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Electricité « propre » et coûts salés


Le recours aux énergies renouvelables est une nécessité dictée par la lutte contre le réchauffement climatique. Relativiser les choix à ce sujet est tout aussi incontournable.



La récente actualité a été marquée par l’affaire Mustapha Bakkoury, président de l’Agence nationale de l’énergie solaire (Masen), interdit de quitter le territoire national, sur fond de remise en cause de son choix de la technologie CSP pour les centrales solaires Noor Ouarzazat.

Ces centrales de production d’énergie solaire, qui font la fierté des Marocains, utilisent une technologie nouvelle, le solaire thermique à concentration (CSP), contestée en raison de son coût.

Choix hasardeux

Les centrales Noor produisent de l’électricité pour un prix de revient variant entre 1,38 et 1,62 Dirhams le Kilowatt/heure. Pour le vendre à l’ONEE à 0,85 Dirhams.

Perte annuelle : 800 millions de Dirhams par an, selon le Conseil économique et social.

Le sujet de la responsabilité du dirigeant de Masen dans ce gâchis relève de la justice. La décision de recourir à une technologie qui n’avait jamais fait ses preuves et les fonds qui ont été investis dans ce projet relèvent, par contre, de l’intérêt public et doivent être débattus, puisque c’est de l’argent des contribuables qu’il s’agit.

Délestages en Californie

Autant le réchauffement climatique pose réellement problème et le remplacement des centrales électriques fonctionnant aux énergies fossiles par de nouvelles recourant aux énergies renouvelables est un besoin pour préserver l’avenir de l’humanité, autant les expériences d’autres pays imposent de relativiser la ferveur quasi-religieuse née à ce sujet.

La Californie est l’Etat fédéré américain le plus engagé en matière d’énergie verte. Il est également riche, avec un Pib de 2600 milliards de dollars, pour une population de 39,5 millions d’individus. Les Californiens payent leur électricité 50% plus cher que la moyenne nationale.

En octobre 2020, quelques comtés de cet Etat fédéré ont du subir des « coupures volontaires » d’électricité, à tour de rôle, parce que la capacité de production ne pouvait pas répondre à la demande. La Californie importe 25% de l’électricité qu’elle consomme.


Aveuglement idéologique

Il y avait une autre raison à ces coupures du courant par rotation à plusieurs régions de Californie. Ayant investi massivement dans la production d’énergie « verte », cet Etat fédéré a manqué d’entretenir correctement son réseau de distribution électrique.

Ce sont des étincelles qui se produisent sur les vieux câbles électriques qui sont à l’origine des fréquents incendies de forêts dans cet Etat.

Voilà donc une louable ambition « verte » qui entraîne, par aveuglement idéologique et oubli de la réalité, de vastes étendues de couleur gris cendré.

L’autre exemple intéressant à rappeler, à cet égard, est celui de l’Allemagne, qui a décidé la fermeture de toutes ces centrales nucléaires, les dernières en 2022.

D’énormes efforts ont été effectivement consacrés au développement des énergies renouvelables, mais cela n’a pas empêché un recours accru aux centrales à charbon, ce qui s’est traduit, en fin de compte, par une hausse des émissions de Co2.

Coupable intermittence

La raison de ce besoin de charbon pour produire de l’électricité en Allemagne, suite au démantèlement de ses capacités nucléaires ? L’intermittence inhérente aux sources d’énergies renouvelables.

La nuit, les panneaux solaires ne peuvent rien produire et quand il n’y a pas de vent, les éoliennes ne tournent pas. Investir dans les capacités de stockage d’énergie est, par ailleurs, très coûteux.

Quand le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas, il n’y a alors, d’autres choix que de démarrer les centrales à énergies fossiles, gaz ou charbon.

Une fois inclus le coût de ces dernières dans le mix énergétique, l’affaire semble moins intéressante qu’il n’y paraît.

« Vert » de froid

Les habitants du Texas ont crevé de froid cet hiver parce que la température a tellement baissé que les éoliennes ont gelé et cessé de tourner.

Il faisait également mauvais temps, il n’y avait pas assez de rayonnement solaire que les panneaux pouvaient capter.

Comme les énergies renouvelables constituent 25% de la production électrique du Texas et que les centrales classiques n’avaient pas de stocks d’énergies fossiles pour faire tourner les turbines, les Texans n’avaient plus qu’à bien se couvrir et prier pour ne pas mourir gelés.

Microréacteurs nucléaires

Peu ont remarqué que le président Joe Biden, qui a affiché sa volonté d’atteindre 100% d’électricité décarbonnée à l’horizon 2035, ne s’est jamais prononcé contre l’énergie nucléaire, bien au contraire.

Cette source de production de courant électrique représente 20% du mix énergétique américain.

Parmi les promesses de campagne de Biden, la création d’une agence de projets de recherche avancés sur le climat, qui compte parmi ses objectifs : « des réacteurs nucléaires avancés plus petits, plus sûrs et plus efficaces, pour un coût de construction deux fois moindre que celui des réacteurs actuels ».

Pour un pays comme le Maroc, soumis à un stress hydrique croissant et appelé à dessaler de l’eau de mer dans des volumes toujours plus grands pour couvrir ses besoins, les microréacteurs nucléaires modulaires constituent une option qui mérite plus ample attention.

Les énergies renouvelables, c’est bien, mais c’est loin d’être assez.  



Ahmed Naji


Rédigé par Ahmed Naji le Samedi 3 Avril 2021

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