Ce n’est pas une révolution technologique spectaculaire. C’est plus subtil. C’est une évolution de confort, de confiance, et surtout de pragmatisme.
Car aujourd’hui, la livraison à domicile est devenue un vrai morceau de l’économie urbaine. Repas, courses, médicaments, petits colis… Tout arrive. Et pourtant, le paiement reste souvent coincé dans une logique “ancienne”, où le client doit prévoir de la monnaie, où le livreur doit rendre la monnaie, et où le risque de “je n’ai pas de cash” transforme une commande simple en mini-négociation au pied de la porte.
Le TPE en livraison, c’est d’abord ça : un outil de fluidité. Un paiement clair, rapide, sans débat. Pour le client, c’est le confort de payer comme dans une supérette moderne. Pour le livreur, c’est la fin des poches pleines de pièces, des billets froissés, et parfois… des situations inconfortables. On le dit rarement, mais le cash crée de la tension : tension sur la sécurité, sur les erreurs de rendu, sur la transparence. À force, ça fatigue tout le monde.
Derrière cette question du TPE, il y a un sujet plus large : la confiance dans la livraison. Parce qu’au Maroc, la livraison n’est pas seulement un service. C’est une relation. Le client veut être sûr de recevoir ce qu’il a commandé. Le livreur veut être sûr d’être payé. Les plateformes veulent éviter les annulations de dernière minute. Et le cash, paradoxalement, entretient une forme d’incertitude : on peut annuler, on peut “oublier”, on peut discuter. Avec la carte, l’acte devient plus ferme.
Mais il ne faut pas idéaliser non plus. Le TPE n’est pas une baguette magique. Il pose des contraintes concrètes. D’abord, l’équipement : il faut un terminal, une connexion, une batterie, un minimum de maintenance. Ensuite, les frais : commissions bancaires, délais de versement, gestion comptable. Pour un livreur indépendant ou une petite structure, ce n’est pas toujours neutre. Et pour certains clients, payer par carte reste une barrière psychologique, surtout quand l’habitude du cash est ancrée depuis des années.
Ce débat touche aussi une réalité très marocaine : la fracture entre les usages. Dans les centres urbains, la carte est de plus en plus acceptée, et le client est souvent prêt. Mais dans d’autres zones, le cash reste la norme, parfois faute d’infrastructure, parfois par préférence culturelle, parfois parce que “c’est plus simple”. Le risque, si on impose le TPE trop vite, c’est de créer une livraison à deux vitesses : moderne et fluide pour certains, compliquée pour d’autres.
Pourtant, la dynamique est là. On sent que le marché pousse. Les clients veulent moins de frictions. Les plateformes veulent moins d’annulations. Les commerçants veulent sécuriser leurs ventes. Et même du côté des livreurs, l’argument de la sécurité n’est pas théorique : transporter du cash toute la journée, dans une ville dense, ce n’est jamais un détail.
Le plus intéressant, finalement, c’est ce que le TPE dit de l’économie réelle. Généraliser le paiement électronique en livraison, c’est aussi faire entrer une partie du commerce informel dans un circuit plus traçable, plus structuré. Cela peut renforcer la transparence, professionnaliser le secteur, et améliorer la qualité de service. Mais cela suppose un accompagnement : formation, équipement accessible, conditions adaptées aux petits acteurs, et surtout une transition progressive, pas brutale.
Si le TPE devenait la norme pour les livraisons à domicile au Maroc, ce ne serait pas juste un “plus” technologique. Ce serait un changement de culture économique : moins de cash, plus de fluidité, et peut-être un peu plus de confiance dans ce petit moment de la journée où l’on ouvre la porte… et où tout doit se passer vite, bien, et sans malaise.












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