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Entretien avec Siham Sara Chraïbi, créatrice de mode


Collection printemps-été 2022, nommée « Songe initiatique »

La créatrice de mode Siham Sara Chraïbi, architecte de formation, qui a fondé, depuis 2014 à Rabat, sa Maison de couture, vient de révéler en ce mois sa nouvelle collection couture printemps-été 2022, à la Villa des arts de Casablanca. Intitulée " Songe initiatique", elle rend hommage, à travers cette collection, au savoir-faire des femmes marocaines, des muses intemporelles.



« Songe initiatique » est un hommage aux femmes du Maroc, muses somptueuses surgies du fond des âges,  passeuses de rites et porteuses d’espoirs,  elles s’élancent à la conquête d’un nouveau monde.

Les vêtements de la collection convoquent un jeu de références enchevêtrées, imaginaire mythique, où passé et présent se mêlent.

Les ors d’Orient, les riches velours chatoyant d’Andalousie, et les plastrons de perles d’Afrique côtoient des tissages arachnéens de soie d’or et d’argent. Les géométries savantes de l’habit dialoguent alors avec les somptueux décors du palais Bahia, lieu du songe initiatique.

Siham Sara Chraïbi est lauréate de l’école d’architecture de Rabat. Elle part ensuite à Paris pour faire un DEA en philosophie et théorie d’architecture. La mode, la couture et la broderie qui l’ont nourrie depuis son enfance « ressurgissent ».  Elle se met alors à dessiner, coudre et broder une multitude de robes du soir.

Encouragée par sa famille et ses amis, elle présente en mai 2011 sa première collection  durant l’évènement Festimode Casablanca FashionWeek.

De retour au Maroc en 2014, Sara Chraïbi fonde sa maison de couture à Rabat et construit sa marque éponyme autour d’un art de vivre à la marocaine, mêlant orient et occident, dans un vestiaire  à la recherche de l’essence d’une allure orientale contemporaine.
 


Entretien avec Siham Sara Chraïbi, créatrice de mode

Lodj : Avec un DEA en philosophie et théorie d’architecture, qui aurait pu croire que vous alliez croiser d’autres chemins, disons opposés à vos études ?

Mme Siham Sarah Chraibi : Pour moi, l’architecture et la création de mode ne sont pas des univers diamétralement opposés. Il s’agit avant tout de création. La philosophie est aussi une manière d’appréhender le monde et d’être conscient de ce que l’on fait, de ce que l’on pense, de ce que l’on décide et de ce que l’on dessine. Ce qui fait que cet univers de la création et ces études d’architecture que j’ai beaucoup aimées, ont avant tout été pour moi un tremplin pour dessiner  une mode qui ait du sens. Dans cette mesure, l’architecture permet aussi de donner un équilibre des volumes, une certaine rigueur dans la conception et de l’attention envers la structure du vêtement. Ce qui tient, ce qui est juste et ce qui est rigoureux.


Lodj : Vous avez grandi et baigné dans une ambiance de joie et de créativité. Que du chemin depuis pour forger votre carrière ?

Mme S. S. C : J’ai grandi dans un univers où l’on a beaucoup aimé célébrer et où le Maroc était très présent. Un Maroc festif, un Maroc de femmes qui ont été pour moi source de transmission, j’ai d’ailleurs appris la couture avec ma mère. Cette joie de vivre, la manière de célébrer et de s’habiller des femmes autour de moi, le caftan ainsi que les rituels de parures sont des choses qui ont beaucoup nourri mon enfance et crée cet amour que j’ai pour la beauté et les choses bien faites. Par ailleurs, étudier l’architecture était aussi, une manière de forger mes outils créatifs. Ces atouts ont germé d’une manière particulière et  m’ont permis de « grandir » à un moment où je suis trouvée à Paris, alors que je venais d’avoir mon premier enfant. Cela m’a beaucoup travaillé et permis de me remettre en question. Il faut dire que lorsque j’ai décidé de travailler dans la mode et de lancer ma première collection, c’était dans l’esprit de garder cette rigueur créative et de suivre mon rêve, en travaillant la mode comme une architecte.


Lodj : Quelles sont les tendances estivales pour cette année ? Quelle est la place de la touche marocaine dans vos créativités ?

Mme S. S. C : Mon travail n’est pas réellement un travail que l’on peut dire dans la tendance. C’est un travail assez singulier. C’est un pont entre un vêtement empreint d’Orient,  empreint de marocanité  et qui aspire à l’universel. C’est d’ailleurs dans ce sens que j’ai présenté cette collection qui est un hommage aux femmes du Maroc, à leur savoir-faire, à ce que j’ai appris avec ma mère et avec d’autres  artisans. Mais, c’est  également une projection dans un univers cosmopolite qui est le propre de ma créativité.


Lodj : Fashion week et autres fashion-shows, quelle est votre « devise » dans la vie pour progresser ?

Mme S. S. C : Pour progresser, il ne faudrait peut-être pas attendre l’action parfaite. D’abord, il faut se lancer, parfois se lancer éperdument et sans bouée de sauvetage. Il faut aussi y croire encore et être optimiste, le reste, à savoir la perfection et le perfectionnement, ils viennent par la suite. Après le lancement, les choses viennent au fur et à mesure. L’énergie pour faire les choses vient à partir du moment où il y a une intention ferme de se lancer  dans un projet. Elle  vient compléter et nourrir les choses. Les nouvelles rencontres, quant à elles, vont apporter chacune du nouveau  et bâtir une pierre dans l’édifice.


Lodj : Un petit aperçu sur « Songe initiatique » et sa philosophie ?

Mme S. S. C : Ma nouvelle collection « Songe initiatique » est un hommage au Maroc, aux femmes du Maroc, celles de ma jeunesse, à ma mère qui m’a appris la couture, à toutes les belles femmes qui, par leur élégance, ont nourri mon sens du beau  et des belles choses, des broderies bien faites... C’est quelque part, un hommage à toutes les belles choses  que j’ai reçu en offrande  du Maroc de mon enfance.

Songe initiatique, c’est également un travail sur la parure somptueuse, sur les ors d’Orient et sur les velours andalous. C’est une passerelle entre le passé et le présent. Ce sont des muses qui viennent du fond  des âges, qui ont un côté peut-être mythique,  qui viennent également de mon imaginaire et qui se projettent dans le futur, à travers des lignes  qui se font de plus en plus contemporaines.
 





Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 27 Octobre 2021