En plein cœur d’un contexte économique mondial en ralentissement – avec une croissance globale attendue autour de 2,6 % en 2026 selon la Banque mondiale – le Maroc continue de surprendre par sa résilience relative. L’institution financière internationale prévoit en effet une croissance du produit intérieur brut de 4,4 % en 2026, confirmant la même dynamique pour l’année suivante. Dans un environnement extérieur morose, marqué par une montée des barrières commerciales et des tensions géopolitiques persistantes, ce chiffre mérite qu’on s’y attarde.
Pour situer ces prévisions dans leur juste perspective, rappelons que la croissance mondiale stagne à des niveaux jugés insuffisants pour réduire significativement la pauvreté à l’échelle planétaire. Le dernier rapport de la Banque mondiale souligne que la décennie 2020 sera probablement l’une des plus faibles en termes de croissance depuis les années 1960.
Au Maroc, le rebond observé en 2025, alimenté par une bonne campagne agricole et une activité intérieure soutenue, ne doit pas être interprété comme une simple embellie conjoncturelle. Au contraire, il traduit une capacité d’adaptation remarquable du tissu économique national. L’activité agricole, largement tributaire des pluies, avait fourni un appui décisif l’an dernier, contribuant à soutenir la demande intérieure et l’emploi rural.
Pourtant, l’horizon 2026 s’annonce plus nuancé. La Banque mondiale anticipe un retour de la production agricole vers des niveaux plus proches de la moyenne, ce qui, mécaniquement, pèsera sur le dynamisme global du PIB. Cette normalisation n’est pas forcément négative en soi – elle peut être interprétée comme un retour à des fondamentaux plus stables après des années de sécheresse – mais elle met en exergue la dépendance persistante du pays à un secteur très sensible aux caprices climatiques.
Un modèle de croissance encore fragile
Ce qui frappe, dans les projections de l’institution de Bretton Woods, c’est moins le chiffre de croissance en lui-même que les limites qu’il révèle. À 4,4 %, le Maroc continue certes de faire mieux que la moyenne de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, attendue autour de 3,6 % en 2026, mais cette surperformance reste modérée.
Selon les économistes, cette relative robustesse s’explique en grande partie par la consolidation de la demande intérieure – portée par une consommation des ménages encore dynamique et une diversification progressive de l’appareil productif – ainsi que par une balance des transactions courantes qui s’est légèrement améliorée grâce à la hausse des recettes touristiques et des transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger.
Pourtant, derrière ces chiffres encourageants, se dessinent des défis réels. Le secteur manufacturier pourrait voir sa propre croissance s’essouffler sous l’effet du ralentissement du commerce mondial. Cette pression internationale, couplée à des obstacles internes – notamment la persistance de l’économie informelle – freine la montée en puissance d’un véritable moteur industriel capable de porter le pays vers une croissance plus soutenue et inclusive.
Réformes structurelles : l’urgence d’un levier de croissance
La Banque mondiale ne s’y trompe pas : la clé de voûte d’un avenir plus robuste passe par des réformes structurelles audacieuses. Il s’agit d’un impératif si le Royaume veut aller au-delà d’une simple « résilience » pour atteindre une croissance plus forte, plus durable et surtout plus partagée. L’enjeu : stimuler l’activité du secteur privé, réduire l’importance de l’économie informelle, et surtout favoriser la création d’emplois productifs – en particulier pour les jeunes et les femmes, encore trop souvent laissés en marge de l’expansion économique.
Cette dimension sociale n’est pas accessoire dans le débat national. Pour une génération marocaine avide d’initiative, d’opportunités et d’intégration dans l’économie formelle, une croissance qui ne crée pas suffisamment d’emplois décents risque de saper la cohésion sociale et économique du pays.
Autre axe stratégique mis en exergue : l’intégration commerciale régionale et la diversification des partenaires économiques. Dans un monde où les grands marchés avancés ralentissent et où les tensions protectionnistes se multiplient, il est vital pour le Maroc de renforcer ses liens économiques intra-régionaux et au-delà, afin de mieux amortir les chocs externes.
Enfin, l’adaptation aux effets du changement climatique et le développement de l’économie verte ne sont plus des options, mais des nécessités stratégiques. Au Maroc, où la question de l’eau et des ressources naturelles reste un sujet de préoccupation quotidienne, cela revêt une double dimension : environnementale et économique.
Sans minimiser les bonnes nouvelles que représentent des prévisions de croissance à 4,4 %, il serait naïf de se contenter de ce chiffre comme d’un signe de triomphe. Pour les décideurs publics, les investisseurs et les citoyens marocains, le message est clair : résilience ne rime pas automatiquement avec robustesse durable. Si le Royaume veut consolider sa place sur l’échiquier économique régional et offrir des perspectives tangibles à sa jeunesse dynamique, il doit transformer ces projections favorables en réformes profondes, inclusives et durables – une mission aussi pressante qu’exigeante.












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