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Absentéisme dans la fonction publique : et si le problème n’était pas seulement les faux arrêts maladie ?


Rédigé par La rédaction le Jeudi 20 Août 2026

L’OFPPT voulait mieux contrôler les arrêts maladie de courte durée. En sollicitant le Médiateur du Royaume sur la possibilité d’organiser des contre-visites médicales, l’établissement public pensait probablement traiter une question classique de gestion des ressources humaines : comment vérifier qu’un arrêt est réellement justifié et limiter les éventuels abus ?



La réponse du Médiateur déplace pourtant considérablement le débat.

Oui, le contrôle peut être légitime. Non, il ne peut pas transformer chaque salarié malade en fraudeur présumé. Et surtout, lutter contre l’absentéisme ne signifie pas seulement traquer les certificats médicaux de complaisance. Il faut aussi se demander pourquoi les agents s’absentent.

C’est là que le dossier OFPPT devient beaucoup plus intéressant que le seul cas de cet établissement.

Contrôler les absences, une nécessité légitime

Personne ne peut raisonnablement défendre les absences injustifiées dans une administration financée par l’argent public. Lorsqu’un agent ne se présente pas à son poste sans motif valable, c’est le fonctionnement du service qui est affecté et, au bout de la chaîne, l’usager qui en supporte les conséquences.

Le ministère chargé de la Réforme de l’administration le rappelle d’ailleurs explicitement : une absence injustifiée constitue un « service non fait » et peut entraîner des retenues sur salaire ainsi que des procédures administratives ou disciplinaires. Le Maroc dispose également d’un arsenal juridique spécifique, notamment la loi n° 12.81 relative aux retenues sur les traitements des fonctionnaires et agents de l’État et des collectivités territoriales qui s’absentent irrégulièrement.

Il serait donc caricatural d’opposer systématiquement contrôle administratif et droits sociaux.

Lorsqu’un agent abuse du système, produit un certificat de complaisance ou transforme régulièrement quelques jours d’arrêt maladie en prolongement opportun d’un week-end, l’employeur public doit pouvoir agir.

Mais tout l’enjeu est dans le mot « pouvoir ». Pouvoir contrôler n’autorise pas à présumer la fraude.

Quand le contrôleur doit lui-même être encadré. C’est précisément ce que semble rappeler l’avis rendu au sujet du projet de l’OFPPT.

Les onze recommandations adressées à l’établissement posent plusieurs garde-fous : indépendance du médecin chargé de la contre-visite, séparation entre le diagnostic médical et la décision administrative, respect du secret médical, protection des données de santé, information de l’agent et existence de voies de recours.

En clair, le médecin chargé du contrôle ne doit pas devenir le bras médical de la hiérarchie.

Cette séparation est essentielle. Un médecin peut déterminer si l’état de santé constaté correspond ou non à une incapacité temporaire de travailler. Il n’a pas vocation à décider d’une sanction administrative. Inversement, l’employeur ne devrait pas pouvoir transformer automatiquement une conclusion médicale en sanction financière ou disciplinaire sans procédure contradictoire.

Ce principe n’a d’ailleurs rien d’exotique. Dans d’autres systèmes administratifs ayant développé la contre-visite médicale, l’indépendance du médecin contrôleur constitue précisément l’un des garde-fous fondamentaux.

Le Médiateur marocain avait déjà eu à traiter, par le passé, des litiges relatifs aux contre-visites et aux conséquences pouvant découler du refus ou de l’impossibilité d’un agent de s’y présenter.

Mais l’intérêt du dossier OFPPT se situe peut-être encore ailleurs.

Et si l’arrêt maladie était parfois un symptôme ?

Le raccourci est tentant : beaucoup d’absences, donc beaucoup d’abus.

La réalité du travail est généralement plus compliquée.

Un agent peut s’absenter parce qu’il est réellement malade. Il peut également souffrir d’épuisement professionnel, travailler dans un environnement dégradé, vivre un conflit hiérarchique, perdre progressivement sa motivation ou exercer dans un service soumis à une forte pression.

Autrement dit, les statistiques d’absentéisme peuvent aussi raconter quelque chose de l’organisation qui emploie les absents.

Les expériences internationales montrent justement que les écarts d’absentéisme ne s’expliquent pas uniquement par les règles d’indemnisation ou le comportement individuel. La qualité du management et la satisfaction au travail peuvent également jouer un rôle significatif. La Cour des comptes française l’a notamment constaté en étudiant les absences pour maladie dans les différentes composantes de la fonction publique.

Au Maroc, la question est loin d’être théorique.

Dans son rapport consacré à l’évaluation du système de la fonction publique, la Cour des comptes avait déjà souligné les difficultés de gestion des ressources humaines et, dans certains secteurs, l’importance du phénomène d’absentéisme. Concernant le secteur de la santé, elle rappelait notamment une estimation de la Banque mondiale faisant état, à l’époque de l’étude citée, d’un taux moyen d’absentéisme du personnel médical de 27 %, avec des niveaux beaucoup plus élevés dans certaines régions.

Ces données sont anciennes et ne permettent évidemment pas de décrire la situation de 2026. Elles montrent cependant que le sujet ne peut pas être réduit à quelques certificats médicaux douteux.

Le chaînon manquant : mesurer avant de sanctionner

C’est probablement ici que le débat marocain doit progresser.

Combien de journées de travail sont réellement perdues chaque année pour maladie dans l’administration publique ? Quelle proportion correspond à des arrêts de courte durée ? Dans quels ministères, établissements publics, régions ou catégories professionnelles les absences sont-elles les plus importantes ? Quelle part peut raisonnablement être attribuée à la fraude ? Quelle part résulte de maladies professionnelles, d’accidents, de fatigue, de risques psychosociaux ou de mauvaises conditions de travail ?

Sans données consolidées, le débat risque rapidement de devenir idéologique.

D’un côté, ceux qui dénoncent « les fonctionnaires absents ». De l’autre, ceux qui considèrent tout dispositif de contrôle comme une atteinte aux droits des salariés.

Entre ces deux positions existe pourtant un espace pour une véritable politique publique.

Contrôler les absences injustifiées, évidemment. Mais parallèlement mesurer l’absentéisme, identifier ses causes, comparer les administrations, détecter les services anormalement touchés, améliorer les conditions de travail et accompagner le retour des personnes ayant connu des arrêts répétés.

C’est précisément le sens le plus intéressant de la recommandation du Médiateur invitant l’OFPPT à ne pas isoler la contre-visite médicale d’une politique globale de prévention et de gestion des absences.

Le salarié malade n’est pas nécessairement un suspect

L’affaire OFPPT pourrait ainsi poser un principe beaucoup plus large pour l’emploi public marocain : la modernisation de l’administration ne peut pas se limiter à installer davantage de dispositifs de surveillance.

Les outils numériques permettent aujourd’hui de contrôler les horaires, les accès et les présences avec une précision inconnue il y a encore quelques années. Le ministère de la Réforme de l’administration reconnaît d'ailleurs le rôle des systèmes électroniques de contrôle d’accès dans la lutte contre les absences irrégulières.

Mais un badge peut constater qu’un salarié n’est pas là. Il ne peut pas expliquer pourquoi.

C’est toute la différence entre une administration qui compte les absences et une administration qui les comprend.

Et c’est peut-être là que le Médiateur pose la question la plus dérangeante : lorsque les arrêts maladie se multiplient dans une institution, faut-il systématiquement regarder du côté des salariés ?

Ou faut-il parfois regarder aussi du côté de l’institution ?

Traquer le faux malade est relativement simple. Comprendre pourquoi des agents n’ont plus envie, ou parfois plus la capacité, de venir travailler est autrement plus compliqué.

Pourtant, c’est probablement là que commence la véritable lutte contre l’absentéisme.





Jeudi 20 Août 2026

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