Entreprises exportatrices : un objectif ambitieux, mais pas sorti de nulle part
Dix mille entreprises exportatrices en 2030. Le chiffre est propre, facile à retenir, presque taillé pour les discours de mobilisation. Il dit l’ambition d’un Maroc qui ne veut plus réserver l’exportation à quelques grands groupes industriels, à des entreprises déjà solides ou à des opérateurs installés depuis longtemps sur les marchés européens.
Réuni le 14 juillet 2026 à Casablanca sous la présidence de Sonia Mezzour, le premier conseil d’administration de la nouvelle mandature de l’ASMEX a adopté une feuille de route pour la période 2026-2029. Son cap rejoint l’objectif national : faire passer le nombre d’entreprises exportatrices actives d’environ 6.000 à 10.000 à l’horizon 2030.
L’ASMEX ne découvre pas soudainement l’exportation comme on lancerait une nouvelle mode managériale. Le Maroc dispose de fondations sérieuses : Tanger Med, des infrastructures routières et industrielles compétitives, une proximité géographique avec l’Europe, un ancrage africain, plusieurs accords commerciaux et des filières qui ont déjà prouvé leur capacité à monter en gamme. L’automobile, l’aéronautique, les phosphates, l’agroalimentaire ou encore certains métiers du textile montrent que le Royaume sait produire pour l’international.
En 2025, les exportations marocaines de marchandises ont atteint près de 469,1 milliards de dirhams, contre 456,3 milliards un an plus tôt, soit une progression de 2,8 %. Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement de plusieurs économies partenaires et le durcissement des règles commerciales, le Maroc confirme ainsi son statut d'acteur désormais bien installé dans le commerce mondial.
Le problème est ailleurs. Nous savons exporter, mais nous exportons encore avec une base d’entreprises relativement étroite. Autrement dit, les performances nationales reposent largement sur des filières structurées et sur un nombre limité d’opérateurs puissants. Ajouter quatre mille entreprises au compteur ne signifie pas automatiquement diversifier réellement l’économie exportatrice.
PME marocaines : entrer à l’export est difficile, y rester l’est davantage
Ce calendrier impose une cadence élevée. Pour passer de 6.000 à 10.000 entreprises en quatre ans environ, il faudrait créer ou convertir près de mille exportateurs actifs par an. Or la feuille de route gouvernementale du commerce extérieur 2025-2027 visait déjà 400 nouveaux exportateurs annuellement, ainsi qu’une augmentation des exportations de 80 milliards de dirhams et la création de 76.000 emplois.
La marche proposée par l’ASMEX est donc nettement plus haute.
Les premiers retours disponibles invitaient déjà à la prudence. Fin 2025, le programme public n’aurait enregistré que 130 nouvelles candidatures en trois mois, alors que 600 dossiers étaient initialement attendus. Les responsables interrogés évoquaient alors un « retard à l’allumage ».
Ce décalage est révélateur. Dans les réunions, beaucoup de PME affirment vouloir exporter. Devant le premier dossier de certification, la facture logistique, le besoin de trésorerie ou le risque de change, l’enthousiasme devient souvent plus discret.
Exporter demande du temps. Il faut adapter le produit, respecter les normes du pays cible, financer la prospection, trouver un distributeur fiable, supporter des délais de paiement parfois longs et absorber un éventuel échec commercial. Une petite entreprise de Fès, d’Oujda, de Béni Mellal ou de Laâyoune ne dispose pas toujours d’un service juridique, d’une équipe dédiée à l’international ou d’un responsable conformité.
C’est ici que la feuille de route de l’ASMEX devient crédible. Elle ne se limite pas à appeler les entreprises à conquérir le monde avec une brochure et beaucoup de bonne volonté. Elle identifie des obstacles concrets : simplification des procédures, digitalisation, financement, garantie, couverture des risques, intelligence économique et meilleure connaissance des débouchés.
Ces priorités vont dans la bonne direction. Mais il faudra résister à une vieille tentation marocaine : créer des commissions, organiser des rencontres, lancer des plateformes, puis mesurer le succès au nombre de participants et non aux contrats signés.
Commerce extérieur : compter les nouveaux exportateurs ou mesurer leur solidité ?
La vraie question sera celle de la définition.
Qu’appellera-t-on une entreprise exportatrice active ?
Une société qui réalise une vente occasionnelle à l’étranger ?
Une PME qui exporte chaque année ?
Une entreprise dont les recettes internationales représentent une part significative de son activité ?
Le Maroc ne gagnerait rien à gonfler artificiellement les statistiques avec des primo-exportateurs qui disparaissent du marché international après une seule opération. Le bon indicateur devrait intégrer la durée, la régularité, la valeur exportée, la diversification géographique et la capacité à créer de l’emploi au Maroc.
Le contexte extérieur, lui, ne fera aucun cadeau. Les normes environnementales se durcissent. La décarbonation devient une condition d’accès à certains marchés. Les tensions géopolitiques fragmentent les chaînes de valeur. La concurrence turque, chinoise, asiatique ou européenne reste féroce.
Pendant ce temps, les importations marocaines ont progressé plus rapidement que les exportations au début de 2026. Sur les cinq premiers mois de l’année, elles ont augmenté de 11,8 %, pour atteindre 370,49 milliards de dirhams, tandis que les exportations se sont établies à 211,41 milliards.
L’objectif de 10.000 entreprises exportatrices mérite donc d’être soutenu. Il oblige l’écosystème à sortir de la logique des champions habituels et à regarder vers les régions, les PME industrielles, l’économie sociale, les services numériques, les industries culturelles et les nouveaux métiers.
Mais le volontarisme ne remplacera ni le financement, ni la qualité, ni les délais de livraison.
En 2030, le véritable succès ne sera pas d’afficher dix mille noms dans un fichier administratif. Il sera de pouvoir dire que plusieurs milliers de PME marocaines vendent régulièrement à l’étranger, gagnent de nouveaux marchés, paient leurs salariés et réinvestissent dans leur région.
Entre l’ambition et le résultat, il reste quatre années de travail. Cette fois, il faudra exporter davantage que des promesses.
Réuni le 14 juillet 2026 à Casablanca sous la présidence de Sonia Mezzour, le premier conseil d’administration de la nouvelle mandature de l’ASMEX a adopté une feuille de route pour la période 2026-2029. Son cap rejoint l’objectif national : faire passer le nombre d’entreprises exportatrices actives d’environ 6.000 à 10.000 à l’horizon 2030.
L’ASMEX ne découvre pas soudainement l’exportation comme on lancerait une nouvelle mode managériale. Le Maroc dispose de fondations sérieuses : Tanger Med, des infrastructures routières et industrielles compétitives, une proximité géographique avec l’Europe, un ancrage africain, plusieurs accords commerciaux et des filières qui ont déjà prouvé leur capacité à monter en gamme. L’automobile, l’aéronautique, les phosphates, l’agroalimentaire ou encore certains métiers du textile montrent que le Royaume sait produire pour l’international.
En 2025, les exportations marocaines de marchandises ont atteint près de 469,1 milliards de dirhams, contre 456,3 milliards un an plus tôt, soit une progression de 2,8 %. Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement de plusieurs économies partenaires et le durcissement des règles commerciales, le Maroc confirme ainsi son statut d'acteur désormais bien installé dans le commerce mondial.
Le problème est ailleurs. Nous savons exporter, mais nous exportons encore avec une base d’entreprises relativement étroite. Autrement dit, les performances nationales reposent largement sur des filières structurées et sur un nombre limité d’opérateurs puissants. Ajouter quatre mille entreprises au compteur ne signifie pas automatiquement diversifier réellement l’économie exportatrice.
PME marocaines : entrer à l’export est difficile, y rester l’est davantage
Ce calendrier impose une cadence élevée. Pour passer de 6.000 à 10.000 entreprises en quatre ans environ, il faudrait créer ou convertir près de mille exportateurs actifs par an. Or la feuille de route gouvernementale du commerce extérieur 2025-2027 visait déjà 400 nouveaux exportateurs annuellement, ainsi qu’une augmentation des exportations de 80 milliards de dirhams et la création de 76.000 emplois.
La marche proposée par l’ASMEX est donc nettement plus haute.
Les premiers retours disponibles invitaient déjà à la prudence. Fin 2025, le programme public n’aurait enregistré que 130 nouvelles candidatures en trois mois, alors que 600 dossiers étaient initialement attendus. Les responsables interrogés évoquaient alors un « retard à l’allumage ».
Ce décalage est révélateur. Dans les réunions, beaucoup de PME affirment vouloir exporter. Devant le premier dossier de certification, la facture logistique, le besoin de trésorerie ou le risque de change, l’enthousiasme devient souvent plus discret.
Exporter demande du temps. Il faut adapter le produit, respecter les normes du pays cible, financer la prospection, trouver un distributeur fiable, supporter des délais de paiement parfois longs et absorber un éventuel échec commercial. Une petite entreprise de Fès, d’Oujda, de Béni Mellal ou de Laâyoune ne dispose pas toujours d’un service juridique, d’une équipe dédiée à l’international ou d’un responsable conformité.
C’est ici que la feuille de route de l’ASMEX devient crédible. Elle ne se limite pas à appeler les entreprises à conquérir le monde avec une brochure et beaucoup de bonne volonté. Elle identifie des obstacles concrets : simplification des procédures, digitalisation, financement, garantie, couverture des risques, intelligence économique et meilleure connaissance des débouchés.
Ces priorités vont dans la bonne direction. Mais il faudra résister à une vieille tentation marocaine : créer des commissions, organiser des rencontres, lancer des plateformes, puis mesurer le succès au nombre de participants et non aux contrats signés.
Commerce extérieur : compter les nouveaux exportateurs ou mesurer leur solidité ?
La vraie question sera celle de la définition.
Qu’appellera-t-on une entreprise exportatrice active ?
Une société qui réalise une vente occasionnelle à l’étranger ?
Une PME qui exporte chaque année ?
Une entreprise dont les recettes internationales représentent une part significative de son activité ?
Le Maroc ne gagnerait rien à gonfler artificiellement les statistiques avec des primo-exportateurs qui disparaissent du marché international après une seule opération. Le bon indicateur devrait intégrer la durée, la régularité, la valeur exportée, la diversification géographique et la capacité à créer de l’emploi au Maroc.
Le contexte extérieur, lui, ne fera aucun cadeau. Les normes environnementales se durcissent. La décarbonation devient une condition d’accès à certains marchés. Les tensions géopolitiques fragmentent les chaînes de valeur. La concurrence turque, chinoise, asiatique ou européenne reste féroce.
Pendant ce temps, les importations marocaines ont progressé plus rapidement que les exportations au début de 2026. Sur les cinq premiers mois de l’année, elles ont augmenté de 11,8 %, pour atteindre 370,49 milliards de dirhams, tandis que les exportations se sont établies à 211,41 milliards.
L’objectif de 10.000 entreprises exportatrices mérite donc d’être soutenu. Il oblige l’écosystème à sortir de la logique des champions habituels et à regarder vers les régions, les PME industrielles, l’économie sociale, les services numériques, les industries culturelles et les nouveaux métiers.
Mais le volontarisme ne remplacera ni le financement, ni la qualité, ni les délais de livraison.
En 2030, le véritable succès ne sera pas d’afficher dix mille noms dans un fichier administratif. Il sera de pouvoir dire que plusieurs milliers de PME marocaines vendent régulièrement à l’étranger, gagnent de nouveaux marchés, paient leurs salariés et réinvestissent dans leur région.
Entre l’ambition et le résultat, il reste quatre années de travail. Cette fois, il faudra exporter davantage que des promesses.












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