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​Pourquoi le Maroc n’arrive-t-il pas à être mieux classé chez le PNUD ?


Rédigé par La rédaction le Lundi 17 Août 2026



Le Rapport mondial sur le développement humain 2025 du PNUD classe le Maroc au 120e rang mondial sur 193 pays.

Le paradoxe marocain n’est peut-être plus celui d’un pays qui ne se développe pas. Il devient celui d’un pays qui se développe beaucoup sans parvenir encore à convertir suffisamment cette transformation en développement humain.

C’est autrement plus préoccupant.

Car lorsque le Maroc était un pays relativement pauvre, faiblement industrialisé, insuffisamment équipé et largement rural, son retard dans les classements internationaux pouvait trouver des explications assez évidentes.

Aujourd’hui, l’explication devient plus difficile.

Nous avons Tanger Med. Nous avons le TGV. Nous avons un réseau autoroutier moderne. Nous produisons des automobiles, des composants aéronautiques et des énergies renouvelables. Nous attirons des investissements industriels internationaux. Nous construisons des barrages, des stations de dessalement, des zones industrielles et de nouveaux équipements sanitaires. Casablanca change, Tanger change, Rabat change, Marrakech change.

Et pourtant, lorsqu'arrive le moment de mesurer non plus nos infrastructures mais ce que devient réellement le Marocain, nous redescendons brutalement sur terre.

Le Rapport mondial sur le développement humain 2025 du PNUD classe le Maroc au 120e rang mondial sur 193 pays.

Certes, il y a une excellente nouvelle : avec un IDH de 0,710, le Royaume entre pour la première fois dans la catégorie des pays à développement humain élevé. Depuis 1990, notre indice a progressé de 55,7 %. Il serait intellectuellement malhonnête de nier cette progression.

Mais une question demeure. Pourquoi seulement 120e ?

Pourquoi un pays qui réussit parfois à jouer dans la cour des grands lorsqu'il s'agit d'infrastructures, d'industrie ou d'investissement reste-t-il beaucoup plus loin lorsqu'on mesure l'éducation, la santé, le revenu et les conditions concrètes d'existence de sa population ?

Le problème est peut-être que nous regardons depuis trop longtemps le mauvais thermomètre.

L'analphabétisme explique une partie de notre retard, mais pas tout.

Le chiffre de 24,8 % d'analphabètes parmi les personnes âgées de 10 ans et plus reste évidemment considérable. Mais il contient une forte composante générationnelle : l'analphabétisme est beaucoup plus important parmi les Marocains âgés que parmi les jeunes.

Cela signifie que le temps finira mécaniquement par améliorer cet indicateur.

Mais attention à une illusion particulièrement dangereuse : savoir lire ne signifie pas nécessairement savoir comprendre.

C'est probablement ici que commence le véritable problème marocain.

Les résultats PISA 2022 sont beaucoup plus inquiétants que le seul taux d'analphabétisme.

À 15 ans, seuls 18 % des élèves marocains évalués atteignent au moins le niveau minimal de compétence en mathématiques. Ils ne sont que 19 % en compréhension de l'écrit et 25 % en sciences.

Plus impressionnant encore : 68,5 % des élèves marocains évalués sont sous le niveau minimal dans les trois disciplines simultanément.

Autrement dit, le Maroc est progressivement en train de gagner la bataille de la scolarisation sans avoir encore gagné celle de l'apprentissage.

Voilà peut-être pourquoi nous n'arrivons pas à remonter beaucoup plus rapidement dans les classements.

Nous avons longtemps compté les écoles construites, les enseignants recrutés, les élèves inscrits, les budgets votés, les programmes lancés et les réformes annoncées.

Nous devons maintenant compter autre chose : ce qu'un enfant sait réellement faire après six, neuf ou douze années passées dans notre système éducatif.

Sait-il comprendre un texte ?
Sait-il raisonner ?
Sait-il résoudre un problème ?
Sait-il distinguer une information d'une opinion ?
Sait-il utiliser les outils numériques ?
Sera-t-il capable demain de travailler avec une intelligence artificielle ?

Voilà les indicateurs qui détermineront beaucoup plus sûrement le Maroc de 2035 que le nombre de salles de classe inaugurées.

Il existe un deuxième problème : les moyennes nationales cachent plusieurs Maroc.

Le PNUD nous donne à cet égard un indicateur particulièrement instructif. Notre IDH brut atteint 0,710. Mais lorsqu'il est corrigé des inégalités, il tombe à 0,517.

Ce décrochage raconte presque à lui seul notre difficulté.

Une infrastructure peut être construite rapidement. Une autoroute relie deux villes dès le jour de son inauguration.

Le capital humain fonctionne autrement.

Une école médiocre aujourd'hui peut produire pendant quarante ans des conséquences économiques et sociales.

Une femme rurale qui n'a jamais appris à lire ne récupère pas automatiquement cette capacité parce qu'une autoroute passe à vingt kilomètres de son village.

Un enfant qui quitte l'école sans maîtriser la lecture peut être statistiquement « scolarisé » tout en restant économiquement vulnérable pendant une grande partie de sa vie.

Et un jeune diplômé dont les compétences correspondent mal aux besoins de l'économie peut posséder un diplôme tout en restant difficilement employable.

Le développement humain possède donc une inertie considérable.

C'est précisément pour cela que nous devons nous demander pourquoi le Maroc semble beaucoup plus efficace lorsqu'il construit un port que lorsqu'il construit des compétences.

La réponse est peut-être institutionnelle.

Un grand projet possède généralement un maître d'ouvrage, un budget, un calendrier, des entreprises responsables, des délais, des indicateurs physiques et une date d'inauguration.

Qui est, en revanche, personnellement responsable du niveau de lecture d'un enfant marocain de 10 ans ?

Tout le monde.

Donc, finalement, personne.

Ministère, académie, direction provinciale, établissement, enseignant, famille, commune, programmes sociaux : la responsabilité se dilue.

Et lorsqu'une réforme éducative échoue, aucune autoroute ne reste inachevée au milieu du paysage pour matérialiser cet échec.

Les dégâts sont invisibles.

Ils apparaissent dix ou quinze ans plus tard sous forme de chômage, de faible productivité, de décrochage, d'économie informelle, de difficultés d'insertion et parfois de désespérance sociale.

Voilà pourquoi le prochain gouvernement devrait peut-être changer radicalement de méthode.

Non pas annoncer une énième réforme de l'éducation, mais transformer le développement humain en grand chantier national mesurable avec la même obsession du résultat que celle appliquée aux infrastructures.

Fixons quelques objectifs simples.

Combien d'enfants savent réellement lire et comprendre à 10 ans ?
Combien quittent le collège sans compétences fondamentales ?
Combien de femmes rurales sortent effectivement de l'analphabétisme ?
Combien de jeunes maîtrisent réellement les compétences numériques ?
Combien de diplômés trouvent un emploi correspondant raisonnablement à leur formation ?

Et surtout : publions les résultats territoire par territoire. Car le classement du PNUD n'est finalement que le miroir extérieur d'une réalité intérieure.

Nous ne sommes pas 120es parce qu'une organisation internationale aurait décidé de sous-estimer le Maroc. Nous sommes encore autour de cette position parce que notre transformation économique avance, sur certains fronts, beaucoup plus vite que notre transformation humaine.

Le Maroc a appris à construire vite. Il doit maintenant apprendre à transmettre mieux.

Nous avons réussi le passage du chantier à l'infrastructure. Il nous reste à réussir celui de l'école au savoir, du diplôme à la compétence, de la dépense publique au résultat et de la croissance économique à la mobilité sociale.

La prochaine frontière du développement marocain n'est donc probablement ni un nouveau port, ni une nouvelle autoroute, ni même une nouvelle usine.

Elle se trouve dans une salle de classe.

Et la vraie puissance émergente que nous voulons devenir ne se mesurera pas seulement au nombre de voitures que nous produisons, aux conteneurs que nous exportons ou aux millions de touristes que nous accueillons.

Elle se mesurera aussi à une question beaucoup plus simple : qu'est-ce qu'un Marocain sait, peut et a réellement la possibilité de devenir ?

C'est peut-être lorsque nous saurons enfin répondre collectivement à cette question que nous cesserons de nous demander, chaque année, pourquoi nous ne sommes toujours pas mieux classés.





Lundi 17 Août 2026

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