Hassan Sentissi : « Une présidence s’achève, mais l’ambition exportatrice reste devant nous »
Après treize années à la tête de l’Association marocaine des exportateurs, le président sortant de l’ASMEX, Hassan Sentissi , a choisi de quitter ses fonctions sur un discours à la fois personnel, lucide et profondément tourné vers l’avenir. Pas de bilan autosatisfait, encore moins de règlement de comptes. Plutôt une manière de dire : une étape s’achève, une institution demeure, et le Maroc exportateur doit maintenant se préparer à une compétition mondiale plus rude, plus technologique et plus politique.
Le ton est donné dès les premières phrases. « Une sortie qui n’assume pas ce qu’elle a coûté est une sortie qui ment », affirme-t-il. Treize années de présidence, affirme-t-il, ont occupé son temps, ses nuits et ses convictions. Une confession rare dans un univers patronal souvent porté à la formule consensuelle. Elle dit surtout le poids d’une responsabilité exercée au cœur d’une période où l’exportation marocaine a changé de visage.
Car ce départ intervient dans un contexte bien différent de celui du début des années 2010. À l’époque, l’économie mondiale semblait guidée par l’ouverture irréversible des marchés, l’allongement des chaînes de valeur et l’obsession des coûts. Depuis, les crises se sont enchaînées : secousses financières, pandémie, tensions géopolitiques, souverainetés économiques, transitions énergétiques, révolution numérique et montée rapide de l’intelligence artificielle.
Le monde, résume le président sortant, est passé « d’une économie de l’optimisation à une économie de la résilience ». Autrement dit, exporter ne consiste plus seulement à vendre moins cher ou plus loin. Il faut désormais maîtriser les normes, sécuriser les approvisionnements, intégrer la décarbonation, investir dans la technologie et anticiper des marchés devenus plus fragmentés.
Dans cette nouvelle configuration, le Maroc n’est pas resté spectateur. Le pays a développé ses infrastructures, consolidé plusieurs filières industrielles, renforcé son positionnement africain et engagé une transition énergétique dont les effets pèseront directement sur la compétitivité future des entreprises. Le Royaume exporte davantage, mais surtout autrement : plus d’industrie, plus de valeur ajoutée, davantage de compétences et un savoir-faire désormais reconnu dans des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire halal, les équipements industriels ou encore certains services technologiques.
Cette montée en gamme n’est pas un miracle. Elle est attribuée à une vision nationale portée avec constance par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, mais aussi au travail quotidien des entrepreneurs marocains confrontés aux exigences de la concurrence internationale. Derrière chaque contrat remporté, rappelle-t-il, il y a des risques de change, des marchés lointains à conquérir, des crédits documentaires attendus et des décisions prises parfois dans l’incertitude.
Durant ces treize années, l’ASMEX a tenté d’accompagner cette mutation. L’organisation a plaidé pour une meilleure compétitivité des entreprises, pour des mécanismes de financement export plus adaptés, pour une doctrine marocaine autour de la Zone de libre-échange continentale africaine et pour une implication accrue des régions dans l’effort exportateur. Elle a également porté les questions de décarbonation, désormais incontournables pour accéder durablement à certains marchés, notamment européens.
L’une des réalisations mises en avant est la mise en place, avec des partenaires africains, des jalons de la Confédération africaine des exportateurs. Un prolongement naturel de la coopération Sud-Sud voulue par le Royaume, mais aussi une réponse à une évidence économique : l’avenir des exportateurs marocains se jouera en partie sur le continent africain, à condition de ne pas réduire ce marché à un simple horizon commercial. L’Afrique impose désormais une stratégie, des alliances, de la connaissance et de la présence.
Le discours de départ ne passe pas sous silence les tensions institutionnelles récentes. Sans s’attarder sur les détails, le président sortant reconnaît que des positions se sont affrontées et que l’ASMEX a traversé une période de crispation. Mais il refuse d’y voir une défaite. Une institution qui connaît le débat sans se briser, explique-t-il, reste une institution vivante. Le véritable enjeu n’est pas l’absence de désaccords, mais la capacité de l’organisation à se montrer rigoureuse, crédible et utile à ses adhérents.
Son message le plus fort est peut-être là : l’exportation ne doit plus être considérée comme une conséquence du développement, mais comme l’une de ses conditions. Exporter oblige à se mesurer aux meilleurs, à améliorer ses produits, à respecter les standards internationaux et à conquérir sa place dans des marchés où personne n’attend le Maroc par courtoisie.
La décennie qui s’ouvre imposera plusieurs transitions simultanées : africaine, énergétique, numérique, territoriale et financière. La décarbonation deviendra un critère de compétitivité. L’intelligence artificielle transformera les modèles économiques. Les régions devront être davantage intégrées à la dynamique exportatrice. Et les ambitions industrielles du pays exigeront des instruments financiers plus puissants, plus rapides et mieux adaptés aux réalités des entreprises.
Mais au fond, estime-t-il, le défi est aussi culturel. Le Maroc devra apprendre à anticiper davantage, à mieux partager l’information économique, à investir dans la connaissance des marchés, dans les données et dans l’intelligence économique. Le temps de la simple réaction est terminé. Celui de la prévision et de la stratégie commence.
À celui ou celle qui lui succédera, le président sortant adresse une recommandation claire : ne jamais oublier que l’ASMEX n’est pas une tribune, mais un instrument. Sa crédibilité ne se mesure pas au nombre de discours prononcés, mais à la réalité du vécu entrepreneurial de ceux qui la dirigent. Les exportateurs ne portent pas des slogans ; ils portent des risques, des salariés, des familles et des engagements internationaux.
Le passage de témoin se veut donc serein, sans effacement du chemin parcouru. « Une présidence s’achève toujours un jour. Une ambition collective, elle, n’a pas de mandat », résume-t-il.
Mission accomplie ? Le terme serait sans doute trop définitif pour un homme qui rappelle que le devoir d’un exportateur ne s’achève jamais complètement. Mais une page est bel et bien tournée. L’ASMEX dispose désormais de fondations, d’une expérience et d’une responsabilité renouvelée. Reste à transformer cet héritage en capacité d’action, car le meilleur de l’aventure exportatrice marocaine, à en croire son président sortant, reste encore à écrire.
Le ton est donné dès les premières phrases. « Une sortie qui n’assume pas ce qu’elle a coûté est une sortie qui ment », affirme-t-il. Treize années de présidence, affirme-t-il, ont occupé son temps, ses nuits et ses convictions. Une confession rare dans un univers patronal souvent porté à la formule consensuelle. Elle dit surtout le poids d’une responsabilité exercée au cœur d’une période où l’exportation marocaine a changé de visage.
Car ce départ intervient dans un contexte bien différent de celui du début des années 2010. À l’époque, l’économie mondiale semblait guidée par l’ouverture irréversible des marchés, l’allongement des chaînes de valeur et l’obsession des coûts. Depuis, les crises se sont enchaînées : secousses financières, pandémie, tensions géopolitiques, souverainetés économiques, transitions énergétiques, révolution numérique et montée rapide de l’intelligence artificielle.
Le monde, résume le président sortant, est passé « d’une économie de l’optimisation à une économie de la résilience ». Autrement dit, exporter ne consiste plus seulement à vendre moins cher ou plus loin. Il faut désormais maîtriser les normes, sécuriser les approvisionnements, intégrer la décarbonation, investir dans la technologie et anticiper des marchés devenus plus fragmentés.
Dans cette nouvelle configuration, le Maroc n’est pas resté spectateur. Le pays a développé ses infrastructures, consolidé plusieurs filières industrielles, renforcé son positionnement africain et engagé une transition énergétique dont les effets pèseront directement sur la compétitivité future des entreprises. Le Royaume exporte davantage, mais surtout autrement : plus d’industrie, plus de valeur ajoutée, davantage de compétences et un savoir-faire désormais reconnu dans des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire halal, les équipements industriels ou encore certains services technologiques.
Cette montée en gamme n’est pas un miracle. Elle est attribuée à une vision nationale portée avec constance par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, mais aussi au travail quotidien des entrepreneurs marocains confrontés aux exigences de la concurrence internationale. Derrière chaque contrat remporté, rappelle-t-il, il y a des risques de change, des marchés lointains à conquérir, des crédits documentaires attendus et des décisions prises parfois dans l’incertitude.
Durant ces treize années, l’ASMEX a tenté d’accompagner cette mutation. L’organisation a plaidé pour une meilleure compétitivité des entreprises, pour des mécanismes de financement export plus adaptés, pour une doctrine marocaine autour de la Zone de libre-échange continentale africaine et pour une implication accrue des régions dans l’effort exportateur. Elle a également porté les questions de décarbonation, désormais incontournables pour accéder durablement à certains marchés, notamment européens.
L’une des réalisations mises en avant est la mise en place, avec des partenaires africains, des jalons de la Confédération africaine des exportateurs. Un prolongement naturel de la coopération Sud-Sud voulue par le Royaume, mais aussi une réponse à une évidence économique : l’avenir des exportateurs marocains se jouera en partie sur le continent africain, à condition de ne pas réduire ce marché à un simple horizon commercial. L’Afrique impose désormais une stratégie, des alliances, de la connaissance et de la présence.
Le discours de départ ne passe pas sous silence les tensions institutionnelles récentes. Sans s’attarder sur les détails, le président sortant reconnaît que des positions se sont affrontées et que l’ASMEX a traversé une période de crispation. Mais il refuse d’y voir une défaite. Une institution qui connaît le débat sans se briser, explique-t-il, reste une institution vivante. Le véritable enjeu n’est pas l’absence de désaccords, mais la capacité de l’organisation à se montrer rigoureuse, crédible et utile à ses adhérents.
Son message le plus fort est peut-être là : l’exportation ne doit plus être considérée comme une conséquence du développement, mais comme l’une de ses conditions. Exporter oblige à se mesurer aux meilleurs, à améliorer ses produits, à respecter les standards internationaux et à conquérir sa place dans des marchés où personne n’attend le Maroc par courtoisie.
La décennie qui s’ouvre imposera plusieurs transitions simultanées : africaine, énergétique, numérique, territoriale et financière. La décarbonation deviendra un critère de compétitivité. L’intelligence artificielle transformera les modèles économiques. Les régions devront être davantage intégrées à la dynamique exportatrice. Et les ambitions industrielles du pays exigeront des instruments financiers plus puissants, plus rapides et mieux adaptés aux réalités des entreprises.
Mais au fond, estime-t-il, le défi est aussi culturel. Le Maroc devra apprendre à anticiper davantage, à mieux partager l’information économique, à investir dans la connaissance des marchés, dans les données et dans l’intelligence économique. Le temps de la simple réaction est terminé. Celui de la prévision et de la stratégie commence.
À celui ou celle qui lui succédera, le président sortant adresse une recommandation claire : ne jamais oublier que l’ASMEX n’est pas une tribune, mais un instrument. Sa crédibilité ne se mesure pas au nombre de discours prononcés, mais à la réalité du vécu entrepreneurial de ceux qui la dirigent. Les exportateurs ne portent pas des slogans ; ils portent des risques, des salariés, des familles et des engagements internationaux.
Le passage de témoin se veut donc serein, sans effacement du chemin parcouru. « Une présidence s’achève toujours un jour. Une ambition collective, elle, n’a pas de mandat », résume-t-il.
Mission accomplie ? Le terme serait sans doute trop définitif pour un homme qui rappelle que le devoir d’un exportateur ne s’achève jamais complètement. Mais une page est bel et bien tournée. L’ASMEX dispose désormais de fondations, d’une expérience et d’une responsabilité renouvelée. Reste à transformer cet héritage en capacité d’action, car le meilleur de l’aventure exportatrice marocaine, à en croire son président sortant, reste encore à écrire.












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