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Conseil de Coopération du Golfe : Le calme après la tempête

La boussole indique Rabat


Nos chers et juvéniles amis du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont mis trois ans et échangés plusieurs stériles actes d’hostilité avant de se rendre compte qu’ils sont liés par un destin commun et voir l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Bahreïn se réconcilier avec le Qatar. En appelant, par la même occasion, à la relance du partenariat avec le Maroc, les six du CCG reconnaissent la sagesse de la position équidistante du royaume entre les frères fâchés.



Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, accueillant l'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani
Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, accueillant l'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani
Le 41ème sommet des pays du CCG représente peut être le début de l’âge de la raison pour ce club des six monarchies du Golfe, que la prochaine entrée à la Maison blanche de Joe Biden a certainement suscité.

Tonton Donald ne sera plus là pour couvrir les bêtises sanguinolentes et assurer une protection chèrement monnayée contre les proxys de l’Iran. Il est même fort probable que Joe Biden finisse par trouver avec cette puissance régionale un terrain d’entente au sujet de l’accord nucléaire.

Surtout que derrière l’Iran, il y a la Chine, qui cherche à étendre sa route de la soie jusqu’en Méditerranée.

Traumatisme post-Syrie

Janvier 2017, Donald Trump devient 45ème président des Etats-Unis. La guerre par proxys interposés contre le régime syrien a échouée, surtout suite à l’envoi d’un corps expéditionnaire russe, en septembre 2015.

Ayant promis à ses électeurs de réduire les interventions militaires américaines à travers le monde, Trump pousse ses alliés dans le conflit syrien à lâcher prise et brider les mouvements jihadistes.

Début juin 2017, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et l’Egypte rompent leurs relations diplomatiques avec le Qatar, sommé de cesser de soutenir les Frères musulmans et de juguler ses relations avec l’Iran.

Le Maroc avait refusé d’appliquer le boycott imposé au Qatar, ce qui avait beaucoup déplu, à l’époque, dans nombre de capitales des pays du CCG.

Infiltration perse et turque

La Turquie et l’Iran s’étaient empressés de porter soutien au Qatar dans sa querelle avec ses frères du CCG, ce qui a produit des résultats contraires aux objectifs tracés par l’Arabie saoudite et ses alliés.

Non seulement ils ont poussé le Qatar dans les bras de l’Iran mais aussi, de manière subsidiaire, ouvert une porte au Sultan néo-ottoman Erdogan à la tête de ses janissaires Frères musulmans.

C’est à l’aune de cette situation qu’il faut revoir la décision du Maroc de ne pas couper les ponts avec le Qatar, pour éviter son isolement sur la scène arabe, si profitable aux ambitions perses et turques.

L’ami de mon frère-ennemi est sûrement mon meilleur ami, puisque le mieux placé pour jouer l’intermédiaire en vue d’une inévitable réconciliation. Cela a dû paraître contre-intuitif, sur le moment, à nos amis du Golfe.

Leur volonté de relancer leur partenariat avec le Maroc après avoir réunifié leurs rangs prouve qu’ils ont maintenant compris.

Les disciples de Shariati

SM Mohammed VI au Sommet Maroc-CCG, en 2016 à Ryad
SM Mohammed VI au Sommet Maroc-CCG, en 2016 à Ryad
S’il est un reproche à adresser aux stratèges des pays du Golfe, c’est d’avoir eu une lecture primaire du pouvoir iranien. Pur produit de la culture perse, réminiscence du zoroastrisme quasi-disparu, il est dual.

Dans sa version chiite « révolutionnaire », représentée par l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, Qassim Soleimeni et le corps des Gardiens de la révolution, il est paradoxalement plus activiste que conquérant. Mais c’est une véritable menace pour Israël.

Le penseur islamiste de gauche, Ali Shariati, aurait sûrement reconnu en les tenants de ce courant politique ses disciples. L’Ayatollah Ali Khamenei les a écartés du pouvoir.

Les néo-safavides

L’autre version, que l’on peut désigner de « néo-safavide », plus subtile mais également plus impérialiste, représentée par l’actuel président Hassan Rohani et son mentor et ancien président, Hachemi Rafsanjani, voit l’Iran en puissance régionale dominante et se prête à la négociation avec les Etats-Unis à ce sujet.

Les tenants de ce courant politique, qui tiennent les rênes du pouvoir à Téhéran, se savent également appuyés par la Chine, qui cherche à tracer sa route de la soie vers la Méditerranée.

Le courant avec Moscou passe, toutefois, moins bien qu’il n’y paraît. L’alliance objective Téhéran-Moscou ne tient que pas l'anti-américanisme partagé.

De fait, pour les pays du Golfe, c’est la pire. Ils vont se retrouver exactement dans la même situation que du temps du Shah, l’activisme chiite dans leur propre région en prime.

Solidarité face à l’adversité

Le replâtrage en cours du CCG va donc permettre de combler l’une des failles de l’édifice khaléji avant l’avènement d’une présidence Biden perçue comme favorable au retour à l’accord nucléaire avec l’Iran. Peut être pas tout à fait dans sa version actuelle, mais, en fin de compte, sûrement au bénéfice de Téhéran.

Sauf que c’est loin d’être assez pour conforter la position des pays du Golfe face à l’Iran, avec une administration Biden qui risque, en outre, de se montrer très chatouilleuse sur la question des droits humains. Surtout si les intérêts sionistes et safavides s’avèrent moins antagonistes qu’il n’y paraît.

Hezbollah libanais et régime syrien en savent bien plus qu’ils ne peuvent dire à ce sujet.

Repère en temps troubles

L’appui renouvelé, au cours de ce 41ème sommet de la réconciliation au sein du CCG, à l’intégrité territoriale du Maroc est un appel à revitaliser le partenariat stratégique noué lors du sommet Maroc-pays du Golfe, en avril 2016, à Ryad.

Les gamineries du genre reportage télévisé sur le « Sahara occidental » sont plus décevantes que nuisibles. L’ouverture de consulats dans les provinces du sud du royaume constitue, par contre, motif de satisfaction.

« Le partenariat entre le Maroc et les pays du Golfe n’est pas le produit d’intérêts conjoncturels ou de calculs éphémères » avait alors déclaré SM le Roi. En soulignant que cela « requiert des efforts soutenus et une coopération tangible ».

Mais il fallait sûrement laisser mûrir un contexte politique à peine renouvelé au niveau des élites dirigeantes jusqu’à ce que prime le sens des réalités.
  
L’avantage des structures politiques multiséculaires est de savoir inscrire leurs démarches dans la longue durée. Même Israël en est consciente.

Par Ahmed NAJI






Rédigé par le Mercredi 6 Janvier 2021

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