En parcourant les chiffres du Rapport Partech Africa Tech Venture Capital 2025, on sent une inversion de tendance claire après trois années difficiles pour l’écosystème tech du continent. D’après cette étude annuelle publiée en janvier 2026, les investissements en equity + dette ont atteint 4,1 milliards de dollars, dopés par une envolée de la dette à 1,6 milliard de dollars (+63 % YoY) et une croissance plus mesurée de l’equity à 2,4 milliards $ (+8 %).
Ce chiffre marque plus qu’un simple rebond : il témoigne d’une maturation du marché africain. Le recours à la dette traditionnellement moins privilégié que les fonds propres dans les phases de croissance des startups est devenu un levier majeur, représentant près de 41 % du financement total en 2025. Les investisseurs semblent ainsi moins frileux à l’idée de soutenir des structures via des instruments moins dilutifs et plus structurés.
Une concentration persistante autour de quelques pôles
Mais derrière cette performance globale se cache une réalité plus inégale : quatre pays captent à eux seuls 72 % de ces capitaux. Le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria dominent le financement technologique africain, consolidant leur rôle de plateformes incontournables de l’innovation sur le continent.
Le Kenya, en particulier, se détache avec 1,04 milliard de dollars levés (+72 % YoY), grâce à des opérations majeures, souvent structurées autour de la dette. L’écosystème kényan tire ainsi parti d’une combinaison rare de maturité entrepreneuriale et d’appétit des investisseurs pour des tours plus importants.
L’Afrique du Sud, quant à elle, a retrouvé sa place de leader en matière d’equity rôle qu’elle n’avait plus occupé depuis 2017 grâce à un marché domestique dynamique et une série de transactions de taille moyenne très active.
L’Égypte et le Nigeria ferment ce quatuor de tête, restant des destinations privilégiées des capitaux, même si ces derniers varient selon les secteurs et les stratégies d’investissement.
Acteur dynamique, mais encore à l’écart des sommets
Dans ce paysage à forte concentration, le Maroc se positionne à la 7ᵉ place africaine, avec 81 millions de dollars levés en 2025. Ces financements proviennent de 29 transactions, en légère progression (+7 %) par rapport à l’année précédente, bien que le montant global affiche une légère baisse (-6 %) par rapport à 2024.
Ces chiffres montrent à la fois une dynamique locale réelle preuve d’un écosystème startup actif et les limites d’un marché encore en maturation par rapport aux géants que sont le Kenya ou l’Afrique du Sud. Le Maroc demeure l’un des trois pays africains hors du Top 4 à dépasser les 50 millions de dollars de financement, aux côtés du Sénégal (223 M$) et du Ghana (90 M$), ce qui n’est pas anodin.
Au Maghreb, le Royaume conserve sa place de leader, devançant nettement la Tunisie (42 M$), l’Algérie (8 M$) et la Libye (0,2 M$), un indicateur encourageant pour la région.
Financement en equity : une mosaïque plus diversifiée
Si l’on s’intéresse uniquement aux financements en capital-risque (equity), on constate une 6ᵉ place pour le Maroc, avec 79 millions $, derrière l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l’Égypte et le Sénégal. Ce classement reflète l’importance croissante de l’equity dans les stratégies de croissance des startups, même si l’écosystème marocain a encore du chemin à parcourir pour rivaliser avec les principaux pôles africains.
Autre tendance notable : une diversification plus nette des secteurs financés. La fintech reste dominante avec 769 millions de dollars, mais des segments comme la cleantech (550 M$), la healthtech (215 M$) et les solutions pour entreprises (238 M$) dépassent pour la première fois les 200 millions chacun. Ce mouvement traduit un début de maturité structurelle du continent au-delà des seules technologies financières.
Des signaux contrastés
En 2025, le financement de la tech africaine dessine un tableau plus nuancé qu’un simple retour à la croissance. Certes, le continent a retrouvé des couleurs, dopé par une dette record et une diversification sectorielle bienvenue. Mais dans ce paysage de géants dominants, le Maroc continue de grignoter des parts sans encore réellement disputer la couronne aux hubs historiques. L’enjeu pour 2026 sera d’élargir l’assiette des investisseurs, de renforcer les capacités locales et de bâtir des passerelles durables entre les talents marocains et les capitaux mondiaux un challenge essentiel pour une trajectoire qui puisse réellement faire vibrer toute l’Afrique du Nord.












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