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Ferroviaire : les 134 milliards de dirhams d'investissements à l'horizon 2030 face au défi de l'exécution

Comment transformer les investissements ferroviaires annoncés en gains réels de mobilité, de compétitivité et de développement territorial ?


Rédigé par le Lundi 19 Octobre 2026

Le Maroc entend mobiliser une enveloppe globale de 134 milliards de dirhams à l'horizon 2030 pour poursuivre l'extension et la modernisation de son réseau ferroviaire. Ce programme, assorti d'un volet complémentaire, a été présenté à l'occasion du deuxième Forum international sur le financement des projets ferroviaires en Afrique, organisé à Rabat. Ligne à grande vitesse, desserte du port Nador West Med, trains de proximité et renouvellement du matériel roulant figurent parmi les priorités. Au-delà des montants annoncés, les enjeux concernent le financement, le calendrier et les retombées territoriales.



Un programme ferroviaire présenté à Rabat

Le 15 octobre 2026, le portail officiel marocain a rendu compte des nouvelles précisions communiquées par le ministère du Transport et de la Logistique concernant le développement du réseau ferroviaire national.

Selon Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique au moment de cette présentation, le Maroc dispose d'un programme d'investissement, accompagné d'un programme complémentaire, représentant une enveloppe globale de 134 milliards de dirhams à l'horizon 2030.

Ces orientations ont été exposées lors du deuxième Forum international sur le financement des projets ferroviaires en Afrique, à Rabat, dans une intervention prononcée au nom du ministre par le secrétaire général du département, Zine El Abidine Britel.

Le programme comprend notamment le prolongement de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech.

Il prévoit également le raccordement ferroviaire de Nador West Med, le développement des trains de proximité et l'acquisition de 168 nouveaux trains.

Ce portefeuille de projets répond à plusieurs objectifs distincts : renforcer les liaisons interurbaines, améliorer les déplacements quotidiens et accompagner le transport de marchandises.

Il convient cependant de distinguer l'enveloppe globale annoncée des décaissements effectivement réalisés.

L'annonce d'un montant d'investissement à l'horizon 2030 ne permet pas, à elle seule, de déterminer la part déjà dépensée, celle contractuellement engagée ou celle restant à financer.

​Grande vitesse et mobilité quotidienne : deux besoins complémentaires

Le prolongement de la ligne à grande vitesse vers Marrakech constitue l'un des projets structurants du programme.

Une infrastructure de ce type peut réduire les temps de parcours entre les grandes métropoles et modifier les conditions de déplacement des voyageurs.

Mais les bénéfices économiques ne dépendent pas uniquement de la vitesse commerciale des trains.

La fréquence des dessertes, les prix des billets, l'accessibilité des gares et la qualité des correspondances avec les transports urbains jouent également un rôle déterminant.

Le développement des trains de proximité répond à une autre problématique : la mobilité quotidienne dans les grandes agglomérations.

Pour les salariés et les étudiants, la fiabilité des déplacements peut avoir des conséquences directes sur l'accès à l'emploi, à la formation et aux services.

Une offre ferroviaire renforcée peut contribuer à réduire certaines contraintes de déplacement.

Cet effet reste toutefois conditionné à la localisation des gares, à l'intégration avec les autres modes de transport et à la disponibilité d'abonnements adaptés.

Le programme annonce également l'acquisition de 168 nouveaux trains.

Ce chiffre porte sur des acquisitions prévues, et non sur 168 trains déjà livrés ou mis en circulation.

Pour apprécier les résultats, il faudra connaître les calendriers de livraison, les capacités des matériels, leur affectation et leurs conditions de maintenance.

​Nador West Med et l'enjeu du transport de marchandises

Le raccordement ferroviaire du nouveau port Nador West Med constitue un autre volet stratégique.

L'intérêt d'une connexion entre une infrastructure portuaire et le réseau ferroviaire réside dans la possibilité d'organiser des flux de marchandises vers les zones industrielles, les plateformes logistiques et les marchés intérieurs.

Le transport combiné maritime-ferroviaire peut offrir des avantages en matière de massification des flux.

Mais ces avantages supposent une coordination entre l'exploitation portuaire, les capacités ferroviaires et les besoins réels des chargeurs.

Une liaison techniquement disponible ne garantit pas automatiquement un report important des marchandises de la route vers le rail.

La compétitivité du service dépendra du coût global, de la fiabilité des horaires et de la qualité des opérations de chargement et de déchargement.

Pour les exportateurs marocains, ces paramètres sont aussi importants que l'infrastructure elle-même.

L'enjeu est de rapprocher les investissements ferroviaires des stratégies industrielles et commerciales, afin d'éviter que certains équipements ne soient insuffisamment utilisés.

Il s'agit d'une perspective économique raisonnable, mais les volumes futurs à transporter ne sont pas établis par les informations disponibles.

Le financement et la gouvernance au cœur des préoccupations

La tenue d'un forum consacré au financement ferroviaire rappelle que les grands projets nécessitent des montages financiers de longue durée.

Les dépenses ne se limitent pas à la construction des lignes.

Elles incluent les acquisitions foncières, les ouvrages d'art, la signalisation, le matériel roulant, l'entretien et les investissements liés à la sécurité.

Le ministère a souligné la nécessité d'une planification coordonnée des corridors, d'une harmonisation des normes techniques et de mécanismes financiers adaptés.

Les intervenants du forum ont également mis l'accent sur la transparence des procédures, la solidité des contrats et le partage des risques.

Ces exigences prennent une importance particulière lorsque plusieurs acteurs publics, bailleurs ou partenaires privés sont susceptibles d'intervenir.

Pour apprécier la soutenabilité des projets, il faudra connaître la structure de financement, les garanties éventuelles et les prévisions d'exploitation.

La question ne se résume donc pas à mobiliser 134 milliards de dirhams.

Elle consiste à vérifier comment cette enveloppe sera répartie, engagée, contrôlée et transformée en infrastructures fonctionnelles.






Lundi 19 Octobre 2026

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