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Doit-on encore se passionner pour le Mondial ?


Par Aziz Boucetta.

Maintenant, c’est officiel, si on puis dire… la communication apparaît clairement comme le parent pauvre de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), aussi bien à l’extérieur du royaume qu’à l’intérieur. Sur le reste, les dirigeants de la Fédération ont globalement bien fait les choses, et les résultats en témoignent, les infrastructures le montrent, l’engouement du public le prouve. Mais, précisément, ce public, l’opinion publique reste quelque part le facteur délaissé de la politique du football en ce pays.



Que n’a-t-on pas critiqué l’approche en communication de la FRMF avant, pendant et après la dernière CAN au Maroc ?

Nous avons axé nos narratifs sur nous-mêmes, nous caressant le nombril à longueur de temps, mais ignorant et tournant le dos à tous les assauts incarnés par des fake news qui ont émaillé la compétition.

L’arbitrage, sur la base des nouvelles règles, était plutôt correct et s’il a été partial ou injuste par moments, il le fut pour toutes les équipes ; la sécurité était excellente, quasiment parfaite, mais l’épisode sénégalais de la veille de la finale, à la gare de Rabat, a œuvré à ruiner ce succès ; l’organisation dans et hors des stades était d’un grand professionnalisme mais il a fallu une ou deux serviettes pour fissurer, puis casser tout l’édifice.

Et bien sûr, les Marocains ont failli dans les réponses et les ripostes à ces attaques.

Non pas qu’il y ait eu de l’incompétence, mais seulement de l’insouciance, aggravée parfois d’indifférence. Et un petit chouiya de nombrilisme !


Puis la CAN s’est achevée, et le cafouillage a commencé. Rudement.

Doit-on encore se passionner pour le Mondial ?

Notre obsession d’être aimés, adulés, respectés, considérés, nous a plongés, après la finale, dans une sorte d’auto-claustration mentale, aussi coupable qu’inexplicable.

Des sélectionneurs étrangers se sont donné la liberté d’insulter le Maroc, de mépriser son organisation, de douter de son intégrité, de remettre en cause le professionnalisme et l’altruisme de ces milliers de petites mains invisibles… et nous, toujours à notre propension de ne pas répondre, de tendre l’autre joue, de nous voir dans le regard de l’Autre, nonobstant sa malveillance… pourvu qu’on nous aime !

Et le cafouillage s’est également matérialisé dans la curieuse disparition de la FRMF. Pas de bilan de la compétition, pas d’explication sur les recours introduits auprès de la CAF ou ailleurs, pas d’information sur le sort du sélectionneur Walid Regragui. Juste des communiqués qui claquent, brefs, lapidaires, nerveux.

A croire que la Fédération considère le public comme un simple maillon de la chaîne ou un simple élément de l’écosystème du foot marocain ; nous sommes là pour l’ambiance et une dose de ferveur si possible, et M. Regragui l’avait dit presque explicitement.

Pourquoi toujours insister sur la vision et la stratégie royales pour le football si à l’arrivée on donne au public – à tort – le sentiment que cette CAN était un effroyable échec ?


Et puis arrive la semaine dernière, un mois et demi après le baisser de rideau de la CAN…

Par deux fois, l’information tombe sur le départ de M. Regragui, avant d’être sèchement démentie par la FRMF. Deux fois, en quelques jours. Et on en vient à ce jeudi 5 mars, ce jeudi quand, finalement, brutalement, une conférence de presse est annoncée, très peu de temps avant sa tenue.

En principe, cela devait être un hommage à Walid Regragui, après la présentation de son successeur Mohamed Ouahbi. Tout cela a fait pshiiiit !

L’hommage a été quelque peu gâché par une conduite étrange, largement qualifiée d’indigne, du désormais ancien sélectionneur et par une présentation a minima du nouveau, qui aurait mérité mieux.

Lors de cette cérémonie, qu’une communicatrice réputée a qualifiée de « conférence au format des années 80 », on avait plus le sentiment de commémorer un évènement triste que celui de fêter un sélectionneur talentueux qui part et d’accueillir un autre, champion du monde, qui vient.

Fouzi Lekjaâ, l’homme grâce auxquels les succès du foot marocains auront été rendus possibles, n’était que l’ombre de lui-même, Walid Regragui est parti quand son successeur a pris la parole, et les applaudissements dans la salle était froids, timides…


Non, on n’avait pas vraiment l’impression qu’on était avec le staff de la 8ème équipe de foot au monde, demi-finaliste du dernier Mondial, finaliste de la dernière CAN, championne du monde pour les moins de 20 ans, multipliant les titres et en attendant d’autres.

Encore une communication en souffrance, pour une occasion pourtant loin d’être douloureuse : un coach compétent s’en va, un autre tout aussi talentueux et plus titré s’en vient.

On ne voit pas où réside le problème qui a fait que cette cérémonie n’en était pas vraiment une, ni du point de vue organisation, et encore moins sur le plan de l’humeur.

Et encore une fois, pour cette CAN passée, pour les performances réalisées, pour les ambitions futures et pour les perspectives attendues, tout est bon, sachant que le parfait n’existe pas.

Il est regrettable de créer une telle ambiance lugubre en interne alors même qu’à l’international, le football marocain compte désormais parmi les Grands !

Il est dangereux aussi que cette ambiance s’installe à quelques semaines de l’ouverture du Mondial américain.

Le comportement de la Fédération casse cette magie qui entoure notre équipe nationale et caractérise notre public depuis plusieurs années, cette magie dont le nouveau sélectionneur aurait bien besoin, avec ses joueurs…

Allez Ssi Fouzi, vous êtes la cheville ouvrière de cette grande vision royale pour le football et l’incarnation des attentes populaires pour le Mondial ! Souriez et riez en souvenir du passé et des acquis, et priez pour ce qui vient, mais soyez joyeux !

Dans le cas contraire, on pourrait se demander s’il vaut vraiment la peine que l’on se passionne pour notre équipe lors de ce Mondial nord-américain !
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Lundi 9 Mars 2026

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