L'ODJ Média

lodj






Élections 2026 : et si la manière de parler aux citoyens révélait le vrai niveau d’intelligence politique ?


À l’approche des législatives marocaines de septembre 2026, une question inattendue mérite d’être posée : et si l’on jugeait aussi les responsables politiques à leur intelligence émotionnelle ? Les psychologues expliquent depuis longtemps que certaines phrases simples révèlent bien plus qu’un tempérament : elles disent la capacité à écouter, à reconnaître une frustration, à poser une limite, à admettre une erreur ou à apaiser un conflit sans mépriser l’autre. Dans la vie privée comme au travail, sept formulations reviennent souvent chez les personnes dotées d’une forte intelligence émotionnelle. Transposées à la vie publique, elles deviennent un révélateur redoutable : car en politique aussi, il existe des mots qui calment, des mots qui blessent, des mots qui esquivent, et d’autres qui restaurent un minimum de confiance. À l’heure où les partis tentent de reconquérir un électorat jeune, volatile et souvent défiant, ces sept phrases pourraient bien en dire plus sur la maturité démocratique d’un candidat que cent meetings, mille affiches ou dix promesses de campagne.



À l’approche des élections législatives marocaines de septembre 2026, les partis préparent programmes, slogans, meetings et offensives numériques.

Mais derrière la bataille des promesses, une autre question mérite d’être posée : et si la manière de parler aux électeurs en disait plus long sur la maturité politique que les affiches, les clips et les grands discours ? Car en politique aussi, certains mots apaisent, d’autres braquent, certains rassemblent, d’autres humilient. Et dans un pays où la défiance vis-à-vis des partis reste forte, le langage n’est plus un détail : il devient un test de crédibilité.

On connaît tous ce responsable politique, ce candidat ou ce militant qui, au lieu d’éclairer une tension, l’aggrave par arrogance, condescendance ou agressivité. À l’inverse, il arrive parfois qu’une phrase simple, posée calmement, change complètement le climat d’un débat. Non pas parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle reconnaît l’autre au lieu de l’écraser. Ce que la psychologie appelle intelligence émotionnelle pourrait, transposé à la vie publique, devenir une forme d’intelligence politique relationnelle : la capacité à comprendre la colère sociale, à entendre la frustration des citoyens, à répondre sans mépris, à convaincre sans infantiliser.

Le Maroc de 2026 n’est plus celui où la communication politique pouvait se contenter d’être verticale. Les citoyens, notamment les plus jeunes, scrutent les postures, dissèquent les déclarations, repèrent les contradictions et sanctionnent vite les maladresses. Le problème n’est donc plus seulement de parler beaucoup. Il est de parler juste. Car un responsable politique qui ne sait pas reconnaître un malaise, admettre une limite, écouter une douleur sociale ou fixer un désaccord sans insulte, révèle souvent quelque chose de plus profond : une incapacité à gouverner la relation avec le pays réel.

Si l’on adapte à la politique les mécanismes observés dans la psychologie des relations, plusieurs formulations deviennent particulièrement révélatrices. La première serait une phrase rare dans la bouche des appareils politiques : “Nous avons entendu votre colère.” Elle semble élémentaire, presque banale, mais elle est en réalité révolutionnaire. Car elle suppose qu’on ne réponde pas immédiatement à la critique par le déni, la diversion ou l’attaque. Dans un contexte électoral, reconnaître la colère sociale ne signifie pas s’y soumettre aveuglément ; cela signifie cesser de traiter le mécontentement comme une faute morale de l’électeur.

Deuxième formulation essentielle : “Sur ce point, nous avons échoué et nous devons corriger.” Dans beaucoup de cultures partisanes, l’aveu d’erreur est perçu comme un aveu de faiblesse. En réalité, c’est souvent l’inverse. L’électeur contemporain supporte de moins en moins les récits autosatisfaits. Il sait que tout gouvernement, tout élu, tout parti produit aussi des déceptions. Ce qu’il attend, ce n’est pas la perfection ; c’est un minimum de lucidité. La parole politique gagne parfois plus à reconnaître un défaut qu’à maquiller une impasse derrière une avalanche de chiffres.

Troisième phrase révélatrice : “Je comprends que vous ne nous croyiez plus automatiquement.” Voilà une formule politiquement adulte. Elle traduit une vérité simple : la confiance ne se décrète plus. Elle se reconstruit. Pendant longtemps, la politique a parlé comme si sa légitimité allait de soi. Or ce temps est révolu. Les citoyens veulent être convaincus, pas sommés d’adhérer. Un parti qui comprend cela entre déjà dans un rapport plus moderne avec l’opinion.

Quatrième formule décisive : “Nous ne sommes pas d’accord, mais vous avez le droit d’être inquiet.” C’est probablement l’une des phrases qui manque le plus à la vie publique marocaine, comme ailleurs. Le débat politique s’abîme souvent dans une logique binaire : qui critique devient suspect, qui doute devient accusé d’arrière-pensée, qui proteste devient caricaturé. Pourtant, reconnaître l’inquiétude d’un citoyen, même sans partager son diagnostic, est une marque de solidité démocratique. C’est refuser de transformer chaque désaccord en hostilité.

Cinquième phrase : “Nous ne pouvons pas tout promettre.” Dans une campagne électorale, cette phrase semble suicidaire. Et pourtant, elle pourrait être l’une des plus intelligentes. Le grand mal de la communication politique contemporaine est peut-être là : vouloir séduire par l’excès, en promettant plus que ce que l’État, les finances publiques ou les rapports de force permettent réellement. Dire la limite, c’est prendre un risque électoral immédiat. Mais c’est peut-être aussi préparer une parole publique plus adulte, moins théâtrale, moins inflationniste, moins décevante après le scrutin.

Sixième formulation : “Votre vote ne nous appartient pas.” C’est une manière de rappeler que le citoyen n’est pas un cheptel électoral, encore moins une simple cible sociologique. Trop de discours parlent aux jeunes, aux classes moyennes, aux ruraux, aux femmes ou aux abstentionnistes comme à des segments marketing. Or la politique commence peut-être par un respect élémentaire : reconnaître que l’électeur est libre, méfiant, changeant, parfois déçu, et qu’il n’a aucune obligation morale de suivre ceux qui le sollicitent.

Enfin, une dernière phrase devrait s’imposer dans toute campagne sérieuse : “Nous serons jugés sur ce que nous faisons, pas sur ce que nous affichons.” C’est probablement la formule la plus difficile à prononcer sincèrement dans un univers saturé de communication. Mais c’est aussi la plus nécessaire. Car l’époque a changé. Les images circulent vite, les slogans vivent peu, les promesses vieillissent en quelques jours. Ce qui reste, au fond, c’est la cohérence entre la parole et l’action.

Au Maroc, les élections de septembre 2026 ne se joueront pas seulement sur les programmes, ni même sur les alliances. Elles se joueront aussi sur le style de relation que les partis proposeront aux citoyens. Continueront-ils à parler comme avant, avec ce mélange de certitudes, de langage fabriqué et de promesses abstraites ? Ou accepteront-ils enfin une parole plus humble, plus responsable, plus lucide sur l’état du pays et sur leurs propres limites ?

Car il faut peut-être renverser la perspective : la vraie intelligence politique, aujourd’hui, n’est pas celle qui sait dominer la scène. C’est celle qui sait ne pas humilier le public. Dans un pays travaillé par les attentes sociales, les fractures territoriales, la fatigue civique et la montée d’une jeunesse plus connectée que politisée, les mots ne sont jamais neutres. Ils révèlent le rapport réel au citoyen.

Et si, au fond, la campagne de 2026 devait être jugée d’abord sur cela : non pas qui parle le plus fort, mais qui parle enfin aux Marocains comme à des adultes ?



Mercredi 1 Avril 2026

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo