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​Sénégal : la question d’une récidive… là où les faits existent vraiment


Rédigé par le Mercredi 21 Janvier 2026

Depuis la finale de la Coupe d’Afrique des Nations disputée à Rabat, un mot revient avec insistance dans certains commentaires sportifs et politiques : récidive. L’équipe du Sénégal serait coutumière des débordements, des tensions, voire des ruptures avec l’ordre sportif.



Le terme est fort. Trop fort pour être utilisé sans précaution. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle exactement, et surtout où les faits sont documentés.

L'investigation montre une réalité plus nuancée : si l’épisode du refus temporaire de jouer en finale relève d’un événement rare et juridiquement singulier, il existe en revanche un historique clair, établi et sanctionné, concernant les incidents de supporters sénégalais lors de matchs à très fort enjeu. C’est là, et seulement là, que la notion de récidive trouve un fondement solide.

Quand la tribune devient un facteur disciplinaire

Le football international fonctionne selon un principe simple et souvent mal compris : les fédérations sont responsables du comportement de leurs supporters, y compris lorsque ces comportements échappent au contrôle direct des joueurs ou du staff. Ce principe, appelé responsabilité objective, est au cœur de nombreuses sanctions prononcées par la FIFA et la CAF ces dernières années.

Le cas le plus emblématique concernant le Sénégal remonte à mars 2022, lors du barrage qualificatif pour la Coupe du monde entre le Sénégal et l’Égypte à Dakar. Ce match, décisif, s’est déroulé dans un climat décrit à l’époque comme extrêmement hostile : usage massif de pointeurs laser visant les joueurs égyptiens, notamment Mohamed Salah, jets de projectiles, pressions sonores constantes et tensions généralisées.

À l’issue de cette rencontre, la FIFA n’a pas tergiversé. Après analyse des rapports officiels et des images, elle a infligé à la Fédération sénégalaise de football une lourde sanction :

– une amende financière significative,
– et l’obligation de disputer un match compétitif à huis clos.

À ce moment-là déjà, l’instance mondiale ne parlait pas d’incident isolé, mais d’un manquement grave aux obligations d’organisation et de contrôle des tribunes.

2026 : un contexte différent, un schéma familier

Quatre ans plus tard, la finale de la CAN à Rabat ravive cette mémoire institutionnelle. Certes, le cœur de la polémique médiatique s’est d’abord cristallisé autour du penalty accordé au Maroc et du refus temporaire de reprendre le jeu par les joueurs sénégalais. Mais, dans les coulisses disciplinaires, un autre dossier s’est immédiatement imposé : les violences et débordements de supporters.

Tentatives d’intrusion sur la pelouse, affrontements avec les forces de sécurité, dégradations matérielles, agressions ciblant membres de l’organisation et journalistes : ces faits, documentés par les services de sécurité et les officiels du match, constituent des infractions classiques mais graves au regard des règlements CAF.

C’est ici que la notion de récidive commence à peser. Non pas sur l’équipe en tant que telle, ni sur son palmarès ou sa culture sportive, mais sur la gestion répétée de contextes de haute tension dans les tribunes.

Pour les commissions disciplinaires, la répétition de tels incidents sur des matchs à enjeu maximal constitue un facteur aggravant. Elle alimente l’idée d’un problème structurel : non pas une violence spontanée, mais une incapacité persistante à garantir un environnement sécurisé et conforme aux normes internationales.

Le danger des amalgames

Parler de “récidive habituelle” sans précision est pourtant une erreur analytique. Il n’existe pas de série documentée de matchs où l’équipe nationale du Sénégal aurait quitté le terrain ou refusé collectivement de jouer dans les grandes compétitions. L’épisode de Rabat est, à ce stade, une anomalie, pas une habitude.

En revanche, la récidive institutionnelle liée aux supporters, elle, est traçable, vérifiable et déjà sanctionnée par le passé. C’est cette distinction que le débat public tend à brouiller.

Or, en droit du sport, les nuances comptent. Une fédération peut être exemplaire sportivement tout en étant défaillante sur le plan organisationnel. Et c’est précisément sur ce second terrain que le Sénégal se retrouve aujourd’hui sous surveillance renforcée.

Pourquoi les instances sont plus sévères qu’avant

Le contexte international a changé. Les instances sportives, longtemps accusées de laxisme, ont durci leur approche face aux violences en tribunes. Les raisons sont multiples : sécurité des joueurs, protection des arbitres, image des compétitions, mais aussi pressions politiques et médiatiques croissantes.

Dans ce cadre, la répétition d’incidents similaires, même espacés dans le temps, est interprétée comme un signal d’alerte. Les commissions disciplinaires ne jugent plus un événement isolé, mais une trajectoire de gestion du risque.

La finale de Rabat intervient donc dans un moment où la tolérance est minimale. Et c’est ce qui explique que le dossier sénégalais soit traité avec autant d’attention, voire de sévérité potentielle.

​Une responsabilité qui dépasse le terrain

L’enjeu dépasse largement le Maroc et le Sénégal. Il touche à une question centrale pour le football africain : la capacité des fédérations à maîtriser leurs environnements de match dans des compétitions devenues mondiales, ultra-médiatisées et politiquement sensibles.

La CAF, en ouvrant une phase d’enquête approfondie, envoie un message clair : les tribunes ne sont plus un angle mort du droit sportif. Elles sont un acteur à part entière, dont les excès engagent directement la responsabilité institutionnelle.

Mais dire que le Sénégal est en “récidive habituelle” sans précision est intellectuellement paresseux. Dire que les incidents de supporters sénégalais ont déjà conduit à des sanctions internationales, et que ces précédents pèsent aujourd’hui dans l’analyse disciplinaire, est en revanche factuellement exact.

La différence est essentielle. Car elle permet de critiquer sans stigmatiser, d’analyser sans caricaturer, et surtout de rappeler que dans le football moderne, la victoire se joue aussi dans la gestion des tribunes.

C’est là que se situe, aujourd’hui, le véritable enjeu.





Mercredi 21 Janvier 2026

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