Une finale qui dérange les certitudes
Il faut le dire franchement. Cette finale Maroc–Sénégal dérange. Elle bouscule des hiérarchies symboliques installées depuis des décennies. Elle contrarie certains récits dominants où le football africain était trop souvent réduit à quelques capitales, quelques palmarès figés, quelques certitudes héritées.
À Rabat, ce ne sont pas deux “écoles” qui s’affrontent, mais deux trajectoires africaines qui ont fait le choix de la patience, de la méthode et d’une certaine cohérence nationale. Le Maroc, en bâtissant sur la durée une politique sportive adossée à des infrastructures, une formation locale et une vision claire. Le Sénégal, en assumant une continuité rare en Afrique : même cap, mêmes principes, même exigence, quels que soient les résultats intermédiaires.
Ce constat gêne parfois. Il interroge surtout. Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, qu’ont-ils compris que d’autres continuent d’ignorer ?
À Rabat, ce ne sont pas deux “écoles” qui s’affrontent, mais deux trajectoires africaines qui ont fait le choix de la patience, de la méthode et d’une certaine cohérence nationale. Le Maroc, en bâtissant sur la durée une politique sportive adossée à des infrastructures, une formation locale et une vision claire. Le Sénégal, en assumant une continuité rare en Afrique : même cap, mêmes principes, même exigence, quels que soient les résultats intermédiaires.
Ce constat gêne parfois. Il interroge surtout. Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, qu’ont-ils compris que d’autres continuent d’ignorer ?
Ce que le Sénégal a appris avant beaucoup d’autres
Le Sénégal n’avait pas gagné la CAN 2021 par accident. La CAN 2021, puis cette régularité au plus haut niveau continental et mondial, ne sont pas le fruit d’une génération dorée tombée du ciel. Elles sont le résultat d’un travail silencieux, parfois ingrat, souvent critiqué à l’intérieur même du pays.
Aliou Cissé, longtemps contesté, a tenu. La Fédération sénégalaise a tenu. L’État sénégalais a tenu. Cette obstination collective a fini par payer. Et c’est peut-être là que réside la leçon la plus dérangeante : la victoire n’est pas toujours spectaculaire dans sa construction. Elle est souvent ennuyeuse, lente, méthodique.
Un dirigeant sénégalais confiait récemment : « Nous avons décidé d’arrêter de rêver le football africain. Nous avons commencé à le gérer. » Tout est dit.
Écouter le Sénégal, c’est accepter l’idée que le génie individuel ne suffit plus. Que le talent sans cadre s’épuise. Que la ferveur populaire, aussi sincère soit-elle, ne remplace ni la gouvernance, ni la stabilité, ni la confiance accordée au temps long.
Aliou Cissé, longtemps contesté, a tenu. La Fédération sénégalaise a tenu. L’État sénégalais a tenu. Cette obstination collective a fini par payer. Et c’est peut-être là que réside la leçon la plus dérangeante : la victoire n’est pas toujours spectaculaire dans sa construction. Elle est souvent ennuyeuse, lente, méthodique.
Un dirigeant sénégalais confiait récemment : « Nous avons décidé d’arrêter de rêver le football africain. Nous avons commencé à le gérer. » Tout est dit.
Écouter le Sénégal, c’est accepter l’idée que le génie individuel ne suffit plus. Que le talent sans cadre s’épuise. Que la ferveur populaire, aussi sincère soit-elle, ne remplace ni la gouvernance, ni la stabilité, ni la confiance accordée au temps long.
Le Maroc face à son propre miroir
Pour le Maroc, cette finale n’est pas une surprise, mais elle n’est pas non plus une évidence confortable. Elle agit comme un miroir. Un miroir flatteur, certes, mais exigeant.
Depuis plus de quinze ans, le Royaume a investi dans le sport comme on investit dans une diplomatie d’influence. Centres de formation, stades, encadrement technique, projection internationale. Les résultats sont là : demi-finale mondiale en 2022, régularité africaine, crédibilité retrouvée.
Mais le Maroc sait aussi que rien n’est acquis. Le football est cruel avec ceux qui confondent dynamique et aboutissement. Gagner à domicile serait un symbole fort. Perdre le serait tout autant. Dans les deux cas, la question demeure : que fera-t-on de ce moment ? Un trophée de plus dans une vitrine, ou une étape supplémentaire dans une trajectoire assumée ?
La vraie maturité sportive commence souvent après les grandes émotions.
Depuis plus de quinze ans, le Royaume a investi dans le sport comme on investit dans une diplomatie d’influence. Centres de formation, stades, encadrement technique, projection internationale. Les résultats sont là : demi-finale mondiale en 2022, régularité africaine, crédibilité retrouvée.
Mais le Maroc sait aussi que rien n’est acquis. Le football est cruel avec ceux qui confondent dynamique et aboutissement. Gagner à domicile serait un symbole fort. Perdre le serait tout autant. Dans les deux cas, la question demeure : que fera-t-on de ce moment ? Un trophée de plus dans une vitrine, ou une étape supplémentaire dans une trajectoire assumée ?
La vraie maturité sportive commence souvent après les grandes émotions.
À Alger et au Caire, une écoute sélective.
Pourquoi s’adresser aux Algériens et aux Égyptiens ? Non par provocation, encore moins par condescendance. Mais parce que ces deux grandes nations du football africain vivent aujourd’hui un rapport complexe à leur héritage.
L’Égypte reste la nation la plus titrée d’Afrique. L’Algérie a offert au continent certains de ses plus beaux récits récents. Mais l’histoire, aussi glorieuse soit-elle, ne protège pas de l’essoufflement. Elle peut même devenir un poids lorsqu’elle empêche de se réinventer.
Le Sénégal n’a pas méprisé son passé. Il l’a dépassé. Il a accepté de changer ses habitudes, de professionnaliser ses structures, de réduire l’improvisation. Il a compris que le football moderne est aussi une affaire de gouvernance, de données, de préparation mentale, de respect des rôles.
La question n’est donc pas : qui a le plus beau palmarès ? Elle est plus inconfortable : qui est prêt à se remettre en question ?
L’Égypte reste la nation la plus titrée d’Afrique. L’Algérie a offert au continent certains de ses plus beaux récits récents. Mais l’histoire, aussi glorieuse soit-elle, ne protège pas de l’essoufflement. Elle peut même devenir un poids lorsqu’elle empêche de se réinventer.
Le Sénégal n’a pas méprisé son passé. Il l’a dépassé. Il a accepté de changer ses habitudes, de professionnaliser ses structures, de réduire l’improvisation. Il a compris que le football moderne est aussi une affaire de gouvernance, de données, de préparation mentale, de respect des rôles.
La question n’est donc pas : qui a le plus beau palmarès ? Elle est plus inconfortable : qui est prêt à se remettre en question ?
Le sport comme diplomatie africaine
À Rabat, ce dimanche, se jouera aussi une certaine idée de l’Afrique. Une Afrique capable de produire de la rivalité sans haine, de la compétition sans humiliation, de la victoire sans arrogance.
Le Maroc et le Sénégal partagent une histoire plus profonde qu’on ne le croit : routes caravanières, échanges spirituels, luttes anticoloniales, figures de dignité comme Mohammed V ou El Hadj Omar Tall. Ce socle historique explique peut-être cette capacité à se regarder comme des partenaires avant d’être des adversaires.
Dans un continent souvent fracturé par les discours identitaires, le football peut être un langage commun. À condition de ne pas le transformer en exutoire des frustrations politiques ou sociales.
Un ancien diplomate africain le résumait ainsi : « Quand le sport devient un champ de bataille symbolique, c’est que la politique a échoué à produire de l’espérance. »
Le Maroc et le Sénégal partagent une histoire plus profonde qu’on ne le croit : routes caravanières, échanges spirituels, luttes anticoloniales, figures de dignité comme Mohammed V ou El Hadj Omar Tall. Ce socle historique explique peut-être cette capacité à se regarder comme des partenaires avant d’être des adversaires.
Dans un continent souvent fracturé par les discours identitaires, le football peut être un langage commun. À condition de ne pas le transformer en exutoire des frustrations politiques ou sociales.
Un ancien diplomate africain le résumait ainsi : « Quand le sport devient un champ de bataille symbolique, c’est que la politique a échoué à produire de l’espérance. »
Gagner, perdre… et après ?
Le vainqueur de dimanche entrera dans l’histoire. Le perdant aussi. Mais l’essentiel n’est peut-être pas là. L’essentiel est dans ce que chaque nation fera du lendemain.
Le Sénégal continuera-t-il à investir dans la jeunesse, la formation locale, la stabilité institutionnelle ?
Le Maroc saura-t-il transformer l’élan populaire en culture sportive durable, au-delà des grandes compétitions ?
Et surtout, les autres nations africaines sauront-elles écouter sans jalousie, observer sans mépris, apprendre sans se renier ?
Le football africain n’a plus besoin de slogans. Il a besoin de lucidité.
Le Sénégal continuera-t-il à investir dans la jeunesse, la formation locale, la stabilité institutionnelle ?
Le Maroc saura-t-il transformer l’élan populaire en culture sportive durable, au-delà des grandes compétitions ?
Et surtout, les autres nations africaines sauront-elles écouter sans jalousie, observer sans mépris, apprendre sans se renier ?
Le football africain n’a plus besoin de slogans. Il a besoin de lucidité.
Une victoire africaine, quoi qu’il arrive
Qu’on le veuille ou non, cette finale est déjà une victoire africaine. Elle montre que l’excellence n’est plus l’apanage de quelques-uns. Elle prouve que le travail paie, même dans un environnement contraint. Elle rappelle que la dignité sportive commence par le respect de soi et des autres.
Écouter le Sénégal, ce n’est pas l’imiter aveuglément. Écouter le Maroc, ce n’est pas l’idéaliser. C’est comprendre que l’avenir du football africain se construira moins dans les déclarations tonitruantes que dans les choix cohérents.
Dimanche, un trophée sera soulevé. Lundi, les vraies questions commenceront.
Dans un continent jeune, impatient et passionné, le football reste un puissant révélateur. Révélateur de nos forces, mais aussi de nos blocages. À Rabat, le Sénégal et le Maroc n’offrent pas seulement un spectacle. Ils proposent, à leur manière, une méthode. Libre à l’Afrique de l’écouter… ou de continuer à s’auto-applaudir.
Écouter le Sénégal, ce n’est pas l’imiter aveuglément. Écouter le Maroc, ce n’est pas l’idéaliser. C’est comprendre que l’avenir du football africain se construira moins dans les déclarations tonitruantes que dans les choix cohérents.
Dimanche, un trophée sera soulevé. Lundi, les vraies questions commenceront.
Dans un continent jeune, impatient et passionné, le football reste un puissant révélateur. Révélateur de nos forces, mais aussi de nos blocages. À Rabat, le Sénégal et le Maroc n’offrent pas seulement un spectacle. Ils proposent, à leur manière, une méthode. Libre à l’Afrique de l’écouter… ou de continuer à s’auto-applaudir.
Vive le Sénégal ! Vive le Maroc ! Vive l'Afrique ! Amadou KANE, ancien Ministre Président du CESEMAF
Chers amis du Sénégal et du Maroc, En ce moment historique où nos deux nations fraternelles s'apprêtent à disputer la finale de la Coupe d'Afrique des Nations à Rabat, je m'adresse à vous non pas comme le partisan d'une équipe contre l'autre, mais comme le témoin privilégié d'une fraternité née des profondeurs de notre histoire commune et qui transcende le sport.
Dimanche prochain 18 Janvier2026, ce ne sont pas deux adversaires qui se rencontreront sur la pelouse, mais deux branches d'un même arbre africain, profondément enraciné dans l'histoire. Nos peuples partagent bien plus qu'une proximité géographique continentale : nous partageons les héritages croisés des empires almoravides et almohades, les routes caravanières qui unissaient les territoires du Sahel autour de Tombouctou à Fès, la résistance commune contre le colonialisme où El Hadj Omar Tall et Mohammed V incarnèrent chacun la dignité de leurs peuples.
Cette finale est un cadeau rare que le football nous offre : celui de célébrer ensemble l'excellence africaine. Que cette compétition soit pour nous ce que furent les Jeux olympiques antiques pour les cités grecques — un moment où, pendant quelques heures sacrées, la rivalité sportive renforçait le respect mutuel plutôt que de le diviser.
Je félicite les Lions de la Téranga et les Lions de l'Atlas pour leur parcours exceptionnel. Vous portez sur vos épaules les rêves de millions de personnes, mais aussi la responsabilité d'incarner nos valeurs communes : la teranga sénégalaise et l'hospitalité marocaine, cette même générosité du cœur qui fait de nos deux nations des modèles de coexistence.
Dimanche, qu'importe le vainqueur, c'est l'Afrique qui triomphera. Que cette finale soit un hymne à notre amitié, une démonstration au monde que la compétition la plus acharnée peut coexister avec le respect le plus profond. Comme le disait le poète sénégalais : "La culture ne se divise pas, elle se partage." Que le meilleur gagne, et que notre fraternité renforcée soit la vraie victoire de ce dimanche.
Vive le Sénégal ! Vive le Maroc ! Vive l'Afrique ! Amadou KANE, ancien Ministre Président du CESEMAF
Dimanche prochain 18 Janvier2026, ce ne sont pas deux adversaires qui se rencontreront sur la pelouse, mais deux branches d'un même arbre africain, profondément enraciné dans l'histoire. Nos peuples partagent bien plus qu'une proximité géographique continentale : nous partageons les héritages croisés des empires almoravides et almohades, les routes caravanières qui unissaient les territoires du Sahel autour de Tombouctou à Fès, la résistance commune contre le colonialisme où El Hadj Omar Tall et Mohammed V incarnèrent chacun la dignité de leurs peuples.
Cette finale est un cadeau rare que le football nous offre : celui de célébrer ensemble l'excellence africaine. Que cette compétition soit pour nous ce que furent les Jeux olympiques antiques pour les cités grecques — un moment où, pendant quelques heures sacrées, la rivalité sportive renforçait le respect mutuel plutôt que de le diviser.
Je félicite les Lions de la Téranga et les Lions de l'Atlas pour leur parcours exceptionnel. Vous portez sur vos épaules les rêves de millions de personnes, mais aussi la responsabilité d'incarner nos valeurs communes : la teranga sénégalaise et l'hospitalité marocaine, cette même générosité du cœur qui fait de nos deux nations des modèles de coexistence.
Dimanche, qu'importe le vainqueur, c'est l'Afrique qui triomphera. Que cette finale soit un hymne à notre amitié, une démonstration au monde que la compétition la plus acharnée peut coexister avec le respect le plus profond. Comme le disait le poète sénégalais : "La culture ne se divise pas, elle se partage." Que le meilleur gagne, et que notre fraternité renforcée soit la vraie victoire de ce dimanche.
Vive le Sénégal ! Vive le Maroc ! Vive l'Afrique ! Amadou KANE, ancien Ministre Président du CESEMAF












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