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Et si tous les responsables portaient le maillot du Maroc ?


La vraie question n’est donc pas de savoir si nous pouvons être des Lions sur un terrain.
La vraie question est de savoir si nous sommes prêts à l’être partout ailleurs.



Il y a des soirs où le football dépasse le football. Quand les joueurs marocains entrent sur la pelouse, ce n’est plus seulement une équipe que l’on regarde. C’est une idée du pays. Une manière de se tenir debout, de courir encore quand les jambes brûlent, de se relever quand le corps dit non, de défendre un maillot comme on défend une maison, une mémoire, une promesse.

Le maillot rouge frappé de l’étoile verte n’est pas une tenue sportive. C’est un contrat moral. Celui qui le porte ne joue plus seulement pour son nom, son club ou sa carrière. Il porte les attentes d’un peuple, les prières des mères, les cris des enfants, la fierté des anciens et cette émotion rare qui transforme un match en moment national.

Mais la vraie question commence après le coup de sifflet final.

Et si ce maillot quittait le stade ?
Et si le responsable public le portait symboliquement en entrant dans son bureau ?
Et si l’enseignant, le médecin, l’ingénieur, le juge, le parlementaire, le président de commune, le fonctionnaire, le chef d’entreprise se demandaient chaque matin : “Aujourd’hui, est-ce que je joue pour moi ou pour le Maroc ?”

Sur le terrain, l’erreur se voit immédiatement. Une passe ratée, un marquage oublié, une occasion gâchée, et tout un peuple retient son souffle. Dans la vie publique, les erreurs sont parfois moins visibles, mais souvent plus graves. Un dossier bloqué, un projet retardé, une école mal gérée, un hôpital abandonné, une route mal pensée, une décision prise sans conscience : ce sont aussi des buts contre notre camp.

Le joueur, lui, n’entre pas sur la pelouse pour gérer le minimum. Il n’entre pas pour faire semblant. Il sait que le nul moral n’existe pas. Il sait que le public ne pardonne pas le manque d’envie. Il peut perdre, bien sûr, mais il n’a pas le droit de trahir l’effort.

Dans certaines administrations, malheureusement, l’inverse semble parfois admis. On confond la fonction avec le confort, la responsabilité avec le privilège, le service avec la routine. Certains jouent leur match personnel pendant que le pays attend le résultat collectif. Ils parlent du Maroc avec emphase, mais signent, retardent, gaspillent ou décident comme si le Maroc était une abstraction.

C’est là que la comparaison devient cruelle.

Dans les stades, le Maroc se rassemble. Personne ne demande au joueur son origine, sa langue, sa région, son quartier ou ses préférences politiques. Il suffit qu’il porte le maillot. Hors du stade, nous redevenons trop souvent prisonniers des calculs, des clans, des lenteurs, des petites guerres d’ego et des réflexes de boutique.

Pourquoi cette unité est-elle possible autour d’un ballon et si difficile autour d’un projet national ?
Pourquoi l’exigence devient-elle naturelle dans le sport et négociable dans la gestion publique ?
Pourquoi le Maroc accepte-t-il, dans certains secteurs, des contre-performances qu’il ne pardonnerait jamais à son équipe nationale ?

La réponse est peut-être simple : le football nous montre ce que nous savons déjà faire quand le but est clair. Travailler ensemble. Respecter une stratégie. Accepter la discipline. Se sacrifier pour le collectif. Comprendre qu’aucun talent, aussi brillant soit-il, ne gagne seul.

C’est cela, au fond, la Tamaghrabit. Pas un slogan à sortir les jours de fête. Une culture de l’engagement. Une manière de dire que le pays n’est pas un décor, mais une responsabilité.

Le Maroc ne manque pas de compétences. Il ne manque pas d’intelligence, ni d’énergie, ni d’ambition. Ce qui manque parfois, c’est cette honte saine de mal faire. Cette douleur intérieure quand une opportunité nationale est perdue. Cette conscience que chaque retard administratif, chaque dirham gaspillé, chaque projet bâclé, chaque promesse non tenue pèse sur le même tableau d’affichage.

Un enseignant qui entre en classe devrait sentir qu’il dispute une finale. Un médecin qui reçoit un patient devrait savoir qu’il défend plus qu’un service. Un élu qui vote une loi devrait entendre, derrière son geste, le bruit silencieux de millions de citoyens. Un responsable qui signe un marché public devrait se souvenir que l’argent public n’est pas une caisse sans visage : c’est l’effort d’un pays.

Le jour où un responsable aura honte d’avoir raté une opportunité de développement comme un attaquant a honte d’avoir raté un but vide, quelque chose aura changé. Le jour où un fonctionnaire souffrira du retard imposé à un citoyen comme un défenseur souffre d’une erreur qui coûte la victoire, le Maroc aura franchi une étape.

Alors, le Onze national ne sera plus une exception heureuse. Il deviendra le miroir d’un pays entier.

Car les grandes nations ne se construisent pas seulement avec des discours. Elles se construisent avec de la sueur, de la discipline, du respect, de l’exemplarité et cette fidélité silencieuse à un seul maillot : celui du Maroc.

La vraie question n’est donc pas de savoir si nous pouvons être des Lions sur un terrain.
La vraie question est de savoir si nous sommes prêts à l’être partout ailleurs.



Samedi 4 Juillet 2026

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