États-Unis : Pas de raz-de-marée républicain


La déferlante républicaine aux élections américaines de mi-mandat n’a pas eu lieu. La société américaine demeure profondément divisée et la politique étrangère de Washington n’est pas prête de changer.



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Les prévisions qui donnaient le parti républicain grand gagnant des élections de mi-mandat pour le renouvellement des 435 sièges à la Chambre des représentants des États-Unis et 35 sur les 100 du Sénat se sont avérées inexactes.

Les résultats définitifs du scrutin ne sont pas encore disponibles, mais tout semble indiquer que les républicains vont contrôler la Chambre des représentants, alors que les démocrates peuvent garder celui du Sénat.

Certains médias avancent un succès électoral du président Joe Biden et des démocrates, mais il s’agit plutôt d’une sévère défaite évitée de justesse.

Pour quelques barils de pétrole

Pour amadouer les électeurs en faisant baisser les prix du carburant à la pompe, le président Biden a procédé aux plus importants prélèvements dans les réserves stratégiques de pétrole jamais effectués aux Etats-Unis depuis la création desdites réserves, en 1975.

180 millions de barils en stock ont été déversés sur le marché américain, après que les pays de l’Opep+ ont opposé une fin de non recevoir à la demande des Etats-Unis d’augmenter leur production, afin de soulager la pression à la hausse des cours du brut.

Les pays producteurs de pétrole ont même, dans un geste de défit à Washington, baissé leurs extractions de 2 millions de barils par jour.

Une société polarisée

L’image que renvoient les Etats-Unis, à présent, au reste du monde n’est pas celle d’une paisible démocratie, mais d’une puissance en déclin.

Que ce soit à propos de l’avortement, des droits des minorités, de la politique de genre ou du soutien massif que les Etats-Unis accordent à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, la société américaine est, de toute évidence, extrêmement polarisée, à la limite de la déchirure.

Signe de la grande fébrilité de la classe politique américaine, il a suffit qu’un oligarque russe, Yevgeny Prigozhin, fasse un commentaire ironique, le 7 novembre, sur l’ingérence russe dans les élections étasuniennes pour que les médias se mettent à crier au loup.

La rage de vaincre

Autre spectacle comique, celui de la frange anti-trumpiste de la population américaine, qui voue une telle haine à l’ex-président des Etats-Unis, probable candidat aux présidentielles 2024, que l’émotionnel a littéralement étouffé en elle toute raison.

Cette dérive idéologique vers le radicalisme, qui infecte les deux camps, démocrate et républicain, ne promet rien de bon au niveau de la politique étrangère des Etats-Unis.

Avec un Congrès aussi divisé et une Chambre des représentants sous la coupe des républicains, la présidence Biden risque fort de se trouver paralysée, dans l’incapacité de faire passer ses projets de loi et imprimer de son cachet la politique interne des Etats-Unis.

La Maison blanche, qui pourra s’appuyer sur un Sénat toujours sous contrôle démocrate, aura, toutefois, toujours les mains libres pour continuer sa politique de soutien à l’Ukraine, malgré tous les risques d’un affrontement direct, aux dimensions nucléaires, avec la Russie.

Multiples hostilités

Le plus à craindre, est que, par surenchère politicienne, le président Biden n’en rajoute dans la politique d’hostilité envers la Chine, la véritable bête noire des républicains.

Le retour à un accord avec l’Iran concernant ses activités nucléaires semble également destiné à être reporté, une nouvelle fois, aux calendes grecques, Washington n’ayant aucun intérêt à susciter la colère d’Israël et des pays du Golfe, en ces temps d’affrontements avec Moscou.

Est-il besoin de rappeler que Tel-Aviv a fait la sourde oreille aux appels de soutien de Kiev, la judaïté du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, n’ayant pas pesé lourd dans la balance ?

Inconsistants alliés

Israël ne tient pas, non plus, à vexer la Russie, qui pourrait bien imposer une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie.
Les installations militaires iraniennes et de son proxy, le Hezbollah libanais, pourraient alors y pousser comme des champignons, sans que l’aviation israélienne puisse les détruire et exorciser, ainsi, la menace contre sa sécurité.

L’Arabie saoudite, pour sa part, est déjà en train d’opérer un radical changement de cap géostratégique, sa candidature à l’adhésion aux BRICS en étant le symbole éclatant.

Chroniques des temps qui changent

Le rapprochement de Ryad et Moscou est, désormais, un fait constaté, outre le passage au yuan dans le règlement du pétrole saoudien vendu à la Chine.
La principale victime de cette entente sino-saoudienne est, évidemment, le dollar américain, qui se nourrit actuellement de l’affaiblissement de l’euro.

Les deux années restantes du mandat de Joe Biden ne se présentent, donc, pas sous les meilleures hospices. Les républicains du Congrès, qui le méprisent, ne vont pas lui rendre la vie facile. Et ses alliés étrangers, sentant le vent tourner, pourrait bien l’abandonner en rase campagne, face à Poutine.

L’ambiance promet d’être grise, pendant les deux prochaines années, à la Maison blanche.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 10 Novembre 2022

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