Viandes rouges : la commission d’enquête qui fissure la majorité
Pendant des mois, le dossier des importations de bétail a circulé dans les couloirs du Parlement comme une affaire encombrante que chacun regardait du coin de l’œil. Trop sensible pour être ignorée. Trop politique pour être traitée sans dégâts. Et surtout trop proche du quotidien des Marocains pour disparaître derrière les communiqués, les promesses de régulation et les explications techniques.
Aujourd’hui, le sujet revient avec une force nouvelle. Non parce que les prix de la viande rouge auraient soudainement cessé de peser sur les budgets familiaux. Bien au contraire. Il revient parce qu’une partie de la majorité gouvernementale semble avoir décidé qu’il fallait enfin ouvrir les comptes, comprendre les mécanismes et répondre aux interrogations accumulées autour des aides accordées à l’importation du bétail et au soutien de l’élevage.
Le PAM, l’Istiqlal et l’Union constitutionnelle ont adressé une correspondance aux groupes de l’opposition afin d’ouvrir une concertation sur la création d’une commission parlementaire d’enquête. La démarche est portée par Ahmed Touizi, Allal Amraoui et Chaoui Belaassal. Leur objectif affiché : éclairer l’opinion publique sur les formes de soutien public consacrées à l’importation et sur l’ensemble de la filière de l’élevage.
Aujourd’hui, le sujet revient avec une force nouvelle. Non parce que les prix de la viande rouge auraient soudainement cessé de peser sur les budgets familiaux. Bien au contraire. Il revient parce qu’une partie de la majorité gouvernementale semble avoir décidé qu’il fallait enfin ouvrir les comptes, comprendre les mécanismes et répondre aux interrogations accumulées autour des aides accordées à l’importation du bétail et au soutien de l’élevage.
Le PAM, l’Istiqlal et l’Union constitutionnelle ont adressé une correspondance aux groupes de l’opposition afin d’ouvrir une concertation sur la création d’une commission parlementaire d’enquête. La démarche est portée par Ahmed Touizi, Allal Amraoui et Chaoui Belaassal. Leur objectif affiché : éclairer l’opinion publique sur les formes de soutien public consacrées à l’importation et sur l’ensemble de la filière de l’élevage.
Mais une signature manque au bas de la lettre. Et elle n’est pas anodine : celle du RNI.
Cette absence transforme une initiative parlementaire en scène politique. Car voir trois composantes de la majorité tendre la main à l’opposition sur un dossier aussi inflammable relève rarement d’un simple désaccord de méthode. Cela révèle une gêne, une pression populaire, une lecture différente du risque politique à quelques mois d’échéances électorales décisives.
Dans les quartiers populaires comme dans les classes moyennes, le débat ne se formule pas en langage institutionnel. On ne parle pas de mécanismes budgétaires, de dispositifs d’importation ou de régulation de filière. On dit simplement : « La viande est chère. » Et cette phrase, répétée dans les boucheries, les marchés de quartier et les discussions familiales, résume mieux que beaucoup de rapports la crise de confiance qui s’est installée.
L’État a mobilisé des mesures de soutien afin d’assurer l’approvisionnement du marché, limiter les tensions sur les prix et préserver le cheptel national durement fragilisé par la sécheresse. L’intention répondait à une urgence réelle. Personne de bonne foi ne peut nier que le pays devait éviter une pénurie, atténuer les effets climatiques et protéger les éleveurs face à une situation exceptionnelle.
Le problème est ailleurs. Il porte sur l’efficacité finale de ces mesures.
Lorsque des aides publiques importantes sont mobilisées et que les prix restent élevés pour le consommateur, la question devient légitime. Non pas parce qu’il faudrait désigner d’avance des coupables. Mais parce que l’argent public mérite mieux que des réponses vagues. Les citoyens ont le droit de savoir quels montants ont été engagés, quels acteurs ont effectivement bénéficié des dispositifs, quels volumes ont été importés, comment les circuits de commercialisation ont fonctionné et, surtout, pourquoi la baisse attendue des prix n’a pas été clairement ressentie dans les foyers.
Dans les quartiers populaires comme dans les classes moyennes, le débat ne se formule pas en langage institutionnel. On ne parle pas de mécanismes budgétaires, de dispositifs d’importation ou de régulation de filière. On dit simplement : « La viande est chère. » Et cette phrase, répétée dans les boucheries, les marchés de quartier et les discussions familiales, résume mieux que beaucoup de rapports la crise de confiance qui s’est installée.
L’État a mobilisé des mesures de soutien afin d’assurer l’approvisionnement du marché, limiter les tensions sur les prix et préserver le cheptel national durement fragilisé par la sécheresse. L’intention répondait à une urgence réelle. Personne de bonne foi ne peut nier que le pays devait éviter une pénurie, atténuer les effets climatiques et protéger les éleveurs face à une situation exceptionnelle.
Le problème est ailleurs. Il porte sur l’efficacité finale de ces mesures.
Lorsque des aides publiques importantes sont mobilisées et que les prix restent élevés pour le consommateur, la question devient légitime. Non pas parce qu’il faudrait désigner d’avance des coupables. Mais parce que l’argent public mérite mieux que des réponses vagues. Les citoyens ont le droit de savoir quels montants ont été engagés, quels acteurs ont effectivement bénéficié des dispositifs, quels volumes ont été importés, comment les circuits de commercialisation ont fonctionné et, surtout, pourquoi la baisse attendue des prix n’a pas été clairement ressentie dans les foyers.
Les promoteurs de la commission d’enquête estiment que les aides destinées à soutenir l’importation de bovins et d’ovins n’ont pas produit les effets escomptés sur le marché. Ils veulent examiner le rôle des intermédiaires, ces fameux « fraqchias » devenus le symbole d’un système opaque aux yeux d’une partie de l’opinion.
Il faut être prudent avec les mots. Tous les intermédiaires ne sont pas des profiteurs. Dans une chaîne agricole et commerciale complexe, ils peuvent jouer un rôle logistique réel : transport, financement, collecte, distribution. Pourtant, lorsqu’ils deviennent trop nombreux, trop puissants ou insuffisamment contrôlés, ils finissent par absorber la valeur et éloigner le producteur du consommateur. C’est là que le marché devient incompréhensible. Et c’est là que la suspicion prospère.
Il faut être prudent avec les mots. Tous les intermédiaires ne sont pas des profiteurs. Dans une chaîne agricole et commerciale complexe, ils peuvent jouer un rôle logistique réel : transport, financement, collecte, distribution. Pourtant, lorsqu’ils deviennent trop nombreux, trop puissants ou insuffisamment contrôlés, ils finissent par absorber la valeur et éloigner le producteur du consommateur. C’est là que le marché devient incompréhensible. Et c’est là que la suspicion prospère.
Le RNI refuse et ne s’est pas contenté de garder le silence
Un communiqué du 23 juin, son groupe parlementaire a clairement expliqué son refus de rejoindre la commission d’enquête. Il avance plusieurs arguments : le délai très court avant la fin de la législature, l’échec d’initiatives précédentes à réunir le quorum requis, le caractère non exceptionnel du dossier et la nécessité de préserver la cohérence de la majorité gouvernementale.
Pour le RNI, Une commission d’enquête n’est pas un simple débat parlementaire. Elle exige une procédure, des auditions, des documents, des confrontations et un rapport final. À quelques semaines de la clôture de la session parlementaire, le risque existe de créer une structure qui ne disposerait ni du temps ni des moyens politiques pour aller au fond des choses. Il soutient qu’une enquête précipitée produirait davantage de bruit que de vérité.
Il rappele qu’une coalition gouvernementale ne fonctionne pas comme une assemblée de concurrents permanents. La solidarité majoritaire a un sens. Elle donne de la stabilité à l’action publique et évite que chaque crise sociale se transforme en rupture institutionnelle.
Mais cette défense a une faiblesse : elle intervient dans un contexte où les Marocains attendent précisément des réponses. Et lorsque le parti du Chef du gouvernement refuse de participer à une démarche réclamant de la transparence sur un dossier qui touche à la cherté de la vie, il s’expose mécaniquement à un soupçon politique.
Le RNI affirme vouloir exercer pleinement ses prérogatives de contrôle par d’autres voies. C’est son droit. Encore faudra-t-il que ces voies soient visibles, crédibles et suivies d’effets. Car l’opinion ne retiendra pas les subtilités du règlement intérieur de la Chambre. Elle retiendra une image plus simple : des alliés demandent une enquête, le RNI dit non.
Mais la politique ne se juge pas seulement sur l’intention. Elle se juge aussi sur les signaux envoyés.
Pour le RNI, Une commission d’enquête n’est pas un simple débat parlementaire. Elle exige une procédure, des auditions, des documents, des confrontations et un rapport final. À quelques semaines de la clôture de la session parlementaire, le risque existe de créer une structure qui ne disposerait ni du temps ni des moyens politiques pour aller au fond des choses. Il soutient qu’une enquête précipitée produirait davantage de bruit que de vérité.
Il rappele qu’une coalition gouvernementale ne fonctionne pas comme une assemblée de concurrents permanents. La solidarité majoritaire a un sens. Elle donne de la stabilité à l’action publique et évite que chaque crise sociale se transforme en rupture institutionnelle.
Mais cette défense a une faiblesse : elle intervient dans un contexte où les Marocains attendent précisément des réponses. Et lorsque le parti du Chef du gouvernement refuse de participer à une démarche réclamant de la transparence sur un dossier qui touche à la cherté de la vie, il s’expose mécaniquement à un soupçon politique.
Le RNI affirme vouloir exercer pleinement ses prérogatives de contrôle par d’autres voies. C’est son droit. Encore faudra-t-il que ces voies soient visibles, crédibles et suivies d’effets. Car l’opinion ne retiendra pas les subtilités du règlement intérieur de la Chambre. Elle retiendra une image plus simple : des alliés demandent une enquête, le RNI dit non.
Mais la politique ne se juge pas seulement sur l’intention. Elle se juge aussi sur les signaux envoyés.
Le plus frappant, dans cette séquence, n’est pas seulement l’isolement du RNI. C’est le changement de posture du PAM et de l’Istiqlal.
Objectivement, leur ralliement tardif à l’idée d’une commission d’enquête pose question.
La Constitution encadre d’ailleurs la création des commissions d’enquête. La demande doit être soutenue par au moins un tiers des membres de la Chambre des représentants, soit 132 signatures sur 395 députés. Le seuil est élevé, précisément parce qu’il s’agit d’un outil puissant qui ne doit pas être banalisé.
Reste à savoir si les groupes engagés réussiront à réunir ces signatures et à transformer leur déclaration politique en procédure sérieuse. Le temps presse. Les bonnes intentions, elles, ne suffiront pas.
Pourquoi maintenant ?Certes, il faut reconnaître qu’une majorité saine n’est pas celle où tous les partis applaudissent en cadence. Une démocratie parlementaire a besoin de débats, y compris au sein du camp gouvernemental. Que des partis de la coalition réclament davantage de transparence ne constitue pas forcément une trahison. Cela peut aussi être le signe d’un Parlement qui refuse de se réduire à une chambre d’enregistrement.
Pourquoi cette volonté de contrôle plus affirmée à l’approche des élections ?
Pourquoi ce dossier, qui était déjà connu depuis des mois, devient-il soudain un sujet de mobilisation parlementaire ?
La Constitution encadre d’ailleurs la création des commissions d’enquête. La demande doit être soutenue par au moins un tiers des membres de la Chambre des représentants, soit 132 signatures sur 395 députés. Le seuil est élevé, précisément parce qu’il s’agit d’un outil puissant qui ne doit pas être banalisé.
Reste à savoir si les groupes engagés réussiront à réunir ces signatures et à transformer leur déclaration politique en procédure sérieuse. Le temps presse. Les bonnes intentions, elles, ne suffiront pas.
Le vrai dossier dépasse les importations
Réduire cette affaire aux seuls importateurs serait une erreur. Le sujet est plus profond. Il touche à la fragilité de notre modèle agricole face à la sécheresse, au coût de l’alimentation animale, au recul du cheptel, à l’organisation des marchés de gros, au poids de l’informel et à la place excessive des circuits intermédiaires.
Le Maroc ne résoudra pas la question de la viande rouge avec une commission d’enquête, aussi utile soit-elle. Il faudra aussi revoir les mécanismes de traçabilité, soutenir réellement les petits et moyens éleveurs, moderniser les abattoirs, rapprocher davantage le producteur du consommateur et renforcer la transparence sur les aides publiques.
Ce débat ne doit pas devenir une guerre de slogans entre partis. Il mérite mieux.
Parce qu’au fond, derrière les chiffres, les communiqués et les rivalités de majorité, il y a une famille qui renonce à acheter de la viande. Il y a un éleveur qui peine à nourrir son troupeau. Il y a un boucher qui subit la hausse des coûts sans toujours pouvoir l’expliquer. Et il y a un citoyen qui demande simplement : lorsqu’une aide publique est annoncée en son nom, à quel moment la ressent-il vraiment dans son panier ?
La commission d’enquête n’est pas encore créée. Mais le doute, lui, est déjà installé. Et le Parlement n’a plus le droit de lui répondre par le silence.
Le Maroc ne résoudra pas la question de la viande rouge avec une commission d’enquête, aussi utile soit-elle. Il faudra aussi revoir les mécanismes de traçabilité, soutenir réellement les petits et moyens éleveurs, moderniser les abattoirs, rapprocher davantage le producteur du consommateur et renforcer la transparence sur les aides publiques.
Ce débat ne doit pas devenir une guerre de slogans entre partis. Il mérite mieux.
Parce qu’au fond, derrière les chiffres, les communiqués et les rivalités de majorité, il y a une famille qui renonce à acheter de la viande. Il y a un éleveur qui peine à nourrir son troupeau. Il y a un boucher qui subit la hausse des coûts sans toujours pouvoir l’expliquer. Et il y a un citoyen qui demande simplement : lorsqu’une aide publique est annoncée en son nom, à quel moment la ressent-il vraiment dans son panier ?
La commission d’enquête n’est pas encore créée. Mais le doute, lui, est déjà installé. Et le Parlement n’a plus le droit de lui répondre par le silence.












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