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Dialogue de sourds entre les Etats-Unis et l’Iran


Les Etats-Unis se sont estimés satisfaits de la reprise des discussions sur le dossier nucléaire iranien, le 6 avril à Vienne, alors que Téhéran continue de réclamer la levée totale des sanctions à son encontre. En arrière plan, les élections présidentielles iraniennes qui vont se dérouler le 18 juin 2021.



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A Vienne, des discussions Iran/5-1
A Vienne, des discussions Iran/5-1
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Comme promis par Joe Biden lors de sa campagne électorale et souhaité par l’Union européenne, les discussions avec l’Iran sur le dossier nucléaire ont repris le 6 avril à Vienne.

L’accord nucléaire conclu en juillet 2015 dans la capitale autrichienne entre l’Iran et les pays du 5+1, à savoir les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne, avait été dénoncé par l’ex-président Donald Trump en mai 2018.

Les raisons qui ont motivé le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran, relatives à son programme de missiles balistiques, son influence régionale et la volonté d’inclure l’Arabie Saoudite et Israël dans un nouvel accord élargi à ces thématiques sont toujours d’actualités.

L’ombre de la Chine

Ce qui distingue l’administration Biden de la précédente à ce sujet est l’ambition de tourner d’abord la page de l’accord nucléaire, en ramenant l’Iran au respect de toutes ses obligations dans ce cadre, tout en maintenant les sanctions américaines contre ce pays pour d’autres motifs.

L’accord de coopération stratégique de 25 ans signé le 27 mars 2021 entre l’Iran et la Chine ne semble pas étranger à l’empressement de Washington de ramener Téhéran à de meilleures dispositions, sachant que l’économie iranienne a grandement souffert des sanctions américaines.

Pour l’administration Biden, qui ne cache pas son hostilité à l’axe Moscou-Pékin-Téhéran, il s’agit à la fois de s’assurer que l’Iran ne se dote pas de capacités nucléaires militaires et de ne pas permettre à la Chine de renforcer son projet de Routes de la soie.

Et ce tout en gardant suffisamment de moyens de pression sur Téhéran pour l’amener à changer de politique régionale.


Les conservateurs à l’affut

Il est, toutefois, peu probable que l’actuel pouvoir en Iran cède aux avances américaines, à moins d’une levée totale des sanctions, ce dont Washington ne veut même pas entendre parler.

Or, l’affrontement électoral entre le camp des réformateurs, représenté par l’actuel président Hassan Rohani, et celui des conservateurs, auquel appartient l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, se focalise déjà sur ce sujet.

Le président Hassan Rohani, qui après consommé deux mandats ne peut plus se représenter, souhaiterait bien pouvoir sauver l’accord nucléaire avec les pays du 5+1 mais à condition d’une levée des sanctions qui relancerait l’économie asphyxiée.

Et ce de manière à donner des chances au candidat réformateur aux prochaines élections présidentielles.

Enjeu électoral

Si Hassan Rohani ne parvient pas à obtenir des résultats consistants au sujet des sanctions, le camp des conservateurs ne va pas manquer d’exploiter cet échec pour reprendre le pouvoir.

En pareil cas, l’accord nucléaire pourra être déclaré définitivement mort et enterré.

La méfiance des Iraniens est donc telle qu’ils ont refusé toute discussion directe avec les Américains et c’est l’UE qui joue l’intermédiation.

Donne… Toi d’abord !

Pour les Iraniens, ce sont les Américains qui ont quitté l’accord nucléaire, c’est donc à eux de revenir à leurs engagements.

Alors que pour les Américains, les Iraniens doivent se remettre au plus tôt à respecter toutes leurs obligations dans le cadre dudit accord, et il ne saurait y avoir qu’une levée progressive des sanctions, parce qu’il faudrait également aborder d’autres sujets.

Autant dire qu’il s’agit d’un dialogue de sourds.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 7 Avril 2021

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