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Après la sécheresse, le criquet : la nouvelle menace sur la souveraineté alimentaire marocaine


Rédigé par La Rédaction le Mardi 2 Juin 2026



Le Maroc croyait pouvoir souffler un peu. Après des années de sécheresse, les dernières pluies avaient redonné de l’espoir au monde agricole. Les prévisions annonçaient une récolte céréalière nettement meilleure, avec une production attendue autour de 93 millions de quintaux. Mais à peine cette respiration retrouvée, une autre menace surgit : les essaims de criquets pèlerins dans le Sud-Est du Royaume.

Le phénomène n’est pas nouveau. Le Maroc, par sa position géographique entre l’Afrique subsaharienne, le Sahel, le Sahara et le Nord-Ouest africain, reste exposé aux déplacements de criquets. Mais le contexte actuel donne à cette invasion une portée particulière. Les systèmes oasiens sont fragilisés par le stress hydrique, les sols ont souffert, les agriculteurs sortent difficilement de plusieurs campagnes compliquées, et la moindre perturbation peut compromettre des équilibres déjà précaires.

Selon les données rapportées par Al Alam, des essaims ont été observés dans plusieurs zones de l’Errachidia et du Sud-Est, avec un risque direct pour les cultures, les palmeraies et les zones agricoles en période sensible. Le danger tient aussi au calendrier : l’arrivée des criquets coïncide avec une phase décisive pour les récoltes. Une bonne campagne agricole peut être abîmée en quelques jours si les interventions ne sont pas suffisamment rapides et coordonnées.

Les autorités affirment que la situation reste sous contrôle. Des opérations de traitement terrestre et aérien ont été engagées, avec la mobilisation d’équipes spécialisées, d’avions, de drones, d’outils satellitaires et de dispositifs d’alerte. Plus de 157.000 hectares auraient déjà été traités dans plusieurs provinces du Sud et du Sud-Est. Cette mobilisation montre que le pays a tiré les leçons des crises précédentes et qu’il dispose désormais d’une capacité opérationnelle plus structurée.

Mais l’enjeu dépasse l’urgence du moment. Car le criquet est aussi un indicateur du nouveau climat agricole. Ce n’est plus seulement une invasion ponctuelle. C’est le symptôme d’un environnement régional plus instable, où sécheresse, pluies irrégulières, chaleur, migrations d’insectes et fragilité des écosystèmes se combinent. Le changement climatique ne produit pas uniquement moins d’eau. Il produit aussi plus d’incertitude.

Cette incertitude oblige le Maroc à repenser sa sécurité alimentaire. Pendant longtemps, le débat agricole a été dominé par la question de la production : combien de céréales, combien de fruits, combien de tonnes exportées ? Désormais, il faut ajouter une autre question : quelle capacité d’absorption face aux chocs ? Une agriculture moderne ne se juge plus seulement à ses rendements, mais à sa résistance aux crises.

Le cas des oasis est particulièrement préoccupant. Ces territoires ne sont pas seulement des zones agricoles. Ils sont aussi des espaces sociaux, culturels et écologiques. Lorsque les criquets menacent une oasis, ils ne menacent pas uniquement une récolte. Ils fragilisent un mode de vie, des revenus familiaux, des équilibres locaux et parfois même l’ancrage des populations dans leur territoire.

La réponse ne peut donc pas se limiter aux traitements chimiques d’urgence, même lorsqu’ils sont nécessaires. Elle doit s’inscrire dans une stratégie durable : surveillance continue, coopération avec les pays voisins, renforcement des capacités locales, soutien aux agriculteurs touchés, recherche scientifique, outils numériques d’alerte précoce et meilleure articulation entre climat, agriculture et sécurité alimentaire.

Le Maroc ne peut pas lutter seul contre un phénomène qui traverse les frontières. Les criquets ignorent les découpages administratifs et les tensions diplomatiques. Leur trajectoire dépend des vents, des pluies, des zones de reproduction et des conditions climatiques régionales. Cela impose une coopération plus forte avec l’Afrique de l’Ouest, le Sahel et les institutions internationales spécialisées.

Cette crise rappelle enfin une évidence souvent oubliée : la souveraineté alimentaire n’est pas un slogan. C’est une organisation. Elle suppose des stocks, de l’anticipation, des données fiables, des agriculteurs soutenus, des filières résilientes et une administration capable d’agir vite. Après la sécheresse, le criquet vient tester cette capacité.

Si la menace est contenue, le Maroc aura prouvé son efficacité opérationnelle. Mais si elle revient plus fortement, le pays devra admettre que les crises agricoles de demain ne seront plus des accidents isolés. Elles formeront un cycle. Et dans ce cycle, l’État devra passer d’une logique de réaction à une véritable doctrine de résilience alimentaire.





Mardi 2 Juin 2026

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