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6 avril 2026 : le jour où le Maroc se dote d'un parachute contre les tempêtes économiques...


Par Aziz Daouda.

Le 6 avril 2026 va marquer un tournant décisif pour l'économie marocaine : c'est un nouvel étage au « moteur » financier du pays. Il va changer la façon dont les entreprises gèrent les risques et, temporairement, la vie quotidienne des citoyens. C’est sans doute la réforme financière la plus importante du pays depuis longtemps.



Les responsables étant peu soucieuses d'expliquer une telle nouvelle, faisons la version « économie pour les nuls », dont je suis.

Un Marché à Terme est un endroit où l'on signe aujourd'hui des contrats pour acheter ou vendre plus tard, à un prix fixé à l'avance. Au lieu d'acheter une action ou un indice tout de suite, comme sur le marché « au comptant », on s'engage sur un prix futur.

Cela permet de se protéger contre les hausses ou baisses brutales. C'est comme si vous bloquiez dès maintenant le prix de votre plein d'essence pour les six prochains mois provoquant les mauvaises surprises.

Le Maroc ajoute ainsi, à la Bourse de Casablanca, un outil de plus pour stabiliser le système : les premiers produits seront des contrats à terme sur indice boursier, encadrés par l'AMMC, la Banque centrale et l'écosystème financier.

L'objectif est de rendre le marché des capitaux plus profond, plus liquide et plus résilient face aux chocs extérieurs.

Le 6 avril n'est pas qu'une date technique.

Il s'agit d'une étape structurante pour la place financière de Casablanca afin de moderniser le marché des capitaux et de rapprocher les standards internationaux. La gestion des risques sera améliorée pour les acteurs économiques en taux, indices, devises et matières premières.

La Bourse attirera aussi davantage de capitaux, notamment étrangers.

Le Marché à Terme n'est pas un gadget spéculatif, c'est un outil de protection, une sorte de parapluies qui protège des tempêtes, permettant aux entreprises d'anticiper et de sécuriser leurs coûts ou leurs revenus.

Il améliore la visibilité et les décisions d'investissement, particulièrement dans une économie comme celle du Maroc, très exposées aux prix internationaux et aux taux de change. Il a un impact pour le Secteur agricole et agroalimentaire : Le Maroc exportant des produits sensibles aux prix mondiaux et aux fluctuations de devises.

Ainsi, un exportateur d'agrumes qui craint une baisse du dollar peut utiliser le Marché à Terme pour couvrir son risque, en se liant à un indice ou à un contrat qui évolue avec ce risque.

Même si le dollar baisse ou si les prix internationaux se retournent, il protège une partie de sa marge, sécurise ses revenus.

Cela signifie moins de faillites de coopératives, des emplois ruraux plus stables et des revenus moins « en dents de scie » dans les campagnes.

Les secteurs du textile et de l'automobile sont très sensibles aux prix des matières premières (coton, acier, énergie) et aux marchés internationaux. Une usine qui importe du coton pourrait couvrir le risque de hausse des coûts via des produits liés à un indice.

Une usine automobile, exposée à la hausse des prix de l'acier ou à un retour de la demande, peut stabiliser une partie de ses marges grâce à des stratégies de couverture.

Si elles maîtrisent mieux leurs coûts, elles peuvent investir davantage, éviter des licenciements dans les périodes difficiles et maintenir des prix plus compétitifs pour les consommateurs: vêtements, véhicules, etc.

Dans l'énergie et les mines, la possibilité des prix mondiaux est un enjeu majeur.

L'OCP, très exposé aux prix internationaux du phosphate, peut utiliser le Marché à Terme pour lisser l'impact des variations sur ses résultats.

Les opérateurs énergétiques, eux, peuvent mieux gérer leurs risques liés aux prix de l'électricité, des combustibles ou aux taux d'intérêt qui financent de grands projets : parcs solaires, éoliens.

Une meilleure visibilité favorise des investissements lourds sur le long terme, donc plus de projets, plus d'emplois industriels et, à terme, des coûts d'énergie plus stables pour les ménages. 

Même si, au démarrage, le Marché à Terme sera plutôt réservé aux acteurs institutionnels et aux entreprises les plus structurées, il finira par bénéficier exclusivement aux TPME.

De grandes entreprises mieux protégées et plus stables offrent plus de commandes aux sous-traitants. Les banques et intermédiaires peuvent créer des solutions « packagées » où la couverture de risque est intégrée, sans que la petite entreprise ait besoin d'être experte en produits dérivés. 

Si le tissu de TPME devient plus résilient, c'est l'emploi qui gagne en stabilité.

Les transports, les services et le tourisme, piliers de l'économie marocaine sont très dépendants des cycles internationaux, des devises et des chocs géopolitiques.

Une chaîne hôtelière ou une compagnie aérienne peut couvrir ainsi une partie de ses risques (coûts de financement, indices de marché) pour stabiliser ses comptes, d'où une capacité accumulée à maintenir les emplois, à continuer d'investir dans la qualité, et à proposer des offres compétitives pour les touristes nationaux et étrangers.

Le Marché à terme est très impactant pour les très petites, petites et moyennes entreprises qui constituent le cœur productif du pays, avec 99,7% des entreprises marocaines qui génèrent environ 38% de la valeur ajoutée et assurent près de 74% des emplois déclarés. 

Au départ, les particuliers n'auront pas un accès direct au Marché à Terme. les autorités veulent une ouverture progressive du compte tenu de la complexité et des risques. Cependant les citoyens sont au centre des retombées finales par ricochet avec un emploi plus stable.

Les prix seront plus prévisibles avec une meilleure maîtrise des coûts de matières premières, d'énergie et de financement.

L'épargne et les retraites seront aussi mieux protégées. Les fonds de pension, assurances vie et OPCVM peuvent utiliser ces instruments pour couvrir leurs portefeuilles. 

Pour les projets et d'infrastructures : un marché des capitaux plus profond financement plus facilement les grands chantiers, avec des retombées majeures. 

Le citoyen marocain n'ira pas forcément, demain matin, « trader des futures » depuis son smartphone, mais il bénéficiera d'un environnement économique plus stable, d'entreprises plus robustes et d'un marché financier mieux armé contre les tempêtes. 

Le Marché à Terme est un outil puissant, mais qui peut devenir risqué s'il est mal compris ou utilisé pour la pure spéculation. C'est pour cela que les autorités ont choisi un lancement progressif, avec des produits simples au départ.

L'ouverture sera limitée aux acteurs et entreprises capables de comprendre les risques, avant d'envisager une démocratisation plus large.

L'accent sera mis sur l'éducation financière, la transparence et le renforcement de la régulation. 

Ce n'est donc pas seulement un « produit de plus » à la Bourse de Casablanca, mais un changement de terrain de jeu.

Il aime l'économie marocaine d'outils modernes pour mieux gérer les chocs, soutenir l'investissement et protéger, à terme, l'emploi et le pouvoir d'achat des citoyens.

PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM



Vendredi 13 Février 2026

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