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Ahmed BALAFREJ, le noble Diplomate


Il est né au cœur de la médina de Rabat, à l'aube du XXème siècle, le samedi 5 septembre 1908. Il fut un acteur majeur du combat pour l'indépendance et un des architectes de l'unité du mouvement national.
Diplomate chevronné, assurément raffiné et d'une prestance remarquable, il a été Secrétaire Général du Parti de l'Istiqlal, Ministre des Affaires étrangères, Président du Conseil du Gouvernement et Représentant personnel du Roi. Il avait pour nom Ahmed BALAFREJ.



Pr Fouad ZAIM CHERKAOUI

Ahmed BALAFREJ, le noble Diplomate
ahmed_balafrej,_le_noble_diplomate.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (8.23 Mo)

Ahmed BALAFREJ descend, selon toute vraisemblance, d'une famille de Hornacheros, les PALAFRES, fuyant HORNACHOS de la région de Batalyaws, aujourd'hui Badajoz, et débarquant à la Kasbah des Oudayas et sur les rives du Bou-Regreg..... Ils étaient venus là plus ou moins volontairement, dès le début du XVIIème siècle, avant même l'édit d'expulsion des Morisques de Philippe III du 22 septembre 1609......

"Dotés d'une profonde foi musulmane et d'une grande richesse, parlant arabe, ils constituaient la noblesse mauresque".. .C'est lorsqu'ils furent menacés d'expulsion, qu'ils se dirigèrent vers l'embouchure du Bou-Regreg, où le Sultan Moulay Zidane, de la dynastie Saâdienne, les autorisa à s'installer.

Ahmed BALAFREJ fit ses études primaires à l'Ecole des notables de Bab Laâlou, puis secondaires au Collège Musulman de Rabat, futur collège Moulay Youssef. Ne pouvant passer son baccalauréat à Rabat, il l'obtiendra à Paris, au Lycée Henri IV. Il ira parfaire ses études arabes au Caire en 1927 puis, de retour à Paris, à la Sorbonne où il obtint une licence ès lettres et un diplôme en sciences politiques en 1932. Une telle formation, exeptionnelle à l'époque pour un marocain, contribua sans nul doute à bâtir sa conscience nationale, ainsi que son engagement nationaliste.

 En mai 1926, la défaite du mouvement rifain de Mohamed Ben ABDELKRIM annonce une mutation de la résistance. Ahmed BALAFREJ devint dès lors un des architectes incontournables de l'organisation politique de la revendication nationale. Il participe à créer en 1926 "la société des amis de la vérité" à Rabat.

Ses études à la Sorbonne l'amèneront, par la suite, à participer à la création - aux côtés de Mohamed Hassan Ouazzani, de Mohamed Lyazidi et de Omar Ben Abdeljalil - de l'Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains, l'AEMNA, sise au 115 boulevard Saint-Michel à Paris. Il fonde, par ailleurs, aux côtés d'un avocat socialiste, Robert Longuet, une revue nationaliste intitulée "Maghreb".
                   
Ahmed BALAFREJ a vingt-deux ans lorsque la "Résidence" impose, en mai 1930, le fameux "Dahir berbère". Alerté par ses compagnons de Salé, il participe à internationnaliser la protestation. Il entre à cette fin en relation avec l'émir Chekib ARSLAN (1869-1946), réfugié à Lausanne et figure emblématique de la "Nahda".

La personnalité du leader druzo-libanais, de double culture occidentale et arabe, ainsi que l'écho de son journal "La Nation Arabe", séduisent Balafrej. ...qui l'implique dans la protestation internationale contre le Dahir berbère.

Les années 1933-1934 voient l'apparition du "Comité d'action marocaine" (CAM) qui regroupe, autour de cellules créées à Fès (Allal El Fassi, Hassan El Ouazzani), à Salé (Said et Abdelkrim Hajji, Ahmed Maâninou, Mohamed Hassar, Abou Bakr El Kadiri, Mohamed Hassar), à Rabat (Ahmed Balafrej, Mohamed Lyazidi) et à Tétouan (Abdeslam Bennouna, Abdelkhaleq Torrès, Mohamed Daoud), des jeunes nationalistes urbains...qui forment alors le cœur battant du mouvement national. Balafrej participe à la rédaction du "Plan de reforme" du CAM et présente,  en 1937, un mémoire sur la politique française au Maroc. Il négocie en parallèle l'ouverture de l'école M'hammed GUESSOUS à Rabat, école marocaine bilingue qui, avec l'école Nahda de Salé, serviront de creuset à la nouvelle élite marocaine de la post-indépendance.

La défaite française de juin 1940 bouleverse la donne. BALAFREJ s'installe à Tanger. Il est alors une des figures du nationalisme arabe qui s'oppose à toute alliance avec le nazisme. Dans un courrier adressé à ses compagnons,  il écrit  "Je suis en train de voir à quelle sauce nous serons mangés, mais je puis vous dire dès à présent : ne vous laissez pas prendre au chant de la sirène allemande".
Au lendemain de la Conférence d'Anfa, et du tête-à-tête entre le Sultan Mohamed V et le Président Roosevelt, il assumera, plus que jamais, la revendication indépendantiste. Il participe à la création du parti de l'Istiqlal le 10 décembre 1943, dont il devient le premier secrétaire.

En janvier 1944, BALAFREJ est un des rédacteurs principaux de "Ouatiqate al-Istiqlal", le "Manifeste de l'indépendance", signé par 67 de ses compagnons. Il est arrêté et envoyé en France en résidence surveillée.

L'explosion sociale qui suit fait soixante morts. Abderrahim BOUABID conduit la manifestation de Salé et le paie d'une année à la prison de Laâlou de Rabat.

Balafrej est exilé en Corse. Il sera amnistié en juin 1946 par Erik Labonne. Il fonde, dès son retour au pays, le premier quotidien arabophone, "Al Alam", dont il est le rédacteur en chef.

A partir de 1947, BALAFREJ, en tant que S.G du Parti de l'Istiqlal, est partout, aux Etats-Unis, en Suisse, en Suède, en France et en Espagne.. œuvrant inlassablement à l'internationalisation de la cause nationale. En 1953, il défend cette cause devant l'Assemblée Générale des Nations-Unies. Cette même année-là, le Sultan Mohamed V et sa famille sont exilés à Madagascar. Une répression violente s'abat. Par conviction, autant que par caractère, Balafrej privilégie les armes de la diplomatie. Il suit de près, depuis Genève, les pourparlers engagés entre le Président du Conseil Edgar Faure et la délégation de l'Istiqlal, conduite par Abderrahim Bouabid. Il est de ceux qui fixent les priorités : retour d'exil du Sultan comme préalable non négociable, constitution d'un gouvernement de transition, abrogation du traité de Fès de 1912. C'est ce scénario qui est mis en œuvre.

Le Sultan Mohamed V et sa famille reviennent triomphalement d'exil en novembre 1955. Un congrès extraordinaire du Parti de l'Istiqlal confirme Ahmed BALAFREJ à son poste de S.G....et, dès le 26 avril 1956, Il devient le premier Ministre des Affaires étrangères du Royaume du Maroc indépendant....un poste qu'il occupe d'avril 1955 à mai 1958. C'est lui qui prononce le discours solennel d'entrée du Maroc à l'ONU. En mai 1958, Balafrej sera nommé Président du Conseil du premier et unique gouvernement intégralement istiqlalien de l'histoire du Maroc, lequel sera démis le 2 décembre 1958. Une de ses actions marquantes sera la promulgation du code des libertés publiques et du droit d'association, qui, bien que largement violé par la suite, restera le fondement juridique de la singularité marocaine, autant du multipartisme que de l'existence légale d'ONG, creuset potentiel d'une société civile en devenir.

En 1962, il est une nouvelle fois nommé, brièvement, Ministre des Affaires étrangères, puis de 1963 à 1972, représentant personnel du Roi Hassan II. Les missions qui lui sont confiées alors lui font rencontrer, entre autres, De Gaulle, Nasser, Tito et  Kennedy. 
En 1972, l'arrestation arbitraire de son fils ANIS, condamné pour son engagement politique à l'extrême gauche, le fait démissionner de toutes ses fonctions officielles.

Il impose alors sa démission dans un système politique où un tel acte...de liberté s'il en est...est difficilement concevable. Il rendra l'âme dans la ville qui l'a vu naître... en mai 1990. Paix à son âme.
 
Pr Fouad ZAIM-CHERKAOUI



Mardi 30 Novembre 2021


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