Une progression fiscale qui change d’échelle
La trajectoire annoncée par l’exécutif marque une rupture. En six ans, les recettes fiscales devraient quasiment doubler. Jeudi, lors du point de presse suivant le Conseil de gouvernement, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a confirmé ces chiffres : 366 MMDH attendus en 2026, contre 199 MMDH en 2020. Cette progression n’est pas présentée comme le fruit d’une pression fiscale accrue, mais comme le résultat d’une meilleure mobilisation des ressources, de l’élargissement de l’assiette et d’un effort de conformité fiscale plus soutenu.
Pour l’État, l’enjeu dépasse la simple performance comptable. Il s’agit de dégager des marges financières durables, capables de soutenir des politiques publiques lourdes, engagées sur plusieurs années.
Le social au cœur de l’effort budgétaire
La hausse des recettes permet d’abord de financer la généralisation de la protection sociale, pilier du nouveau modèle social marocain. En 2026, 41,5 MMDH y seront consacrés. À cela s’ajoutent 29 MMDH pour l’aide sociale directe, destinée aux ménages les plus vulnérables, et 9,5 MMDH pour la prise en charge des cotisations liées à l’AMO Tadamon.
Le dialogue social absorbera, lui, plus de 47 MMDH à l’horizon 2026, traduisant un choix assumé de soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires et des salariés. Le programme de soutien au logement, doté de 10 MMDH, complète cet arsenal social. Sur le terrain, ces chiffres se traduisent déjà par des attentes fortes. À Rabat comme à Casablanca, beaucoup de ménages guettent l’impact réel de ces mesures sur leur quotidien, au-delà des annonces.
Investissement public et soutien au pouvoir d’achat
L’autre levier majeur reste l’investissement public, porté à 380 MMDH en 2026, contre 230 MMDH en 2021. Routes, infrastructures, énergie, eau : l’État mise sur l’investissement pour soutenir la croissance et l’emploi. Entre 2022 et 2025, 107 MMDH ont également été mobilisés pour amortir le choc de la hausse des prix, via la subvention du gaz butane, du sucre et de la farine, ainsi que le soutien à des établissements publics stratégiques comme l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.
Les secteurs de la santé et de l’éducation verront, eux aussi, leurs budgets renforcés, avec 140 MMDH prévus en 2026, confirmant leur statut de priorités nationales.
Équité fiscale et vigilance économique
Selon le gouvernement, ces choix s’inscrivent dans la continuité des Assises nationales de la fiscalité, avec l’objectif affiché d’une plus grande équité fiscale. Reste une question centrale : la soutenabilité de cette trajectoire. Si les recettes progressent, elles demeurent étroitement liées à la croissance économique et à la capacité de l’administration fiscale à maintenir ses performances sans étouffer l’initiative privée.
En misant sur 366 MMDH de recettes fiscales en 2026, le Maroc joue une partie décisive. Celle d’un État qui veut financer le social, investir massivement et renforcer la justice fiscale, sans compromettre la dynamique économique. Un équilibre délicat, mais devenu incontournable pour répondre aux attentes d’une société en pleine mutation.
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