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Algérie-Espagne : rétropédalage ? Le discrédit !...


Que se passe-t-il donc entre Alger et Madrid ? Plutôt, comment fonctionne la gouvernance des généraux et du président Abdelmadjid Tebboune ? C'est bien problématique, préoccupant même…Qu’on en juge.



Par Mustapha Sehimi

Le mercredi 8 juin, un communiqué de la présidence annonce la suspension par l'Algérie du "Traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération" conclu avec le voisin ibérique.

L'explication fournie est la nouvelle position des autorités de ce pays sur la question du Sahara marocain laquelle serait en "violation de leurs obligations juridique, morale et politique". Ce qui est en cause, ici, il faut le rappeler, a trait au "revirement injustifiable [...] depuis les annonces du 18 mars par lesquelles le gouvernement espagnol acte son plein soutien à la formule illégale et illégitime de l'autonomie interne préconisée par la puissance occupante [...]." 

Et d'ajouter que " cette attitude du gouvernement espagnol s'inscrit en violation de la légalité internationale que lui impose son statut de statut administrante et aux efforts des Nations-Unies et du nouvel envoyé personnel du Secrétaire général ...". Après le rappel de son ambassadeur à Madrid, voici deux mois, Alger monte d'un cran dans le bras de fer avec la décision précitée de gel du traité de 2002. 

Du côté de Madrid, la réaction a été modérée : elle dit "regretter" cet acte. Mais, en plusieurs occurrences, le Chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, et le ministre des affaires étrangères, José Maria Alvarès, avaient tenu à souligner que l'Algérie s'ingérait dans les affaires intérieures de leur pays ; qu'elle portait ainsi atteinte à sa pleine souveraineté ; et que partant les critiques d'Alger étaient irrecevables et infondées.

Pour ce qui est de la "légalité internationale" qui aurait été violée par Madrid, voilà qui prête à sourire : pourquoi Alger ne dénonce-t-elle pas la même position que l'Espagne prise par les Etats-Unis, l'Allemagne, les Pays-Bas depuis dix-huit mois? Ou encore celle d'une bonne majorité des deux tiers des membres de l'UA ? Celle aussi des pays - dont une partie africains - qui ont ouvert pas moins de 27 consulats généraux à Laâyoune et Dakhla ? Sans parler de la majorité de 193 Etats membres de l'ONU ...

Mise en garde de l’UE
La crise ainsi ouverte entre Alger et Madrid, le 8 juin courant, s'est traduite le jour même sur un autre plan: celui des relations commerciales et financières. Ainsi, le délégué général de l'Association professionnelle des banques et des établissements financiers (l'équivalent du GPBM marocain) a signé, avec effet le lendemain, 9 juin, une circulaire – une instruction faisant référence à la suspension du Traité avec l'Espagne et demandant "de procéder au gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de produits et services".

Vingt-quatre heures après, l'Union européenne réagit avec une grande fermeté. Dans un communiqué commun, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et le vice-président de la Commission européenne et commissaire en charge du commerce de l'UE, Valdis Dombrovskis, qualifient cette décision d'"extrêmement préoccupante". Ils considèrent, après une réunion avec le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, que "cela conduirait à un traitement discriminatoire d'un Etat membre de l'UE et nuirait à l'exercice des droits de l'Union au titre de l'accord de 2002".

Et ils font une mise en garde, l'UE étant "prête à s'opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à l'encontre d'un Etat membre, la politique commerciale étant une compétence exclusive de l'Union européenne". Après ces menaces, Bruxelles a affirmé "tendre la main aux autorités d'Alger pour clarifier rapidement la situation", en assurant "continuer de privilégier le dialogue pour résoudre les controverses"

"Prétendue" suspension du traité
Mohamed Haneche, ambassadeur d'Algérie auprès l'UE, se fend d’un communiqué. Il "déplore la précipitation avec laquelle la Commission européenne a réagi sans consultation préalable, ni vérification aucune, auprès du gouvernement algérien, à la suspension pat l'Algérie d'un traité politique bilatéral avec un partenaire européen, en l'occurrence l'Espagne, Sans s'assurer que cette mesure n'affecte ni directement, ni indirectement, ses engagements contenus dans l'Accord d'association Algérie -Union européenne".

Mais les autorités d'Alger ont-elles pris soin, elles, de "consulter" l'UE avant l'annonce de leur décision de suspension dudit accord ? Le plus intéressant est ailleurs dans ce communiqué : " S'agissant de la prétendue mesure d'arrêt par le gouvernement algérien des transactions courantes avec un partenaire européen, elle n'existe en fait que dans l'esprit de ceux qui la revendiquent et de ceux qui se sont empressés de la stigmatiser".

Le lendemain, le samedi 11 juin, deuxième réaction d'Alger, émanant cette fois du ministère des Affaires étrangères. Elle met en cause la "précipitation" et le "parti-pris" des déclarations de l'UE; considère qu'il s'agit d'un désaccord politique de nature bilatérale avec un pays européen"; qu'il ne justifie pas une quelconque consultation européenne aux fins de réaction collective"; que "la prétendue suspension des relations commerciales et d'investissement avec l'Espagne, est sans aucun fondement; et que "les instances communautaires européennes ne disposent en l'occurrence d'aucune base juridique pour établir leur compétence en la matière".

Le département des affaires étrangères va plus loin. Ainsi, il porte une critique ad hominem - inacceptable par rapport aux principes et à la pratique des usages diplomatiques - en considérant "cette intrusion malencontreuse de l'UE comme le fait d'une personnalité manifestement commise à l'amplification des thèses de sa diplomatie nationale au détriment des intérêts bien compris de l'Union européenne".

Est ainsi visé l’espagnol Josep Borrell, actuel vice-président de la commission européenne, Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité depuis le 1er décembre 2019, ministre des Affaires étrangères (juin 2018 - novembre 2019) député socialiste aux Cortes Générales.

Dysfonctionnement de gouvernance
En résumé, en trois jours, l'Algérie a rétropédalé. Les autorités subissent ainsi de plein fouet un échec. Une reculade. Un grand discrédit. N'est-ce pas en effet le Haut conseil de sécurité, présidé par le président Tebboune qui a décidé le 8 juin la suspension du traité de 2002 avec l'Espagne ?

Cette instance comprend une bonne dizaine de membres.  Remanié plusieurs fois, sa composition actuelle fixée par décret présidentiel en date du 26 décembre 2021,  outre le Chef de l’Etat, est la suivante : Premier ministre, directeur de cabinet de la Présidence de la République, quatre ministres (Défense nationale, Intérieur, Affaires étrangères, Justice), commandant de la gendarmerie nationale, directeur général de la sûreté nationale, directeur général de la documentation et la sécurité extérieure (DSE), directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), directeur général de la lutte contre la subversion, directeur central de la sécurité de l'armée,

Comment un tel aréopage de responsables nationaux de premier plan s’est-il s'embarque dans cette affaire de suspension du Traité avec l'Espagne ? Mauvaise appréhension des contraintes et a des réalités contractuelles ? Réaction compulsive, inconséquente et irresponsable ? En tout cas un grave dysfonctionnement dans la gouvernance diplomatique et plus globalement politique. Cela va peser durablement sur les rapports avec Madrid et avec l'Union européenne. Plus encore : plomber davantage un régime déjà en mal de légitimité et de crédibilité…

Rien à attendre donc de cette junte - sinon le pire! Le Maroc, lui, le sait, depuis des lustres, malgré des appels Royaux de la main tendue pour une "normalisation" des relations bilatérales

Rédigé par Mustapha Sehimi sur Quid 



Lundi 13 Juin 2022


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