Les résultats de l’enquête permanente de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirment un fait : la confiance des ménages marocains remonte. Pas de manière spectaculaire, mais suffisamment pour marquer une rupture avec l’ambiance lourde qui a dominé ces derniers trimestres. Au quatrième trimestre 2025, l’Indice de Confiance des Ménages (ICM) s’établit à 57,6 points, contre 53,6 points au trimestre précédent et 46,5 points à la même période en 2024. Sur le papier, la progression est claire. Dans la réalité, elle ressemble davantage à un souffle court qu’à un vrai soulagement.
Car ce chiffre global, aussi utile soit-il pour prendre le pouls de la conjoncture, ne suffit pas à raconter l’histoire complète. Et cette histoire, beaucoup de Marocains la résument en une phrase entendue partout, du café du quartier au salon familial : « Oui, ça va un peu mieux… mais on fait toujours attention à tout ». Une amélioration du moral, donc, mais pas une disparition des inquiétudes.
Un moral qui remonte, un niveau de vie toujours jugé en recul
Le premier point qui frappe, c’est la perception du niveau de vie sur les douze derniers mois. Là, l’enquête ne laisse aucune place à l’interprétation : 77,8% des ménages déclarent une dégradation de leur niveau de vie, contre 16,9% qui estiment qu’il est resté stable, et seulement 5,3% qui parlent d’une amélioration. Le solde d’opinion correspondant reste fortement négatif, à –72,5 points. Un chiffre qui bouge peu par rapport au trimestre précédent, même s’il apparaît légèrement moins sombre que celui observé un an plus tôt.
Ce paradoxe confiance en hausse, niveau de vie jugé en recul n’est pas si étrange. Il traduit souvent une dynamique psychologique : les ménages peuvent se sentir moins inquiets qu’avant, tout en restant convaincus que leur situation matérielle s’est détériorée. Autrement dit, le moral remonte, mais le portefeuille ne suit pas encore.
Les anticipations pour l’année à venir restent, elles aussi, marquées par la prudence. Pour les douze prochains mois, 49,4% des ménages s’attendent à une nouvelle dégradation du niveau de vie, 40,7% misent sur une stabilité, et 9,9% envisagent une amélioration. Le solde d’opinion ressort à –39,5 points. Il s’améliore par rapport au trimestre précédent et par rapport à la fin 2024, mais il reste clairement en territoire négatif. En clair : une partie du pessimisme recule, sans que l’optimisme prenne vraiment le relais.
Emploi, achats et finances : une confiance fragile, sous contrainte budgétaire
Sur le front de l’emploi, le tableau s’éclaircit légèrement, même si l’inquiétude reste majoritaire. Au quatrième trimestre 2025, 65,2% des ménages anticipent une hausse du chômage dans les douze prochains mois, contre 17,5% qui s’attendent à une baisse. Le solde d’opinion est ainsi de –47,7 points, en amélioration sensible par rapport au trimestre précédent, et surtout par rapport à la fin 2024, où les anticipations étaient nettement plus dégradées. Cette évolution est importante : elle montre que la peur d’un décrochage brutal du marché du travail semble moins forte qu’avant, même si la crainte demeure dominante.
Dans ce climat, la consommation reste sous contrôle. L’achat de biens durables électroménager, équipement du foyer, voire véhicule continue d’être perçu comme une décision risquée. 67,1% des ménages estiment que le moment n’est pas opportun pour ce type d’achats, contre 14,2% qui le jugent favorable. Le solde d’opinion, à –52,9 points, s’améliore tout de même par rapport aux périodes précédentes. Ce détail compte : il signale un léger desserrement des contraintes ressenties, même si l’envie d’investir dans des achats “importants” reste faible.
La partie la plus sensible de l’enquête, c’est sans doute celle qui touche à la situation financière concrète des ménages. Ici, la photographie est sans détour. 58,4% des ménages déclarent que leurs revenus couvrent leurs dépenses. Mais 39,2% indiquent devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne, et seuls 2,4% affirment réussir à épargner une partie de leurs revenus. Le solde d’opinion sur la situation financière actuelle demeure négatif, à –36,6 points, globalement stable sur le trimestre et en légère amélioration sur un an.
Ce chiffre des près de 40% de ménages contraints de s’endetter ou de consommer leurs économies dit beaucoup. Il raconte des fins de mois serrées, des arbitrages permanents, parfois même des renoncements silencieux. Il dit aussi une chose simple : dans une économie où la confiance remonte, la marge de manœuvre reste, pour beaucoup, extrêmement limitée.
Sur l’évolution passée de leur situation financière, 48,6% des ménages estiment qu’elle s’est dégradée sur les douze derniers mois, contre 5,1% qui évoquent une amélioration. Pour l’avenir, le ton change légèrement : 16,4% s’attendent à une amélioration, contre 20,6% qui anticipent une dégradation. Le solde d’opinion se rapproche ainsi de l’équilibre, à –4,2 points, en nette amélioration. Ce n’est pas encore une bascule, mais c’est un signal : les ménages commencent à croire que le pire n’est peut-être pas systématiquement devant eux.
Enfin, l’enquête met aussi en lumière des perceptions au-delà du strict pouvoir d’achat. Concernant l’enseignement, 25,6% des ménages estiment que la qualité des services s’est améliorée en 2025, contre 44,8% qui jugent qu’elle s’est dégradée. Le solde d’opinion s’améliore significativement par rapport à 2024. À l’inverse, sur la santé, le constat reste dur : 62,3% des ménages jugent la qualité des services en dégradation, contre 11,5% qui constatent une amélioration, traduisant une détérioration du solde d’opinion par rapport à l’année précédente.
L’ICM progresse, c’est un fait, et ce rebond n’est pas anodin. Mais la confiance, au Maroc, ne se décrète pas avec un indice : elle se construit dans le vécu. Tant que le niveau de vie restera perçu comme en recul, que l’emploi inquiétera et que près de 40% des ménages continueront à s’endetter ou à puiser dans leur épargne, la hausse de l’ICM restera une amélioration fragile encourageante, oui, mais encore loin d’un vrai tournant.












L'accueil















