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De qui la littérature est elle l'apanage ?




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La littérature est-elle seulement réservée à ceux qui ont un vécu - jugé - digne d'être raconté ? Faut-il être passé par la case prison, avoir vécu un quelconque exil, nier ses origines ou s’être redécouvert sexuellement pour s’y faire un nom ? Ou est-ce seulement le fruit d’une bonne plume qui se légitimerait par un quelconque hasard de voir son bouquin perché dans les étagères d’une librairie ou, tout au plus, discuté et débattu sur un plateau de télévision ? La culture du paraître qu’a laissé se répandre dans le paysage littéraire mondial l’hystérie de vouloir à tout prix piquer, récolter ou subtiliser des Prix littéraires, a-t-elle rangé l’écrivain au même rang que le mannequin ? Bien que le mannequinat est le métier par excellence du paraître, dans son sens le plus positif, cette fois-ci !
 

A voir le panorama de la scène livresque mondiale, la question ‘’la littérature et le luxe ne s’épousent-ils pas ?’’ n’est plus à poser. Dans l’histoire de la littérature, combien sont les fois où un chef-d’œuvre est parvenu à gagner les acclamations ? Rares sont, en effet, les colistiers de Jean-Baptiste Poquelin qui, de là où ils sont, reçoivent toujours nos acclamations ! Car généralement, toute la bonne littérature qui subsiste, celle qui nous garantit évasion et catharsis pour respectivement nous extirper des tracas de la vie et nous emplir de sagesse, celle qui titille nos émois les plus abyssaux, avait goûté aux feux de la critique la plus intransigeante et à la plus carcérale des censures. Et pourtant, bien que souvent téméraire, cette littérature ne connaît toujours pas le goût de l’éphémère.


Aujourd’hui, la donne est tout autre. Mais pourquoi donc, s’interrogeraient les plus sceptiques ? A cause de la vidéosphère, diront certains dont on ne pourra naturellement que donner raison. Mais pas que, leur répondrons-nous, car les institutions littéraires en ont aussi pour beaucoup dans cette réalité ô combien navrante, amère et dévastatrice du champ littéraire !

Les garants du paysage littéraire ont fait que la polarisation profite toujours à certains visages habituels dont on a fait submerger le marché de leurs produits comme pour les imposer à un récepteur incroyablement influençable, intellomasochiste, et que tellement il a grande foi en cette mode du ‘’best selling’’, a fini par développer une vénération à la ‘’plume unique’’. Une de ces plumes dotées d’une endurance énorme en matière d’écriture, qui ne s’en lasse presque jamais de ce, quoique passionnant, trop fatiguant exercice. À tel point d’être à même de produire pour cent prochaines rentrées littéraires ; comme pour garantir le posthume. Ainsi, et grâce à la fidélité de leurs éditeurs surtout, les types d’écrivains dont il est ici question sont rassurés sur tous les plans. Et ce, au détriment d’autres écrivains méconnus aussi balèze qu’eux, voire avec plus de génie, et que l’on envoie balader parce que le profil n’est pas digne d’être starifié.

Alors tout ceci est la faute à qui ? A une donne qui a changé : c’est que l’éditeur court de nos jours derrière ‘’l’écrivain’’. Une sorte de ‘’paradoxe de l’œuf et de la poule’’ s’invite au débat : lequel de l’écrivain ou de l’éditeur fait l’autre !

Pour les éditeurs qui, confiants, avanceront l’argument de la rareté des écrivains pour justifier la suprématie de ces derniers, la réponse est toute simple : aviez-vous tenté de les dénicher ? Quelle entreprise, dira-t-on ! Mais ça marche pourtant dans le monde du sport qui accouche de stars aussi bien du côté des managers et entraîneurs que des joueurs, et ce tout en garantissant qualité et quantité. Quid alors du monde du livre, celui des idées, de la créativité, de la beauté, des émois, de la curiosité, de l’infini et de l’intellect ?

Les maisons d’édition, hormis celles à l’apparence d’un manoir entouré de vides prairies, de forêts de pins et qui ornent quotidiennement leurs sapins pour fêter la réussite médiatique de leurs propres écrivains, doivent se bouger et aller à la découverte d’encres nouvelles dans le dessein de se libérer du joug du paradigme qui veut que l’écrivain soit mis sur un piédestal qui n’est autre que son éditeur. Un éditeur auquel il suffira d’appliquer la loi de l’offre et la demande pour que l’équation lui devienne plus facile à résoudre. Après quoi, tout ce qui lui restera… c’est de faire le bon choix !
 

Proposé par Redouane Lmasfioui en ligne







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