Une stabilité assumée pour préserver la sécurité du système électrique
Contrairement à certaines lectures hâtives, cette constance ne traduit ni un recul climatique ni un renoncement aux engagements énergétiques. Pour les experts de l’AIE, elle reflète une gestion graduelle de la transition, dictée par une contrainte centrale : la sécurité du système électrique national. Le charbon demeure aujourd’hui un pilier de la production de base, garantissant la continuité de l’approvisionnement dans un contexte de demande croissante et de dépendance encore limitée aux capacités de stockage.
Sur le terrain, cette approche est largement partagée par les acteurs du secteur. « On ne débranche pas une centrale comme on éteint une ampoule », confiait récemment un ingénieur du réseau lors d’un échange informel à Rabat. Derrière la formule, une réalité technique : sans solutions de flexibilité à grande échelle, la sortie brutale du charbon exposerait le réseau à des risques majeurs.
Pour autant, la feuille de route est claire. Le Maroc affiche noir sur blanc son ambition de mettre fin à la production d’électricité à base de charbon à l’horizon 2040, un objectif inscrit dans la version actualisée de son plan climat national et réaffirmé dans ses engagements internationaux.
Renouvelables en hausse, charbon en retrait relatif dans le mix énergétique
Le basculement est déjà perceptible. Selon l’AIE, plus de 50 % de l’électricité supplémentaire produite en 2030 par rapport à 2025 proviendra des énergies renouvelables. Cette montée en puissance du solaire et de l’éolien réduira mécaniquement la part du charbon dans le mix énergétique, sans entraîner une baisse immédiate des volumes consommés.
À l’échelle mondiale, cette trajectoire s’inscrit dans une tendance plus large. La demande globale de charbon devrait se stabiliser d’ici 2030 autour des niveaux observés entre 2023 et 2025, mettant fin à plusieurs décennies de croissance continue. Mais cette moyenne masque de profondes disparités : les économies avancées poursuivent leur recul structurel, tandis que les pays émergents d’Asie continuent de soutenir la demande pour des raisons de souveraineté énergétique.
Dans ce paysage contrasté, le Maroc occupe une position intermédiaire. Ni sortie précipitée, ni dépendance prolongée. Le Royaume parie sur une décennie décisive, où le charbon glissera progressivement vers un rôle d’appoint, pendant que les renouvelables consolideront leur place centrale.
La transition énergétique marocaine ne se joue pas dans les slogans, mais dans le temps long. En maintenant la stabilité aujourd’hui pour mieux organiser la sortie demain, le Royaume assume une voie pragmatique, compatible avec ses impératifs sociaux, économiques et climatiques. Une transition maîtrisée, à l’image d’un Maroc qui avance sans rupture, mais sans immobilisme.












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