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Faut-il créer au Maroc des métiers réservés aux humains face à l’IA ?


À la veille des législatives de septembre, l’intelligence artificielle devrait peut-être entrer dans la campagne par une porte beaucoup plus concrète : celle de l’emploi. Si demain une machine peut répondre à un client, instruire un dossier, conseiller un usager ou assister un malade, faut-il nécessairement lui confier ces tâches ? Ou le Maroc doit-il décider que certains métiers resteront humains ?



La question pouvait sembler théorique il y a encore trois ans. Elle l’est beaucoup moins en 2026.

L’intelligence artificielle générative commence à toucher des activités dans lesquelles le Maroc a précisément construit une partie de son économie de services : centres de relation client, banques, assurances, fonctions administratives, informatique, traduction, communication ou traitement documentaire.

Et l’arrivée progressive de robots capables d’exécuter des tâches physiques élargira encore le débat.

Pour le Maroc, le problème est particulier. Le pays doit simultanément accélérer sa transformation numérique et créer massivement des emplois. Or le marché du travail demeure sous forte tension. Au deuxième trimestre 2026, le HCP comptabilisait 11,764 millions de personnes dans la main-d’œuvre et relevait un taux de participation de seulement 22,9 % chez les 15-24 ans

D'où une question qui mériterait d'entrer dans les programmes des partis : tout ce qui peut être automatisé doit-il forcément l’être ?

Bill Gates propose désormais le concept de « Human Reserved » : certaines activités pourraient être volontairement réservées aux humains, même lorsqu’une intelligence artificielle sait techniquement les accomplir.

Transposé au Maroc, le principe pourrait concerner des domaines sensibles.

Un enseignant pourrait utiliser l’IA sans être remplacé par elle. Un médecin pourrait s’appuyer sur un système d’aide au diagnostic sans abandonner l’annonce d’une maladie grave à un avatar. Une personne âgée pourrait bénéficier de technologies d’assistance sans que la présence humaine disparaisse. Et dans l’administration, le citoyen pourrait conserver un droit à parler à une personne lorsque l’algorithme ne comprend plus sa situation.

Il ne s’agirait donc pas de protéger artificiellement tous les emplois existants.

Refuser l’automatisation des tâches répétitives serait probablement aussi dangereux que de l’accepter aveuglément : une économie qui renonce aux gains de productivité de l’IA risque rapidement de perdre en compétitivité.

La vraie ligne de partage serait ailleurs : automatiser les tâches sans automatiser systématiquement la relation humaine.

À quelques semaines des élections législatives, cette distinction pourrait ouvrir un débat beaucoup plus large.

Faut-il créer un « droit à l’humain » dans certains services publics ?
Identifier des professions protégées ?
Taxer davantage une entreprise lorsqu'elle remplace massivement des salariés par des machines ?
Utiliser ces recettes pour financer la reconversion et la formation aux métiers de l’IA ?

La campagne électorale ne devrait peut-être plus seulement promettre combien d’emplois seront créés.

Elle devrait commencer à répondre à une question nouvelle : dans le Maroc de 2030, quels emplois voulons-nous absolument continuer à confier à des êtres humains ?



Dimanche 30 Août 2026

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