Je vous préviens : mon atelier est dans un état… disons… créatif.
Ne faites pas attention aux feuilles éparpillées sur le bureau. Ni à celles qui ont glissé sur le sol. Évitez également de poser votre coude sur cette pile de cahiers ; elle menace de s'effondrer depuis plusieurs semaines.
Attendez… laissez-moi d'abord vous montrer les lieux.
Je vais déplacer cette tasse de café. Et celle-ci aussi. Et peut-être celle-là.
Voilà.
Je crois avoir trouvé une chaise.
Asseyez-vous.
Le chat ne bougera pas. Il considère manifestement que ce fauteuil lui appartient davantage qu'à moi.
Vous êtes venu visiter mon atelier. Je vous dois donc une première confession.
Je ne suis pas certain d'être toujours un écrivain raisonnable.
Plus les années passent, plus je soupçonne même le contraire.
J'ai développé quelques habitudes que mon entourage qualifierait probablement de manies et que, de mon côté, je préfère appeler… des exigences littéraires.
Il m'arrive, par exemple, de consacrer davantage de temps à une phrase de trois lignes qu'à la préparation de mon petit-déjeuner.
Les petites manies d'un écrivain
Il m'arrive de passer vingt minutes à hésiter entre deux adjectifs.
Il m'arrive de supprimer un paragraphe, de le réécrire, puis de remettre exactement celui que j'avais supprimé.
Il m'arrive aussi de relire une page le soir, de la trouver excellente et de la reprendre le lendemain avec la ferme intention de la refaire entièrement.
Et il m'arrive même de me regarder travailler avec une certaine perplexité.
Je déplace une virgule. Puis je la remets à sa place initiale. Je change un mot. Je le trouve finalement moins bon que le précédent. Je relis une phrase dix fois pour vérifier qu'elle respire correctement.
À la fin de l'opération, je suis épuisé.
Et le texte a gagné… trois mots. Et perdu une virgule.
La comédie silencieuse de l'écriture
Je soupçonne qu'un grand nombre d'écrivains vivent cette même comédie silencieuse.
Nous avons nos petites manies.
Nous parlons à nos personnages.
Nous doutons d'une page pourtant réussie.
Nous traquons des répétitions que personne d'autre ne remarque.
Nous continuons à polir un texte alors qu'il est peut-être déjà prêt à vivre sa vie.
Une négociation permanente
Pourquoi ?
Parce qu'au fond, écrire n'est pas seulement raconter une histoire.
C'est aussi mener une négociation permanente avec soi-même.
Faut-il supprimer cette phrase ? Garder ce paragraphe ? Remplacer ce mot ? Ajouter une précision ? Déplacer cette virgule ?
Cette négociation est parfois drôle, parfois épuisante, mais elle fait partie du voyage. Elle est même l'une des joies secrètes de l'écriture.
D'ailleurs, êtes-vous toujours intéressé par mon atelier ?
Si vous avez tenu jusque-là sans prendre la fuite, alors revenez me voir. Dans cet atelier, nous parlerons de la naissance des romans, de ces idées minuscules qui finissent parfois par devenir des livres de plusieurs centaines de pages.
Nous parlerons aussi des personnages : de ceux qui obéissent docilement à leur auteur et de ceux qui, sans prévenir, décident de mener leur propre vie.
Je vous montrerai mes méthodes de travail, mes hésitations, mes impasses, mes petits rituels et quelques découvertes glanées au fil des années.
Nous nous demanderons ensemble comment écrit-on un roman, comment naît une intrigue, pourquoi certaines histoires s'imposent à nous et pourquoi d'autres refusent obstinément de se laisser écrire.
Et, de temps en temps, je vous ouvrirai quelques tiroirs supplémentaires de cet atelier, ceux où se cachent les doutes, les surprises et quelques secrets d'écriture.
La septième virgule
Mais avant d'aller plus loin, je préfère vous avertir.
Si un jour vous lisez l'un de mes romans, dites-vous qu'il existe peut-être, quelque part dans ses pages, une virgule qui a été déplacée six fois avant de trouver sa place définitive.
Et si, par hasard, vous la trouvez, ne me le dites surtout pas.
Je risquerais d'avoir envie de la déplacer une septième fois.
Rida Lamrini
rida-lamrini.com












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