionnel. L’ennemi devient un acteur avec lequel on peut négocier s’il paie le prix. La morale devient un discours secondaire.
Dans ce cadre, même ses décisions les plus choquantes gagnent en lisibilité. Le désengagement de certains théâtres, la brutalité verbale envers des alliés historiques, la fermeté extrême sur l’immigration, la centralité de l’économie dans toute décision diplomatique : tout obéit à une hiérarchie simple. Ce qui renforce l’Amérique, ici et maintenant, prime sur tout le reste.
Il est frappant de constater que nombre de documents prospectifs américains avaient anticipé ce basculement bien avant Trump. Fragmentation du monde, retour des blocs, fin des illusions universalistes, montée des rapports de force bruts. Trump n’a pas ignoré ces analyses ; il les a prises au pied de la lettre. Là où d’autres les commentaient, lui les a appliquées.
En définitive, le vrai angle mort n’est pas Trump. C’est notre refus collectif de lire ce qui est écrit, de prendre au sérieux ce qui est dit, et d’admettre que le monde est entré dans une phase où la brutalité stratégique n’est plus un accident, mais une méthode. Trump n’est peut-être pas l’avenir du monde, mais il en est un symptôme avancé.
Quand tout est dit, tout est écrit. Encore faut-il accepter de lire, et surtout d’interpréter sans nostalgie. Trump ne demande pas qu’on l’approuve. Il impose qu’on le comprenne. Et dans les relations internationales, ne pas comprendre est souvent la plus coûteuse des erreurs.
Cette cécité n’est pas un manque d’information. C’est un défaut de lecture.
Depuis son retour au pouvoir, Trump n’improvise pas davantage qu’il ne l’avait fait lors de son premier mandat. Il applique une vision cohérente, brutale, souvent choquante, mais remarquablement constante : recentrer l’État américain sur la puissance, réduire les coûts de l’empire, transformer les alliances en contrats, et substituer la logique morale par une logique transactionnelle. Le problème n’est pas qu’on ne sache pas cela. Le problème est qu’on refuse d’en tirer les conséquences analytiques.
Car les signaux sont partout. Dans les documents de référence publiés par la Maison-Blanche. Dans les orientations de la National Security Strategy. Dans les évaluations prospectives de la communauté du renseignement. Dans les discours sur l’OTAN, la Chine, le commerce, l’immigration, la monnaie, l’énergie. Rien n’est vraiment caché. Trump dit ce qu’il fait, et fait ce qu’il dit. C’est précisément ce qui dérange.
Prenons un exemple central : la remise en cause des alliances traditionnelles. Beaucoup continuent d’y voir une lubie isolationniste, une provocation destinée à flatter l’électorat intérieur. Or, si l’on lit attentivement les textes stratégiques américains récents, le raisonnement est limpide : les alliances sont utiles tant qu’elles servent l’intérêt national mesurable. Lorsqu’elles deviennent des coûts nets — financiers, militaires, politiques — elles doivent être renégociées, voire abandonnées. Ce n’est pas du caprice. C’est une doctrine de rentabilité stratégique.
Même logique sur le commerce international. Trump n’est pas « contre la mondialisation » par instinct. Il est contre une mondialisation asymétrique, où les États-Unis ouvrent leurs marchés pendant que d’autres protègent les leurs. Les droits de douane, les menaces commerciales, les ruptures d’accords ne sont pas des accidents : ce sont des leviers assumés pour rééquilibrer des rapports de force. Là encore, tout est écrit. Mais on préfère commenter le style plutôt que le fond.
La diplomatie trumpienne obéit à une grammaire simple : puissance, levier, résultat. Pas de récit universel, pas de mission morale globale. La démocratie n’est plus un horizon exportable, c’est un argument parmi d’autres, utilisé quand il sert. Cette rupture avec le discours libéral classique choque l’Europe, irrite les organisations internationales, désoriente les diplomaties habituées aux formules feutrées. Mais elle n’est ni incohérente ni improvisée. Elle est explicitement assumée.
Pourquoi, alors, cette difficulté persistante à « lire Trump » ?
D’abord parce que beaucoup d’analystes continuent de projeter sur lui des catégories anciennes. Ils cherchent un président classique, un stratège à la Kissinger, un idéologue néoconservateur ou un libéral réaliste. Trump n’est rien de tout cela. Il raisonne comme un négociateur de rapport de force, obsédé par le coût, la visibilité, le gain immédiat et la perception intérieure. Tant qu’on refusera cette clé de lecture, ses décisions paraîtront erratiques.
Ensuite parce que reconnaître la cohérence du trumpisme oblige à admettre une vérité dérangeante : l’ordre international libéral était déjà fragilisé bien avant Trump. Il n’en est pas la cause première, mais l’accélérateur brutal. En ce sens, Trump ne détruit pas un système stable ; il révèle un système épuisé. Cette idée est difficile à accepter pour ceux qui ont bâti leur carrière intellectuelle ou diplomatique sur la défense de cet ordre.
Il y a aussi une forme de confort médiatique. L’indignation permanente est plus rentable que l’analyse froide. Chaque sortie de Trump devient un scandale, chaque décision une rupture dramatique. Chercher le sens, c’est risquer de banaliser. Or Trump se nourrit du chaos narratif : plus on le décrit comme imprévisible, plus il renforce son image de force disruptive. Le paradoxe est cruel : en refusant de le lire sérieusement, ses critiques renforcent sa stratégie.
Les diplomaties étrangères, elles aussi, portent leur part de responsabilité. Beaucoup continuent de négocier avec Washington comme si les codes anciens allaient revenir. Elles parient sur le temps, sur une alternance, sur une fatigue du système. Or Trump raisonne dans un temps court mais structurant : il veut inscrire des précédents irréversibles, déplacer les lignes, créer des faits accomplis. Attendre, c’est souvent déjà perdre.
La question n’est donc pas d’aimer ou de détester Trump. Elle est de comprendre ce qu’il fait réellement au système international. Et ce qu’il fait, très clairement, c’est transformer la puissance américaine en outil de pression directe, sans filtre idéologique. L’allié devient un partenaire conditionnel. L’ennemi devient un acteur avec lequel on peut négocier s’il paie le prix. La morale devient un discours secondaire.
Dans ce cadre, même ses décisions les plus choquantes gagnent en lisibilité. Le désengagement de certains théâtres, la brutalité verbale envers des alliés historiques, la fermeté extrême sur l’immigration, la centralité de l’économie dans toute décision diplomatique : tout obéit à une hiérarchie simple. Ce qui renforce l’Amérique, ici et maintenant, prime sur tout le reste.
Il est frappant de constater que nombre de documents prospectifs américains avaient anticipé ce basculement bien avant Trump. Fragmentation du monde, retour des blocs, fin des illusions universalistes, montée des rapports de force bruts. Trump n’a pas ignoré ces analyses ; il les a prises au pied de la lettre. Là où d’autres les commentaient, lui les a appliquées.
En définitive, le vrai angle mort n’est pas Trump. C’est notre refus collectif de lire ce qui est écrit, de prendre au sérieux ce qui est dit, et d’admettre que le monde est entré dans une phase où la brutalité stratégique n’est plus un accident, mais une méthode. Trump n’est peut-être pas l’avenir du monde, mais il en est un symptôme avancé.
Quand tout est dit, tout est écrit. Encore faut-il accepter de lire, et surtout d’interpréter sans nostalgie. Trump ne demande pas qu’on l’approuve. Il impose qu’on le comprenne. Et dans les relations internationales, ne pas comprendre est souvent la plus coûteuse des erreurs.












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