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Élections 2026 : le vrai défi ne sera pas de convaincre, mais de faire voter

Le premier parti du Maroc s'appelle-t-il encore l'abstention ?


Contrairement à une idée reçue, le Maroc n'est pas un pays dépolitisé. Il est, au contraire, profondément politisé. Chacun a un avis sur le gouvernement, sur le pouvoir d'achat, sur l'école, sur la santé, sur le chômage ou sur les prix. La politique est partout dans les conversations.



Avant septembre, les Marocains parlent déjà politique.

Pas seulement dans les sièges des partis ou les plateaux de télévision. Ils en parlent dans les cafés, dans les taxis, lors des repas de famille, sur les marchés et, désormais, sur les réseaux sociaux. Les vidéos politiques circulent sur TikTok, les débats se prolongent sur Facebook, les analyses s'enchaînent sur YouTube et les influenceurs commentent les promesses des candidats avec parfois plus d'audience que les responsables politiques eux-mêmes.

Le paradoxe est ailleurs car cette effervescence ne se traduirera pas automatiquement dans les urnes.

Le premier défi des élections de septembre 2026 n'est peut-être pas de convaincre les électeurs. Il est d'abord de les convaicre d'aller voter. Des millions de Marocains en âge de voter ne sont  pas inscrits. Des jeunes qui débattent chaque jour sur les réseaux sociaux, qui critiquent, qui proposent, qui s'indignent parfois... mais qui, le jour du scrutin, n'existent pas administrativement.

Comment prétendre représenter toute une génération lorsque celle-ci reste absente des listes électorales ?

Puis vient le second paradoxe : même parmi les inscrits, la mobilisation reste incertaine. Si l'on se réfère aux tendances historiques et aux comportements observés lors des précédents scrutins, une partie importante des électeurs choisira encore l'abstention. Selon une formule devenue presque populaire, près d'un électeur inscrit sur deux « ira à la pêche » le jour du vote. Non pas parce qu'il ignore les enjeux, mais parce qu'il doute que son bulletin puisse réellement changer son quotidien.

Cette abstention est devenue un véritable acteur politique. Invisible sur les affiches, absente des meetings, mais omniprésente dans les résultats.

Le paysage politique, lui, reste particulièrement fragmenté. Trente-quatre partis sont légalement reconnus. Neuf siègent aujourd'hui au Parlement. Cette diversité est souvent présentée comme une richesse démocratique. Elle peut aussi devenir une source de confusion pour un électeur qui peine parfois à distinguer les projets des slogans ou les différences idéologiques entre certaines formations.

Au fond, la campagne de 2026 ne se jouera pas uniquement entre les partis.
Elle opposera deux visions de la citoyenneté.

La première considère que voter est un devoir, même imparfait, parce que la démocratie ne fonctionne que si les citoyens s'en saisissent.
La seconde estime que l'abstention constitue elle aussi un message politique, une manière d'exprimer sa défiance envers une offre jugée peu convaincante.

Le 23 septembre prochain, les Marocains découvriront les vainqueurs et les vaincus. Les sièges seront répartis, les coalitions commenceront à se dessiner, les commentaires envahiront les plateaux de télévision.

Mais les véritables chiffres à observer seront peut-être ailleurs.

Combien de nouveaux électeurs auront franchi le pas du vote ?

Quel sera le niveau réel de participation ? Les jeunes auront-ils transformé leurs publications sur les réseaux sociaux en bulletins de vote ?

Et surtout, les résultats refléteront-ils réellement la volonté de la majorité des Marocains... ou seulement celle de ceux qui auront choisi de se déplacer ?

Car une démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre de partis en compétition.
Elle se mesure aussi au nombre de citoyens qui décident que leur voix mérite d'être entendue.



Mercredi 15 Juillet 2026

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