L'ODJ Média

lodj






Antibiorésistance : pourquoi les plans des pays ne suffisent toujours pas


Les gouvernements multiplient les plans nationaux pour lutter contre l’antibiorésistance, mais leur mise en œuvre reste freinée par un problème décisif : le financement. Un nouveau bilan de l’OMS consacré à l’Asie-Pacifique montre que les stratégies nationales sont devenues plus structurées et plus ambitieuses, sans que les moyens suivent au même rythme.

À l’échelle mondiale, le défi est désormais de transformer les engagements politiques en actions concrètes, financées et mesurables.



Des plans plus solides, mais encore largement sous-financés

Le constat dressé par l’Organisation mondiale de la santé le 5 octobre est à la fois encourageant et préoccupant.

Dans 28 pays d’Asie-Pacifique ayant présenté leurs données, les plans nationaux de lutte contre la résistance aux antimicrobiens sont devenus plus complets au fil des années.
 

Parmi les 27 pays disposant d’au moins un plan d’action multisectoriel, 14 en sont déjà à leur deuxième plan et trois à leur troisième.

Les nouvelles générations de plans sont également mieux construites : elles sont deux fois plus susceptibles d’être chiffrées financièrement que les premières versions et intègrent beaucoup plus souvent des dispositifs de suivi et d’évaluation ainsi que des objectifs mesurables.
 
Mais cette amélioration sur le papier se heurte à une réalité beaucoup plus difficile.

Près de la moitié des 27 pays disposant d’un plan n’ont pas encore chiffré financièrement celui-ci. Seuls 44 % disposent d’un plan entièrement budgétisé et 7 % d’un financement partiel.

Surtout, seuls huit pays indiquent financer entièrement leurs actions contre l’antibiorésistance avec des ressources nationales. Dans 15 pays, soit 56 % de l’échantillon, moins de 30 % du financement consacré à cette lutte provient de ressources domestiques.

Autrement dit, les stratégies progressent plus vite que les capacités à les financer


L’antibiorésistance ne se combat pas avec des antibiotiques seulement

L’une des difficultés de cette crise tient à sa complexité. La résistance aux antimicrobiens ne concerne pas uniquement la prescription d’antibiotiques à l’hôpital ou en médecine de ville.
 

Elle touche également la prévention des infections, la vaccination, l’eau et l’assainissement, la surveillance des bactéries résistantes, la santé animale, l’agriculture et l’environnement.
 

L’OMS définit d’ailleurs l’antibiorésistance comme un phénomène dans lequel des bactéries, virus, champignons ou parasites cessent de répondre aux médicaments qui permettent habituellement de traiter les infections.

Cette résistance rend certaines maladies plus difficiles, voire impossibles, à soigner et augmente les risques de complications et de décès.
Cette dimension explique pourquoi les simples campagnes appelant à « mieux utiliser les antibiotiques » ne peuvent suffire.

Il faut empêcher les infections de se développer, détecter rapidement les résistances et garantir l’accès à des diagnostics et à des traitements adaptés.


Prévenir les infections pour réduire le recours aux antibiotiques

Le bilan de l’OMS en Asie-Pacifique révèle d’ailleurs des failles très concrètes.
 

L’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les établissements de santé constituent l’une des premières lignes de défense contre les infections. Pourtant, seuls 16 des 28 pays étudiés déclarent que plus de 75 % de leurs établissements de santé disposent de ces services de base.
 

Le problème est particulièrement important : lorsqu’une infection peut être évitée grâce à de bonnes conditions d’hygiène, il n’est pas nécessaire de recourir à un antibiotique. À l’inverse, lorsque les infections se multiplient, la consommation d’antimicrobiens augmente et crée davantage de possibilités pour que des résistances apparaissent et se diffusent.
 
La lutte contre l’antibiorésistance commence donc bien avant la prescription.


Le bon antibiotique, au bon moment

Autre difficulté : même lorsque les antibiotiques sont nécessaires, leur utilisation doit être aussi appropriée que possible.
 

L’OMS utilise notamment la classification AWaRe, qui distingue les antibiotiques selon leur importance et le risque qu’ils contribuent à la résistance. L’objectif est de privilégier, lorsque cela est approprié, les antibiotiques du groupe « Access », efficaces contre de nombreuses infections courantes et généralement moins susceptibles de favoriser la résistance que des médicaments à spectre plus large.
 

Or, dans le bilan présenté le 5 octobre, seuls neuf des 28 pays étudiés indiquaient que plus de 70 % de leur consommation d’antibiotiques appartenait au groupe « Access ». Cela montre une nouvelle fois que l’existence d’une politique nationale ne garantit pas son application au quotidien.
 
Entre les recommandations officielles et la réalité des prescriptions, il faut des médecins formés, des laboratoires capables d’identifier les infections, des systèmes de surveillance fiables et un accès aux médicaments appropriés.


Une crise mondiale qui dépasse largement l’Asie-Pacifique

Si l’OMS met aujourd’hui l’accent sur l’Asie-Pacifique, le problème est mondial.
 

Selon les dernières données de l’OMS, la résistance bactérienne aux antimicrobiens était associée à plus de 4,7 millions de décès dans le monde en 2021. En 2023, environ une infection bactérienne confirmée en laboratoire sur six était résistante aux antibiotiques.
 

L’enjeu dépasse donc largement le secteur hospitalier. Une résistance croissante peut compliquer des traitements courants, augmenter la durée des hospitalisations et les coûts de santé, mais aussi rendre plus risquées des interventions médicales qui dépendent de médicaments efficaces pour prévenir ou traiter les infections.
 

L’ONU a fixé en 2024 un objectif précis : réduire de 10 % d’ici 2030 le nombre de décès humains associés à la résistance bactérienne par rapport au niveau de référence de 2019, estimé à 4,95 millions de décès associés chaque année.

Les États se sont également engagés à ce que tous les pays développent ou actualisent et commencent à mettre en œuvre des plans d’action nationaux multisectoriels d’ici 2030.
 
La question n’est donc plus seulement de savoir si les pays disposent d’un plan. Elle est de savoir s’ils peuvent réellement l’exécuter.


L’OMS elle-même reconnaît désormais que le financement est un pilier central

Cette question est devenue suffisamment importante pour apparaître au cœur du nouveau Plan d’action mondial contre la résistance aux antimicrobiens 2026-2036, adopté par les États membres de l’OMS en mai 2026.
 

Le nouveau cadre mondial insiste explicitement sur la gouvernance, le financement durable et la responsabilité. Il demande notamment que les plans nationaux soient chiffrés, liés à des mécanismes de responsabilité et intégrés aux politiques nationales de santé, d’agriculture, d’environnement et de sécurité alimentaire.
 

L’idée est essentielle : l’antibiorésistance ne peut plus être considérée comme un dossier isolé des ministères de la Santé.
 

Elle concerne également les systèmes alimentaires, l’élevage, l’utilisation des antimicrobiens en agriculture, les eaux usées et la pollution environnementale.
C’est le principe « Une seule santé », ou One Health, qui considère que la santé humaine, la santé animale et l’environnement sont étroitement liés.


Le financement extérieur ne peut pas remplacer durablement l’investissement national

Le cas de l’Asie-Pacifique met également en lumière une autre difficulté : la dépendance à l’aide extérieure.
 

Lorsque plus de la moitié des pays étudiés tirent moins de 30 % de leur financement AMR de ressources nationales, la continuité des programmes peut dépendre de partenaires internationaux et de financements qui ne sont pas nécessairement garantis sur le long terme.
 

Le nouveau plan mondial de l’OMS appelle donc à augmenter les financements nationaux tout en mobilisant davantage les mécanismes internationaux. Il cite notamment le Fonds pour les pandémies, les banques multilatérales de développement, les partenariats public-privé et le Fonds fiduciaire multipartenaires consacré à l’antibiorésistance.
 
L’objectif n’est pas seulement de trouver davantage d’argent, mais de faire en sorte que cet argent puisse financer des actions durables : laboratoires, surveillance, prévention des infections, formation, accès aux diagnostics et recherche de nouveaux traitements.


Le véritable test sera désormais celui de l’exécution

Le bilan de l’OMS ne signifie pas que les plans nationaux sont inutiles. Au contraire, les progrès observés montrent qu’ils sont devenus plus précis, plus mesurables et plus adaptés aux réalités nationales.
 

Mais un plan, même bien conçu, ne réduit pas à lui seul la résistance aux antimicrobiens.
 

Il faut des laboratoires capables de détecter les résistances, des systèmes permettant de suivre la consommation d’antibiotiques, des établissements disposant d’eau et de moyens d’hygiène suffisants, des professionnels formés et des médicaments accessibles. Il faut aussi agir dans les secteurs animal, agricole et environnemental.
 

Le défi des prochaines années sera donc moins celui de l’écriture de nouvelles stratégies que celui de leur financement, de leur coordination et de leur mise en œuvre effective.
 
La formule résume finalement toute la difficulté de la lutte contre l’antibiorésistance : le monde sait de mieux en mieux ce qu’il faut faire. Il doit maintenant trouver les moyens de le faire réellement.


Salma Chmanti Houari.


Mardi 6 Octobre 2026



Rédigé par le Mardi 6 Octobre 2026
Salma Chmanti Houari
J'aime écrire sur tout ce qui nourrit la curiosité et ouvre le regard sur le monde. Si ma plume... En savoir plus sur cet auteur

Breaking news | L’ODJ Immersif — Grands formats interactifs | Info en affiche | Communiqué de presse | Gaming | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport Maroc | Auto-moto | Room | Podcasts R212 | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média


Bannière Réseaux Sociaux


Bannière Lodj DJ

Les informations de ce portail sont publiées à titre purement informatif et ne peuvent être considérées comme des conseils médicaux personnalisés. Aucun traitement ne devrait être entrepris en se basant uniquement sur le contenu de ces articles, et il est fortement recommandé au lecteur de consulter des professionnels de santé dûment homologués auprès des autorités sanitaires pour toute question relative à leur santé et leur bien-être. L’éditeur n’est pas un fournisseur de soins médicaux homologués. L’éditeur de ce portail d'information ne pratique à aucun titre la médecine lui-même, ni aucune autre profession thérapeutique, et s’interdit formellement d’entrer dans une relation de praticien de santé vis-à-vis de malades avec ses lecteurs. Aucune des informations ou de produits mentionnés sur ce site ne sont destinés à diagnostiquer, traiter, atténuer ou guérir une maladie.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo